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 Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]

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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 27 Déc - 0:07

Anastasia fixait les orbites creuses de la momie dans l'attente désespérée d'une réponse.
Elle ne se rendait même pas compte que son pouls s'était accéléré, qu'elle avait des sueurs froides et que ses jambes tremblaient. Morte de peur, elle prenait les râles d'outre-tombe pour un début de conversation.
C'est alors qu'une chose étrange arriva: brusquement son corps devint raide et filiforme comme un manche à balai. Le pouvoir de Selene s'était activé.
Surprise par cette métamorphose, sa première réaction fut de regarder ses bras en forme de branches; la sensation était étonnante. Elle n'avait pas mal, n'avait plus peur, se sentait protégée, à la limite de l'invulnérabilité mais en même temps une désagréable sensation de rigidité envahissait tout son être.
Elle s'apprêtait à tourner sa tête de paille vers son amie afin de balbutier des excuses quand Pink-Daddy s'écria:
Ana, je gliiiiisssse !
Je ne peux rien faire pour toi, accroche toi comme tu peux... Je suis désolée, répondit la jeune femme tout en se demandant pourquoi elle se disculpait face à un limace !

Pendant ce temps, la main de la momie avait glissé sur le bois et Selene cognait tant qu'elle pouvait sur les crânes. Anastasia se sentait loin de ce remue-ménage surréaliste jusqu'au moment où l'adolescente lui intima l'ordre de la suivre en l'attrapant par le bras.
Clopint-clopant et vacillante, son unique membre inférieur sautillait dans le boyau éclairé par une lumière laiteuse venue de nulle part.
Sentant l'hésitation se son amie, Anastasia tenta de bouger les lèvres afin d'articuler « va tout droit » mais l'effort ne fut pas suffisant ou pas assez rapide tant et si bien que Selene prit le couloir de gauche.
Afin de faire comprendre qu'elle n'était pas d'accord, elle sautilla plus fort; bien mal lui prit: un trappe se souleva libérant des projectiles tranchants.
Selene, attention ! Hurla t-elle.
Trop tard; l'adolescente reçut un carreau de métal sur le bras tandis qu'elle-même était bombardée de toutes part sans même ressentir un effleurement.
Je vais bien mais toi tu es blessée, il faut te soigner, répondit-elle à l'injonction de son amie mais c'était peine perdue; Selene ne l'écoutait pas et la regardait avec de grands yeux effrayés avant d'annoncer qu'elles feraient demi-tour pour s'enfuir.
Non ! Lança la jeune-femme qui s'était immobilisée, consciente que son unique pied était bien planté sur le sol et difficile à déloger.

Maintenant qu'on est là, on ne va pas abandonner notre quête dès la première difficulté rencontrée; je veux savoir autant que toi qui est le Marchand de Sable et pourquoi il nous déteste.
Elle laissa passer un temps de silence avant d'ajouter: de toutes façons, même si ce temple n'a rien à voir avec lui, à partir du moment où on a posé le pied sur la Mer de Sable on était chez lui; on ne sera plus en sécurité nulle part ici, à présent, s'il est tel que tu le dis...
Il nous voit; je le sens. Il attend juste le bon moment; cela ne sert plus à rien de chercher à s'enfuir.
Je suis désolée d'avoir eu si peur des momies; je ne me suis pas rendue compte...


Elle n'acheva pas sa phrase, les excuses ne servaient à rien.
Elle était incapable d'affronter les dangers, n'avait aucune arme pour répondre aux agressions et, protégée par ce corps d'épouvantail, elle fut prise d'un doute abominable: Dreamland n'accueillait peut-être pas l'amour en son sein... Auquel cas, le Marchand de Sable non plus, peut-être ?
Cette idée la remplit d'une tristesse infinie car c'était la seule chose qu'elle aurait pu être capable de mettre en place.
Comme Selene semblait la regarder dans l'attente d'une décision, elle se redonna du courage en imaginant que tout n'était pas perdu, qu'il y avait peut-être un espoir quelque part, qu'il suffisait de le trouver ou de l'inventer.

Je voudrais qu'on retourne à l'embranchement des quatre chemins et que l'on prenne celui qui va tout droit; ne me demande pas pourquoi, je n'en sais rien... C'est juste une intuition, déclara t-elle.
Elle fit demi-tour en silence, pensant au visage qu'elle avait vu face à l'autel; priant le Marchand de Sable de leur épargner sa vindicte et surtout, de l'aimer.
Arrivée à hauteur des niches, elle distingua les momies à l'intérieur. Si elle avait été dans son état normal elle aurait eu un sursaut; à la place, elle continua son chemin. Les cadavres étaient immobiles; seuls les yeux semblaient suivre les deux amies.

Le large boyau devint rapidement en pente descendante; il ne fut pas très aisé pour Anastasia de « marcher » sur l'unique guibolle d'autant que le sentier de roche recouverte d'une sorte de boue sombre était glissant.
La température était de plus en plus élevée et la vapeur d'eau dû à l'évaporation s'échappait du sol au plafond laissant rapidement place à un brouillard oppressant.
Au bout, les deux filles pouvait apercevoir une lourde porte de bois, ornée de ferrures comme celles des châteaux forts, qui dénotait complètement avec tout ce qu'elles avaient pu voir jusqu'à présent.
Quand la jeune femme fut devant, elle put contempler des motifs vaguement orientaux, gravés dans le bois presque noir. La porte était fermée mais une clé était dans la serrure.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 27 Déc - 12:31

Non seulement Anastasia ne pouvait pas s’en aller, mais en plus elle demandait à explorer un autre chemin. La rouquine ne savait plus quoi penser. Pour gagner du temps, elle utilisa ses deux mains pour déloger le carreau d’argent qui avait poinçonné son manteau dans le mur. Sa blessure pouvait attendre, elle était superficielle et arrêtait déjà de saigner. Plus de peur que de mal. Ce furent alors les paroles de sa meilleure amie, jusque là dissidentes, qui l’aidèrent à retrouver sa détermination. Effectivement : elles avaient déjà foulé le territoire du Marchand de Sable et avait vraisemblablement irrité une autre entité. Quitte à être traquée, Selene se conduirait comme la valeureuse aventurière qu’elle voulait être, pas comme un rat terrifié dans la cale d’un navire.

- On y va, je te suis, affirma l’adolescente avec un grand sourire encourageant.

C’était bon de savoir que les tensions s’étaient dissipées. Si les deux voyageuses étaient de nouveaux sur la même longueur d’onde, alors elles plus fortes face au danger. Galvanisée par cette pensée, la galloise rebroussa chemin, veillant toutefois à ne pas marcher sur un éventuel piège qu’elles auraient évité dans l’autre sens, et bientôt, elles retrouvèrent la croisée des chemins. Les momies s’étaient rendormies, à peine abîmées par les coups de la toquée, qui n’attendit pas de savoir si elles s’éveilleraient à nouveau.

Le chemin qu’avait choisi Anastasia s’enfonçait dans les profondeurs de la terre. Le sol devenait boueux, les parois humides, la température montait et un brouillard s’élevait peu à peu. La main dans une poche de son manteau, les doigts frêles de Selene se refermèrent sur son coupe-papier magique. Elle était prête à le dégainer en cas de besoin, mais rien ne vint perturber leur descente aux enfers. Car c’est l’impression qu’elle avait. Si ça avait été un temple grec, la jeune fille n’aurait pas été surprise de rencontrer Cerbère devant la lourde porte féodale qui terminait le boyau. Il y avait des motifs ornementaux dessus, mais impossible d’en distinguer un sens.

La galloise transpirait. Du revers d’une main, elle essuya son front laiteux. Il n’y avait rien d’autre que cette issu, et c’était le chemin que voulait suivre son aînée, pas vrai ? Après un regard interrogateur à cette dernière, la toquée prit une grande inspiration et déverrouilla la porte. Ses doigts se serrèrent si fort sur son artefact argenté qu’ils lui firent mal. Sans qu’aucune des voyageuses ne le touche, les gonds grincèrent et le lourd panneau de bois et d’acier pivota lentement.

La rouquine avait l’impression que ses entrailles cherchaient à diminuer leur taille par quatre. Elle tremblait quand, après un regard par-dessus son épaule, elle pénétra dans la pièce éclairée par une lumière selene. Très certainement comme pour la salle de cérémonie à la surface, un astucieux jeu de trous dans la roche et de miroirs transportait jusqu’ici la lueur fantomatique de la demi-lune.

L’endroit n’était pas très grand. De gros cierges à moitié consommés trônaient sur des chandeliers forgés. Les murs humides étaient masqués par des étagères couvertes d’un capharnaüm de parchemins, de livres, d’objets étranges et même de bocaux dans lesquels flottaient encore des substances indéfinissables. Le sol était également jonché de papiers, de reliures de cuir, de morceaux de tissus et d’éprouvettes cassées, comme si quelqu’un avait pillé – en vain – cet endroit. Au centre, il y avait un bureau. Lourd, massif, si large qu’on pouvait se demander comment il était passé par la porte. Plusieurs ouvrages étaient encore ouverts, les pages jaunies et fragilisées. La galloise s’approcha à pas lent, sans rien toucher, et posa les yeux sur le premier livre : une sorte de grimoire. Elle ne comprenait rien aux calculs, formules, mesures et autres schémas qui noircissaient le parchemin, mais le titre était clair, lui : Essence de vie éternelle.

Un frisson glacé glissa dans son dos. Pas besoin d’être une experte pour savoir que dès qu’il était question d’immortalité, les choses n’étaient pas jolies. Une ambiance malsaine émanait de ces travaux, contrastant presque avec l’énergie sacrée à la surface. Le livre jouxtant le grimoire semblait être un ouvrage religieux. Plusieurs phrases étaient rendues illisibles à cause de l’humidité, mais on pouvait en déchiffrer quelques unes comme « Dreamland naît dans le sable et vit par le sable. Son Créateur atemporel […] -ath, l’un des plus dévoués de ses apôtres. Alors les croya- […] et ceux qui se dresseront contre lui seront sacr- […]. »

Un léger bruit métallique interrompit la lecture difficile de Selene. Elle sursauta en manquant de peu de pousser un hurlement. Derrière le bureau, il y avait une sorte de table d’opération, qui ressemblait bien plus à une grille. Des seaux étaient entreposés à certains endroits, remplis d’un liquide noir qui, un jour, avait du être du sang. Sur la table, un cadavre nu étrangement bien conservé, si on part du principe que les lieux sont vides depuis des millénaires. La peau ne semblait même pas consommée par les ordinaires organismes nécrophages. Elle était simplement cireuse, tendue sur les os anguleux et fragiles. Les cheveux étaient ternes, les yeux éteints, et plusieurs cicatrices grossières semblaient signifier qu’on avait vidée la carcasse de ses organes. Devant ce spectacle, la rouquine fit un pas de recul. Ça ne lui disait rien qui vaille…
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 27 Déc - 16:22

Protégée par le pouvoir de son amie, Anastasia se sentait plus forte et en était fière: elle pouvait enfin être à la hauteur des espérances de Selene, aussi quand leurs regards se croisèrent, tout emprunts de l'interrogation: «on ouvre ou on n'ouvre pas ?» la jeune femme hocha doucement sa tête de tissus rembourré.

A peine Selene eût-elle tourné la lourde clé que la porte gémissant sur ses gongs s'ouvrit en grand laissant voir le rêve d'Anastasia: des livres anciens, des parchemins, des notes allant jusqu'à joncher le sol et un bureau sur lequel, entre autres objets, trônaient des ouvrages ouverts.
Instinctivement elle tenta de rassembler malhabilement avec ses doigts faits de branchettes une liasse de vieux papiers afin de les poser sur une étagère croulant sous les documents avant de se diriger vers un grimoire.
Délicatement elle s'en saisit et murmura de l'émotion plein la voix: un codex vieux de milliers d'années avant notre ère d'une richesse intellectuelle inestimable... Il est magnifique.
Elle tourna aussi doucement que possible les pages. Le contenu semblait mêler chimie, biologie, alchimie, physique avec de part et d'autres des figures explicatives dessinées, des plans et des symboles.
Curieusement tout ceci lui rappela les travaux de son père et les pages couvertes de formules ne lui semblaient pas trop hermétiques.
Elle se pencha dessus et fut surprise de constater que la science étalée dans ce livre semblait intemporelle, les plus anciennes formules cotoyant les plus récentes dans une harmonie et une précision inégalée. Elle commença à lire ce qui était dans un langage compréhensible car à ce niveau là aussi, tous les dialectes du monde et d'ailleurs semblaient en étroite connexion formant un tout.
Bien que le texte soit devenu incomplet à force d'usure et d'humidité, ce qu'elle réussit à déchiffrer lui fit mentalement froid dans le dos et si ses yeux avaient pu s'agrandir, c'est un visage angoissé qu'elle aurait levé vers son amie.
En reposant le grimoire elle raconta ce qu'elle avait pu lire: ce sont toutes les formules possibles, anciennes, présentes et futures de l'Elixir d'Eternité, la dernière étant un condensé de toutes ces recherches devenant l'essence même de toutes les connaissances universelles sur le sujet et... elle peut fonctionner à condition d'avoir les ingrédients.

Anastasia se tut. Elle n'avait pas le coeur à dévoiler à l'adolescente la recette abominable du plus vieux rêve de l'humanité qui ici rejoignait davantage le cauchemar.
Elle se pencha au dessus de l'épaule de son amie afin de lire en même temps qu'elle les bribes de phrase sur Dreamland tout en murmurant: le Dieu ancien de ce temple à l'air d'avoir un rapport avec le Marchand de Sable, non ?
Etait-il possible que ce soit le Marchand de Sable qui... Un léger cliquetis métallique l'empêcha de réfléchir plus avant et tandis que Selene sursautait, étouffant un cri, elle tourna sa tête d'épouvantail vers une sorte de renfoncement derrière le bureau.
Ce qu'elle vit lui fit comprendre que la dernière formule avait été expérimentée, la majeure partie des "ingrédients » étant sous ses yeux, allongés sur sur épaisse grille tenant lieu de table d'opération ou plutôt de torture.
L'homme était jeune, cela allait de soi. Depuis de combien de temps était-il ici ? C'était impossible à dire; toujours est-il que la dépouille était bien conservée.
Comme Son amie reculait de saisissement, elle s'approcha; elle était faite de bois, de tissus et de paille, c'était le moment où jamais de prendre des risques qui auraient été inconcevables autrement.
Elle examina le contenu des seaux: aucun doute, c'était bien du sang. Elle trempa le bout d'un doigt-branche afin d'avoir une certitude absolue: le liquide était noir, épais, visqueux mais pas coagulé, que fallait-il en penser ?
Elle se redressa afin de détailler la dépouille.
La personne était d'une maigreur incroyable et les yeux ne reflétaient rien d'autre qu'une léthargie, une absence létale comme si l'individu avait été vidé de toute substance vitale avant de rendre son dernier souffle.
La découpe dans le tissus de chair était grossière mais les organes avaient été ôtés avec une grande précision... Avant ou après la mort ? Impossible de le savoir là non plus.
Anastasia croisa le regard de Selene qui avait l'air de penser, comme elle, que cette découverte n'augurait rien de bon.
Le Marchand de Sable avait-il un lien direct ou indirect avec tout cela ? Était-ce pour lui que... Non; la jeune femme ne pouvait y croire.

Elle se détourna du défunt cherchant des yeux les instruments de chirurgie qu'il avait fallu pour opérer. C'est alors qu'elle vit dans l'ombre d'un second renfoncement une autre porte entrouverte.
Incapable de ressentir la peur elle énonça à voix basse: ne me dit pas que derrière ce sas se trouve le laboratoire ?!
Elle sautilla vers l'ouverture quand un autre bruit léger la fit stopper nette. Pour couronner le tout, y avait-il quelqu'un derrière ?
Elle regarda une deuxième fois l'adolescente avec ses petits yeux en boutons se demandant si elle devait abandonner maintenant le pouvoir afin de protéger Selene ou le garder encore un peu.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Lun 28 Déc - 18:45

Si Saath avait un rapport direct avec le Marchand de Sable, elle ne le savait pas. Par contre, elle avait peur et ça, c’était bien réel. Cette pièce, qui devait certainement être un antre de recherches ésotériques, était sinistre, glauque, et lui donnait envie de s’enfuir en courant. Selene voulut rattraper son amie qui testa la texture du sang dans l'un des seaux mais sa main tremblante manqua son bras de bois. Elle s’attendait à ce que le cadavre se relève, qu’il attrape l’épouvantail à la gorge, mais rien ne se passe. Il restait figé dans sa léthargie létale, inerte, comme entre deux mondes.

La galloise ne pouvait pas réprimer les frissons qui couraient sur sa nuque. Ses yeux noisette travaillés par l’effarement croisèrent ceux d’Anastasia. Malgré l’inexpressivité des boutons, elle sut au moins qu’elles pensaient à la même chose : il n’augurait rien de bien d’être ici. Dans la poche de son manteau, la main droite de la toquée était toujours serrée sur son coupe-papier. Elle songeait également à libérer le potentiel de sa bague d’Unseelie en cas de danger, mais c’était à double-tranchant. Si elles n’étaient pas à l’abri en moins d’une quinzaine de minute, elle serait à la merci de… tout ce qui rôdait entre ces murs.

- J’en sais rien, souffla l’adolescente quand son aînée demanda si, d’après elle, il y avait le laboratoire derrière une porte dissimulée.

D’un côté, elle n’avait pas envie de savoir. De l’autre, la curiosité devenait de plus en plus forte : elle voulait se rendre compte de l’ampleur des travaux. Jusqu’où allait la folie de ces gens ? Est-ce que les habitants de Phanandrie étaient au courant ? Elle ne pouvait y croire. Ils devaient se contenter des prières et des messes, sans avoir la moindre idée des expériences qui étaient menées en sous-sol, loin des regards.

La dépendante affective s’approcha de la nouvelle issu, alors elle suivit. Son cœur battait de plus en plus fort quand elle posa sa main libre sur la poignée froide et qu’elle la fit pivoter. Elle ne vit d’abord qu’un pan de mur noirci de grands tracés occultes. Des phrases indéchiffrables, des formes géométriques, des signes ésotériques, tout y était, du sol au plafond arrondi. Quand elle faut pleinement entrée dans la pièce, Selene se figea de stupeur.

Il y avait effectivement une grande table de bois usée par le temps. Des lanières de cuir semblaient prévues pour maintenir un sujet en place et de vieilles tâches de sang avaient incrusté sa texture. Une grande armoire entreouverte laissait apercevoir des outils métalliques, de formes improbables et inquiétantes. Il y avait aussi les étagères croulant sous les bocaux remplis d’organes, les poches de sang et autre nécessaire à perfusion. C’était bien un laboratoire – ou/et une salle d’opération – mais pas que…

Tout au fond de la pièce, sous la plus grosse concentration de tracés d’apparence kabbalistiques, se tenaient trois tombeaux. Ils étaient étroits, fins, d’une pierre blanche éclatante. Des noms étaient gravés dessus, avec une incroyable délicatesse : Isla – Cassio – Elma. Des canaux strillaient la surface lisse de chacun des cercueils. Au premier regard on pourrait croire qu’il s’agissait d’ornements décoratifs mais à y voir de plus près, on pourrait constater que ce labyrinthe avait un début – une espèce de coupelle creusée dans la pierre – et une fin – un trou au niveau, vraisemblablement, de la tête.

La rouquine ne pouvait plus bougée. Au moment où elle murmura « les prêtresses assassinées », quelque chose changeait. Elle ne sut pas vraiment quoi jusqu’à ce que les contours devinrent plus précis. Une silhouette apparaissait sur le tombeau d’Isla, comme matérialisée depuis le néant. Quelques secondes plus tard, une femme à la beauté sacrée et aux mouvements surnaturels faisait face à Anastasia et Selene, à quatre ou cinq mètres. Sa peau était d’une blancheur opaline alors que ses cheveux et l’intégralité de ses yeux étaient d’un noir profond. Elle portait un simple linceul éclatant qui se conjuguait avec sa chair irisée. On pouvait voir légèrement à travers, ce n’était qu’une apparition, mais d’une réalité époustouflante.

- Bienvenue… cela faisait maintenant longtemps que nous n’avions pas eu de visiteurs…

La galloise tressaillit. Ses doigts lui faisaient mal à force de serrer le manche de son arme. Fixer le fantôme – si s’en était un – était déroutant. Elle n’avait pas de pupille, on avait l’impression de plonger dans un infini froid et décoloré.

- Ne soyez pas timides, que voulez-vous ?

Savoir qui était Saath, s’il avait un lien avec le Marchand de Sable, de quoi retournait leur culte, comment sortir d’ici… les interrogations étaient multiples. Pourtant, une seule vint aux lèvres blêmes de Selene :

- Qui êtes-vous ?
- Qui je suis… vous ne le savez, pas vrai ? Avant que la jeune fille ne réponde, la prêtresse ajouta : nous avons été assassinées, c’est vrai. Par des fanatiques de la tour de Kephren, aussi orgueilleux que leur idole, qui ne supportaient pas l’idée que d’autres dans la région soient immortels. Pourtant, regardez-moi !
- V-vous n’êtes pas vivante, déclara courageusement la rouquine, vous êtes un… fantôme.
- Tu es sûre ? Oooh je suis plus que ça… mais c’est vrai que le jour de notre mort, nous touchions du doigt la formule parfaite sans l’avoir trouvée. Aujourd’hui… c’est différent.

Un bruit dans le dos des deux amies les fit se retourner. Elle ne l’avait même pas entendu approcher : un bossu, hideux, au visage déformé et aux cheveux gras. Il était grand d’au moins deux mètres dix et chacun de ses bras était large comme l’adolescente. Le pagne dans lequel il était enveloppé empestait la saleté et la sueur mais ses yeux bleus brillaient d’intelligence. Avec une vivacité impressionnante, il saisit Selene à la gorge et la souleva de terre. Elle brandit son coupe-papier mais son autre main démesurée entrava son bras minuscule.

- Aujourd’hui, on a trouvé mieux que l’elixir d’éternité… oui… avec l’essence d’un voyageur pour compléter le rituel, nous reviendront plus fortes que jamais. Suffisamment pour percer la barrière qui nous sépare de votre monde.
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Le Marchand de sable

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Lun 28 Déc - 19:53

- FOLIE.

Aussi puissants qu'une bourrasque, les mots avaient balayé le fantôme d'Isla et mit à terre le bossu qui glissa sur plusieurs mètres avant de relâcher sa prise sur Selene, totalement désemparé. Alors que la voix puissante faisait encore vibrer l'air jusque dans les tréfonds des  organes des voyageuses, une silhouette se dessina dans l'embrasure de la porte du laboratoire.

La faible lumière qui baignait le lieu permettait de discerner un homme sans âge, enveloppé dans un long manteau en loques. Ses cheveux longs ondulaient autour de son visage à la barbe de trois jours mais ce n'était que des détails trop vite éclipsés par ses yeux. Vieux... c'était le premier mot qui nous venait à l'esprit en y plongeant les nôtres. Un regard qui avait déjà tout vu, tout observé, tout disséqué. Des yeux qui avaient vu naître le monde aussi sûrement qu'ils le verraient mourir. Ces iris bleues étaient envoûtantes au point de vous donner l'impression de pouvoir vous noyer dedans sans savoir si c'était infiniment délicieux ou subtilement atroce.

Une fois qu'on arrivait à se détacher de ce regard, ce qui attirait l'attention était les plaies. Celles encore fraîches comme les cicatrices. Nombreuses, elles semblaient éclore comme des fleurs sur sa peau tannée puis disparaître comme elles étaient venues. Souvent mineures, elles s'évanouissaient vite pour ne laisser aucune trace. D'autres plus profondes étaient si vieilles que la poussière et le sable s'y étaient infiltrés, à croire qu'elles ne guériraient jamais.

Et cet homme les fixait sans qu'on puisse décrypter ses intentions à leur égard.

- PERCER LA BARRIERE ? CELA POURRAIT DETRUIRE LES MONDES.

Le bossu se releva tant bien que mal, trébuchant pour se relever encore jusqu'au moment où il put prendre ses jambes à son cou. Seules avec l'inconnu, les voyageuses purent sentir leurs membres se paralyser, non de peur mais à cause d'une entrave extérieure. Un simple regard leur permettrait de constater que du sable, infiltré insidieusement, liait à présent au sol leurs membres au point de leur empêcher tout mouvement. Lorsque le nom « Marchand de Sable » fut prononcé, l'homme sortit de son immobilité pour faire marche vers Selene, à sa merci.

- CE MONDE N'EST PAS LE VOTRE, VOYAGEUSE.

Il tendit la main vers elle et elle fut soufflée on ne savait où. Ne restait plus d'elle que l'empreinte de son corps dans le sable. Deux pas de plus et il se trouva face à Anastasia. A toutes ses paroles éventuelles, à cet amour qu'elle lui livrerait il ne rétorquera une chose avant de lui faire subir le même sort que sa comparse :

- NE REVENEZ PAS.

>> Direction le monde réel.


[HRP : alors comme vous vous en doutez... vous venez de vous faire exiler par le marchand de sable. Comme pour la fois précédente vous n'avez plus votre ombre et possédez donc vos pouvoirs dans le monde réel. En contre-partie, vous vous mettrez à développer au bout d'un ou deux jours des symptômes (maux de tête, perte de cheveux, vertiges) qui iront croissant au fil des jours (amaigrissement, nausée, toux sanglante, tumeurs malignes...) jusqu'à causer la mort en deux semaines environ. Si naviguer entre les mondes offre un léger répit (que je ne permettrais pas 40 fois, faut pas abuser), la seule manière de vous guérir complètement est de retrouver votre ombre à Dreamland et de la rattacher. Attention néanmoins... vous serez probablement attendues sur place.]

Direction : San Francisco
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mer 27 Jan - 16:23

Provient du monde réel.

Le temps s’enfuyait. Par rafales entières, Selene le voyait passer devant elle, se contorsionner pour éviter qu’elle ne l’attrape, l’oublier comme une recluse de la société. Finalement, elle n’avait pas pu appeler sa tante. Alitée jusqu’au lendemain matin, elle avait regagné sa chambre plus frêle qu’à l’ordinaire. Une enfant malade. Une folle dont personne ne se souciait du sort. Que ce soit pour l’observer ou pour la remercier, Warren avait posé sur son bureau une unique feuille et un épais crayon en bois. La mine était arrondie, sans doute pour prévenir de ses tendances suicidaires.

Même si elle ne supportait plus sa situation, la galloise ne put s’empêcher de succomber au présent et de se jeter à corps perdu dans le dessin. Les visages d’épouvantails se multipliaient comme autant de symboles religieux qui apaisaient ses angoisses. Ils l’entouraient, comme une famille dont on ne pourrait jamais la séparer ; car le seul endroit d’où ils ne pouvaient pas l’extraire de force, c’était de sa tête. Pas encore en tout cas. La feuille était noire sur toute une face quand une femme vint l’inviter à se laver et à déjeuner.

Midi déjà. L’adolescente ne s’attarda pas sous la douche. Rendue mal à l’aise par le manque d’intimité. Depuis combien de temps n’avait-elle pas pu se coiffer ? Sa tignasse rousse lui donnait des airs d’orpheline abandonnée sur un trottoir. Ce qu’elle était en partie en fait. Se forcer à manger fut difficile mais la vue de l’anorexique de la veille l’incita à terminer son plateau.  A la fin, alors qu’elle pensait retourner à la solitude blanche de sa chambre, le professeur Warren en personne vint la chercher pour l’amener dans la clinique.

- Tu seras la première d’une série, expliqua-t-il, le docteur Thores a accepté de nous accompagner dans nos travaux.

Son cœur s’accéléra. Si la jeune psychiatre était là, cela signifiait que ses chances de retourner à Dreamland étaient presque optimales. Néanmoins, quel était l’état de la praticienne ? Celle-ci n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait avant. Elle se contentait de reproduire une technique qui marchait bien, mais contrairement à Parkinson, elle n’avait pas fuit à temps.

Selene se figea une seconde quand elle la vit. La jeune femme avait perdu de sa superbe depuis que Dakota l’avait attiré, par son portefeuille, à venir orchestrer une séance de groupe en pleine nuit. Malgré son teint naturellement halée, elle était pâle, démaquillée, les yeux fixées dans le vide. Sa chevelure bouclée n’était pas mieux que celle de la rouquine et sa tenue, d’ordinaire si élégante, donnaient l’impression d’avoir été choisi en quatrième vitesse au fond de son armoire. Visiblement, elle n’était pas ici complètement de son plein gré.

- Allongez-vous s’il vous plait.

Elle désignait le lit dans lequel elle s’était reposée jusqu’au matin. Warren s’appliqua à lui brancher des électrodes partout, alluma les écrans, et fit un signe de tête quand tout fut prêt. La praticienne dévoila alors son pendule. Le fameux pendule qui lui rappelait bien des choses et auquel sa vie semblait s’être suspendue à jamais. L’adolescente était tellement épuisée que ce ne fut pas long : ses membres s’engourdirent, elle se sentit partir, ailleurs, et son âme se décrocha. Elle eut les sensations habituelles, eut l’impression de passer à travers une épingle, vit Dreamland de haut pendant une fraction de seconde, et elle fut projetée dans la mer de sable.  

***

Tout était comme quand elles avaient été bannies, si ce ne fut que le silence était de rigueur. Plus de fantôme, plus de bossu, seulement les tombes muettes, les murs surchargés d’inscriptions obscures et toutes les installations lugubres. Il y avait encore du sable un peu partout, signe du passage du maître ultime, mais aucune trace de son ombre – bien sûr. Pas de trace d’Anastasia non plus. Cela signifiait sûrement que son aînée était encore dans le monde réel car sinon, son puzzle d’âme l’aurait amenée à ses côtés. Selene ne savait pas si elle était soulagée ou pas. Désormais, choisir entre les deux mondes revenait à décider entre la peste et le choléra. Au moins ici bas, elle avait quelque chose à faire…

A peine avait-elle fait trois pas en direction de la sortie que le sable se mit en mouvement. Doucement d’abord, puis de plus en plus vite, les grains roulaient, glissaient, s’assemblaient. Un tas devenait alors de plus en plus imposant, grandissant à vue d’œil, s’élevant pour rapidement la dépasser d’une tête, puis deux, puis trois. Un golem se tenait face à l’adolescente, tout juste humanoïde, costauds, un visage presque invisible sur ses traits mouvant. La première des garanties que le Marchand de Sable avait laissée derrière lui.

La chimère grogna comme un démon, se rua sur la rouquine qui esquiva en se baissant. Son poing explosa contre la table en bois, la fissurant sous le choc, et se reconstitua. Une seule option semblait envisageable pour Selene, dont tous les voyants d’alerte de son cerveau passaient au rouge : courir.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 28 Jan - 15:35

Le soleil se couchait, obscurcissant la luminosité du vasistas quand l'infirmière entra dans sa cellule, une petite bouteille d'eau à la main.
Buvez, dit-elle, vous devrez avoir la vessie pleine car vous aurez un examen gynécologique dans quelques heures.
« Gynécologique... Pourquoi faire ? » songea t-elle tout en balbutiant:
j'ai déjà une énorme envie d'uriner et je peine à me retenir...
Buvez tout de même, insista la femme, l'échographie n'en sera que plus claire !
Assoiffée, Anastasia vida la bouteille en quelques secondes tandis que l'auxiliaire poursuivait:
vous n'aurez pas rendez-vous avec l'agent Richard ce soir car le docteur Douglas souhaite approfondir et terminer toutes les expérimentations sur vous dans la nuit, suivez-moi.

Tandis qu'elle arpentait les couloirs, la jeune femme, largement rassurée de ne pas avoir à se rendre dans le 1er sous-sol, s'inquiétait tout de même de la teneur de ces fameuses « expérimentations ».
Elle fut menée dans une salle d'attente où étaient déjà assis trois voyageurs sans ombre qui la dévisagèrent avant de baisser les yeux rapidement sous le regard sévère des deux militaires en faction et une, brune, assez jeune, qui restait ostensiblement dos tourné.
L'un des trois, âgé, cheveux poivre et sel, maigre et pâle lui fit penser à Leorio. Où était le prêtre ? À Dreamland ? Ici ? Mort ?
Anastasia en vint à regretter ses coups de colère à son égard; elle paierait cher pour le revoir au moins une fois...
Et j'exige le silence absolu ! Ordonna l'infirmière avant de repartir.

Au fur et à mesure que les personnes présentes étaient appelées par leur numéro, de nouveaux voyageurs entraient, certains en bonne santé, d'autres sans cheveux, d'autres encore, si faibles qu'ils semblaient presque à l'article de la mort. Malgré tout, l'appel continuait à se dérouler par ordre de numérotation et non par ordre d'urgence médicale, ce qui prouva une fois de plus à la jeune femme que le degré d'humanisme en ces lieux était quasi inexistant.
Quand ce fut son tour, elle fut emmenée dans la salle d'auscultation où s'activaient le docteur et son personnel.
Elle eut le temps d'apercevoir un jeune homme que l'on accompagnait vers la porte d'à côté qui se referma doucement sur lui.
Elle fut invitée à s'allonger et toute une série d'examens fut pratiquée.
Vint ensuite toutes les radiographies possibles et inimaginables, allant jusqu'à la dentition et avant une nouvelle séance d'électrodes, elle fut enfin emmenée aux W.C.
Par une petite ouverture en haut du mur, elle put constater qu'il faisait nuit noire; que faisait Selene ? Allait-elle bien ?
Anastasia s'apprêtait à la contacter quand elle fut invitée à se presser davantage.
Abandonnant provisoirement l'idée, elle tira la chasse d'eau, se lava les mains et but encore au lavabo avant de se retrouver avec des électrodes plein la tête puis emmenée en salle de repos, où d'autres comme elle dormaient déjà, alités face à l'écran qui enregistrait toute activité cérébrale.
Attachée avec des sangles, on lui demanda de s'endormir rapidement mais ce fut peine perdue, elle angoissait trop: afin qu'ils ne dépistent rien, elle avait décidé de ne pas entrer en conversation télépathique avec l'adolescente mais s'inquiétait d'autant; subissait-elle les mêmes contrôles ?

Le sommeil la rattrapa enfin pour lui offrir un cauchemar peuplé de monstres d'argile cherchant à l'étouffer tandis qu'une araignée géante s'en prenait à Selene qui hurlait, emprisonnée dans la toile.
Elle s'éveilla en sursaut, criant presque quand elle sentit qu'on la touchait. Une infirmière débranchait l'appareil et la libérait.
Il est midi, on va vous raccompagner dans votre chambre pour le repas puis vous ramener auprès du docteur qui va vous expliquer la suite des évènements, dit-elle sur le simple ton informatif.
« La suite ? » pensa Anastasia, « ils n'ont pas encore terminé avec leurs foutus examens ?! »
Arrivée dans sa chambre, le plateau repas l'attendait.
Elle le repoussa d'un geste sec malgré la faim: l'assiette contenait exactement la même chose que la veille. Le liquide jaunâtre et gras s'était figé sur les pâtes racornies, la viande, sèche et rabougrie n'avait plus une odeur très fraîche et le yaourt stagnait dans son pot.
Elle profita de ce moment de solitude pour appeler son amie mais elle eut beau se concentrer, elle sentait que le message ne passait pas.
Selene ? Appela t-elle tout fort, paniquée où es-tu ? Que t-ont-il fait ?
Elle tournait dans sa cellule comme un lion dans une cage quand on revint la chercher.
Alarmée, elle demanda des nouvelles de Selene Nymphadora mais la femme lui répondit qu'aucune information sur d'autres voyageurs ne lui serait dévoilée.
Après une nouvelle déambulation dans les couloirs, elle eut la surprise de constater qu'une file d'attente de voyageurs sans ombre s'alignait face à la porte où elle avait vu le jeune homme pénétrer la veille au soir.
Gardés par des militaires, le silence était de rigueur. Cinq minutes environs s'écoulaient entre le nouvel entrant et l'appel suivant mais jamais personne ne ressortait.
Au comble de la frayeur, Anastasia tentait de lire discrètement une information quelconque dans les yeux de ses comparses mais rien ne transparaissait d'autre que l'inquiétude ou le renoncement.

Quand enfin la porte s'ouvrit pour Anastasia, c'est le docteur Thores qu'elle eut la grande surprise de découvrir, échevelée, harassée, mal vêtue, tassée sur un siège, le pendule à la main.
Le docteur Douglas salua et dit: madame Thores a accepté de travailler pour nous afin que vous récupériez vos ombres... ce qui n'est pas votre cas ! Qu'avez-vous à dire sur votre comportement ?
Que je ne suis pas une balance, docteur, répondit-elle simplement en glissant un regard entendu vers la psychanalyste.
Le docteur poursuivit sur un ton ambigu: je vous souhaite bon... « séjour » à Dreamland et à très bientôt ! J'espère que cette fois vous parlerez davantage ?
Sans répondre la jeune femme s'installa tandis que le médecin plaçait à nouveau les électrodes.
Les balancements du pendule eurent tôt fait de l'endormir malgré ses interrogations muettes à propos de Selene et après être passée par les sensations déjà expérimentées lors de la première séance d'hypnose, elle se retrouva les quatre fers en l'air sur un tas de sable, à l'endroit exact où elle avait disparu.
Instinctivement, elle ramena à elle sa hotte abandonnée avant de chercher des yeux son amie.
C'est alors que son regard buta sur une montagne sablonneuse. Levant la tête, elle découvrit avec horreur une sorte de Golem gigantesque et mouvant qui se mit à grogner en l'apercevant.
Elle n'eut pas le temps de se demander si elle était heureuse ou non d'être revenue au pays des rêves qu'elle sentit la grosse main de la chimère attraper sa chevelure. Dans un hurlement d'effroi, la jeune femme se débattit tant et si bien que le titan se retrouva avec une grosse poignée de cheveux dans la paluche démesurée tandis quelle glissait tel un serpent au sol avant de s'enfuir par le premier couloir à sa portée.
Elle eut une pensée ironique sur l'évolution des maladies que promettait la perte d'ombre et qui incluait la perte de sa tignasse brune; au deuxième jour elle en était là, cette tonsure forcée en était la preuve ! À quand les nausées et les quintes de toux sanguinolentes ?

Tout en sprintant dans le tunnel inconnu qui s'enfonçait sous terre en pente raide, elle remarqua avec soulagement que le plafond baissait de plus en plus au point où, après quelques enjambées, elle fut obligée de se plier en deux pour avancer. Le Golem, énorme serait dans l'incapacité de passer par là.
Rassérénée, elle décida d'appeler mentalement l'adolescente:
Selene, où es-tu ?
Je suis à Dreamland, dans le temple, et toi ?
J'ai croisé un Golem de sable alors j'ai pris le premier couloir sur ma droite, celui qui descend en pente raide mais là, je suis face à une intersection et je ne sais pas quel chemin prendre...
Tu vas bien ?


Consciente qu'elles étaient désormais prisonnières des deux mondes, Anastasia espérait toutefois que son amie n'était pas restée dans l'annexe du FBI.

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 7 Fév - 15:26

L’adolescente prit la porte par laquelle elle et Anastasia étaient entrées. Naïvement, elle crut que la chimère serait trop grande pour passer, mais celle-ci parut se condenser, se tassant sur elle-même, rapetissant jusqu’à la taille d’un humain. Figée de stupeur, Selene ne bougea pas quand le golem franchit la porte et lui administra un violent revers qui l’envoya valser contre le bureau. La douleur explosa dans tout son corps, agressive et salvatrice. Le monstre revenait à la charge : elle esquiva en roulant sur le côté. Le meuble couvert de vieux parchemins et de livres anciens fut fendu en deux, pulvérisé. Une pluie de copeaux et de lambeaux de papiers. La galloise rampait à reculons pour s’éloigner, les jambes en coton, un goût de sang dans la bouche. Encore une fois, elle se jeta sur le côté pour ne pas être écrasée par le poing du colosse qui avait reprit sa taille préférée.

Une giclée de sable encore chaud l’avait atteint alors que, succombant à la panique, la jeune fille se changeait en épouvantail. Tant bien que mal, elle se redressa sur son piquet, prête à s’enfuir. Elle ne vit pas venir le lourd panneau de bois arraché au bureau, lancé avec une force herculéenne, qui l’emporta jusqu’à heurter une étagère. Celle-ci, usée par les millénaires, s’effondra sous le choc, recouvrant la toquée de parchemins, grimoires, débris de verres et autres reliques oubliées. Selene était terrorisée : à coup sûr, si elle ne s’était pas transformée, elle serait morte.

D’un moment à l’autre, elle s’attendait à ce que le golem vienne l’achever. C’était : il n’aurait qu’à l’attraper et la briser contre son genou. Une allumette. Pourtant, il ne vint pas. Ce fut un hurlement d’effroi qui tira l’adolescente de sa torpeur effrayée.

- A-Ana ?!

Elle avait cherché à crier, mais l’émotion l’en empêchait. Son amie ne l’avait certainement pas entendue. La galloise s’activa pour sortir de sous les débris, mais c’était peine perdue. Les livres tombés sur sa tête étaient bien trop lourds pour son corps d’épouvantail. Impuissante, elle entendit son aînée s’enfuir et la chimère, qui avait visiblement changé de cible, la poursuivit. La toquée bougeait, remuait, se débattait, mais rien à faire. Le morceau de bureau envoyé par le golem pesait sur sa poitrine de paille, l’immobilisant.

« Ana !! »
pensa-t-elle paniquée lorsque la voix mentale de son alliée retentit dans l’enceinte de son crâne, « je suis dans le temple aussi. Le golem m’a attaqué, je suis bloqué sous une étagère ! Dans la pièce avec le cadavre sur la table d’opération. » Réfléchissant à toute vitesse, elle fit un choix difficile « ça va aller pour moi ! On se retrouve en ville. Fais tout ce que tu peux pour sortir, m’attends pas ! Et… surtout t’arrête pas de fuir ce… truc. Il est fait en sable, je crois qu’il peut se faufiler partout ! »

Un bruit de craquement l’incita à rompre la conversation. Etait-ce le golem qui revenait ? Elle était fichue de toute façon, elle le savait. Quand elle redeviendrait humaine, le poids sur son corps fragile l’étoufferait s’il ne broyait pas sa cage thoracique. Prête à mourir ici. Pourvu qu’Anastasia l’écoute et s’enfuit…

Soudain, Selene fut libérée. Néanmoins ce n’était pas la chimère de sable qui venait de la trouver, c’était plus effrayant encore. La charogne, celle qui gisait un peu plus tôt sur la table d’opération, vide et exsangue. Du sable s’écoulait lentement de ses oreilles, de ses yeux, de son nez… il s’agissait d’une marionnette rien d’autre. Mais quelle marionnette ! Celle-ci la dominait de toute sa taille, plus désincarnée qu’un zombie, plus loin de l’humanité qu’il n’était possible de l’être. Dans ses mains décolorées, un long morceau de bois faisait office de pieu, certainement arraché au bureau.

Le coup parti. Vigoureux. Il transperça l’emplacement de son cœur avec une précision effrayante. La poupée morbide retira son arme improvisée pour porter un second coup. Cette fois, la galloise interposa son magnégide. L’impact sur le bouclier invisible fit tituber l’horreur de plusieurs pas en arrière. L’épouvantail choisit cette occasion pour se rétablir sur son piquet et sautiller vers la sortie la plus proche, le plus vite possible !

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 7 Fév - 22:54

Indécise face à l'intersection, ne sachant quel boyau emprunter, Anastasia attendait la réponse de son amie.
Au bout d'interminables secondes de silence, la mort dans l'âme, elle dû se résoudre à l'évidence: Selene n'était pas à Dreamland.
Elle n'eut pas le temps de mesurer l'effroi de se sentir seule face aux multiples dangers qui la guetteraient désormais qu'elle sentit comme une langue de sable tenter de s'emparer de sa cheville. D'un bond elle choisit le couloir de gauche et regarda par dessus son épaule tout en détalant.
Le sable n'était plus un Golem; il se soulevait à présent comme un si un vent invisible le déplaçait dans sa direction en un long ver qui se recomposait. Si la métamorphose n'avait pas représenter une menace, elle se serait arrêtée pour contempler l'extraordinaire spectacle mais il n'était pas question de perdre du temps: la chimère se transformait en avalanche, dans quelques secondes elle serait engloutie.
Par chance le couloir présenta un virage serré. Cognant des épaules les parois afin de ne pas perdre son élan dans cette sorte de circonvolution, elle poursuivit sa course, rassurée de savoir que le déluge sablonneux serait freiné, voire bloqué dans ce coude.
C'est à ce moment qu'elle entendit le message télépathique de l'adolescente.
En l'espace d'un temps record, deux émotions contradictoires la submergèrent. D'abord, elle ressentit le plus pur bonheur: Selene n'était plus prisonnière du FBI mais avec elle, dans le temple ! L'instant d'après cependant une indicible terreur l'envahit; son amie était coincée dans le bureau à ne plus pouvoir bouger et lui demandait de fuir sans l'attendre.

La coulée de sable avait été effectivement ralentie mais ne semblait pas être déroutée le moins du monde par l'obstacle puisqu'elle prit l'apparence d'une tornade afin de poursuivre son dessein.
Buttant sur les pierres, se tordant les chevilles dans les nids de poule, la jeune femme continuait de détaler, puisant dans la force nouvelle que lui avait procuré le son de cette voix chérie.
Jamais elle n'abandonnerait son amie. Si elle devait disparaître, elle en mourrait de chagrin, elle devait la rejoindre !
Le boyau remontait en pente raide à présent. Hors d'haleine, talonnée par le ver qui s'était reformé, Anastasia se maudissait d'avoir choisi cette issue. Où était-elle ? Et où se trouvait la pièce aux parchemins ?
Elle n'avait d'autre choix qu'avancer, jusqu'au moment où l'espace s''élargit d'un coup, le plafond prenant également de la hauteur. Plus à l'aise la chimère redevint Golem grandeur d'homme et progressait sans peiner, bras en avant prêt à l'attraper par les épaules.
Paniquée, son regard fit le tour de la caverne et aperçut un escalier dans la pénombre.
Dans un effort surhumain elle piqua un sprint, accéléra sur la volée de marches taillées dans la roche et butta contre une porte de bois épais.
Fébrile, elle actionna la clenche ancienne qui s'ouvrit presque sans peine dans un gémissement lugubre et à sa plus grande stupéfaction se retrouva dans le laboratoire. Elle venait d'entrer par où était arrivé le nain ignoble.
Nerveusement elle claqua le battant au nez du monstre et chercha des yeux une arme tout en criant à l'adresse de Selene: ne bouge pas, j'arrive !

Pourquoi avait-elle dit cela ? C'était stupide ! Comment pourrait-elle secourir son amie alors qu'elle était aux prise avec une horreur gigantesque qui venait de faire tomber la porte comme si elle avait été en papier ?
Le cerveau de la jeune femme se retourna sur lui-même afin de trouver une parade tandis que le Golem reprenait toute sa hauteur et rugissait de rage.
Au comble de l'affolement son instinct lui souffla de se cacher dans un endroit exigu.
Balayant la pièce du regard, elle décida de s'accroupir sous le grand évier de pierre mais son genou buta sur un obstacle. Dans un grommellement le titan se baissait afin de jauger son propre moyen d'attaque.
D'une main elle tata l'objet qui n'était autre qu'un tuyau recouvert de poussière et un visage s'imposa a elle: l'agent Richard.
Pour un peu elle l'aurait remercié. Le FBI lui aurait au moins appris quelque chose et elle savait ce qu'elle avait à faire mais en aurait-elle le temps ?
Il le fallait !
Vivement elle déroula ce qu'elle put se demandant avec angoisse si de l'eau coulerait de ce robinet antique, vissa fiévreusement le tuyau, actionna le mécanisme ancien et l'eau jaillit.
Brandissant son arme de fortune sur le Golem, elle l'arrosa sans relâche, ignorant ses hurlements de fureur.
Au bout d'un temps qui lui parut infini, après maintes gesticulations, le sable gorgé d'eau s'alourdit et s'affaissa sur lui-même en un énorme tas compact et immobile.
Terrorisée, Anastasia continuait malgré tout de doucher l'immondice jusqu'à n'être plus entourée que d'une bouillasse informe et inoffensive. Enfin, poussant un soupir de soulagement, elle reposa le tuyau et couru jusqu'au bureau afin de prêter main forte à l'adolescente.

Ce qu'elle vit la laissa pantelante.
La pièce avait été saccagée, tout était sens dessus-dessous et au milieu, trônait une épouvantable marionnette morte-vivante tenant dans ses mains décharnées un pieu épais.
Pour comble d'horreur l'adolescente était invisible; où était-elle ?
Le coeur d'Anastasia se serra de chagrin et de colère impuissante. Que pouvait-elle faire face à cela ? L'eau n'aurait aucun effet sur cette nouvelle monstruosité: le sable était bien trop protégé par le tissus épais qui le recouvrait et ses poings seraient totalement inefficaces; ne restait plus qu'une solution: fuir sans son amie, reprendre le boyau par où elle venait d'arriver et courir au hasard de ce labyrinthe.
Incapable de se résoudre à abandonner Selene à son sort, elle resta immobile, contemplant avec effroi  le visage de chiffon se tordre de haine tandis que la poupée géante levait le bras armé du pieu dans sa direction.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mer 10 Fév - 19:17

Elle avait rebondit trois fois sur son piquet de bois quand le pieu de la marionnette perça son corps de part en part, entre les deux omoplates. Les yeux-boutons de Selene s’attardèrent sur la pointe jaillissant de sa poitrine empaillée, comme dans un film au ralenti. Visiblement, la monstruosité ne s’apercevait pas qu’elle était insensible. Il ne pouvait que constater que ses offensives ne portaient nullement atteinte à la vie de sa proie ; mais pour combien de temps ? A un moment, sa transformation prendrait fin.

Le pieu s’extirpa brusquement. Le râle qui jaillit de la gorge cadavérique fut comme un avertissement. La rouquine esquiva instinctivement le second coup, qui menaçait de se planter dans sa tête de toile, et recommença à fuir. Elle avait du mal à réfléchir, paniquée par l’urgence. Partout où son regard se posait, il n’y avait ni véritable issue, ni solution. Le pantin la suivait, maladroit mais aussi rapide qu’un être vivant. Finalement, dans un élan de désespoir, la galloise se rua vers une étagère délabrée, poussiéreuse et vide. En glissant ses bras-branches dans l’espace entre le vieux meuble et le mur, elle réussit à s’acharner, jusqu’à le faire basculer lentement.

Dans un grincement sinistre, il se disloqua en tombant, heurtant la tête de la charogne possédée et lui coupant la route. Selene ne se fit pas prier, elle sautiller vers l’entrée qu’elle et Anastasia avait emprunté plus tôt et fila sans regarder en arrière. Son corps était dénué de sensations. Pourtant, elle avait l’impression de se sentir trembler, rendu fébrile par l’émotion. Quelques secondes plus tard, elle recouvrait d’ailleurs son apparence et son cœur affolé dans sa poitrine juvénile.

Où aller désormais ? Trouver son ombre dans ce temple hanté serait encore plus difficile que dans le désert gelé. Tant de pièces, de pièges, de recoins inexplorés. Comment faire ?! L’adolescente allait poursuivre sa fuite quand des sons de bataille lui parvinrent. Ils provenaient de l’endroit d’où elle venait ; et si la marionnette ne la poursuivait pas, elle s’attaquait sûrement à…

- Ana ?!

Le courage remplaça la prostration. La dévotion chassa la peur. La galloise revint sur ses pas en courant, plongeant la main dans une poche de son manteau pour en sortir son pistolet cheddar. Quand elle fit irruption dans l’ancien bureau de recherche dévasté, la dépendante affective était au prise avec le cadavre au pieu. Piqué par l’adrénaline, Selene dressa son canon futuriste et visa les jambes de la chimère. Le projectile gluant et malodorant entrava les jambes du pantin qui s’effondra misérablement. L’adolescente courut alors vers son amie, non sans balancer son pied dans la figure de l’abomination au passage, et attrapa la main d’Anastasia.

- Viens ! Il faut y aller, maintenant !

Où ? Elle n’en avait aucune idée. Mais il était certain que leur salut ne se trouvait pas dans cette pièce où se débattait pitoyablement un cadavre aux jambes engluées. Tout en entraînant son aînée sur le chemin qu’elles avaient emprunté plus tôt, en découvrant les entrailles du temple, la galloise détachait de son poignet l’un de ses deux magnégides.

- Prends-ça. Il n’a qu’une seule charge, ‘la gaspille pas. Tu pourrais en avoir besoin.

Au pas de course, les deux exilées remontaient la voie choisie plus tôt. Ses yeux noisette de l’adolescente glissaient sur les murs, à la recherche d’un signe salvateur, une ombre, un écho. Mais rien. Enfin, elles arrivaient au fameux croisement. La rouquine ne savait plus où aller pour retourner vers l’entrée, la salle des messes, elle était perdue. Perdue. Au moment où elle atteignait le carrefour, quelque chose heurta violemment la toquée dans l’estomac. Elle fut soulevée de terre et roula sur plusieurs mètres, dans le chemin à la gauche de celui dont elle venait. La douleur enflammait son abdomen et se répercutait sur ses membres courbaturés. En redressant la tête, elle s’aperçut que les ennuis n’étaient pas finis : le golem de sable était de retour.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Ven 12 Fév - 13:18

Aussi rapide qu'un être humain le mort-vivant de chiffon s'élança maladroitement sur Anastasia dans l'espoir de la transpercer de part en part. Souplement elle esquiva le coup, ce qui fit bondir la chimère de telle manière que la tête qui ne tenait déjà plus trop sur ses coutures, se mit à dodeliner sur ses épaules, menaçant de tomber.
Devant ce spectacle subit et morbide, la jeune femme ne pu contenir un hurlement de terreur tandis que la marionnette repartait à l'assaut, indifférente et nullement gênée par le nouveau handicap, renchérissant en glapissements d'outre tombe sur les cris stridents d'Anastasia.

C'est à ce moment que Selene apparut, armée de son pistolet, engluant les jambes du pantin cadavérique.
Elle aurait aimé avoir le temps d'apprécier le bonheur de revoir son amie mais l'heure n'était pas aux sentiments. Ayant pris soin d'arracher le pieu des mains de la marionnette, elle ne se fit pas prier pour suivre l'adolescente qui prenait les jambes à son cou.
Tout en attrapant au vol le magnégide, balbutiant un remerciement, elle emboîta le pas de course de son amie dans le couloir déjà emprunté plus tôt mais une fois en vue du carrefour le doute l'assaillit: le boyau était reconnaissable tout en ayant l'air légèrement différent, s'étaient-elles trompées de chemin ? Avaient-elles omis une bifurcation ?
Le plus étrange, c'est qu'à quelques pas de la fameuse intersection, l'une comme l'autre se sentirent perdues comme si les repères s'étaient effacés.
Vivement, la jeune femme ôta sa hotte et en extirpa la boussole. Par chance, elle avait repéré que l'entrée du temple se situait à l'est, elle aurait tôt fait de trouver la direction à prendre.
Tout en avançant, elle consulta l'objet et au moment de lever la tête pour dire à Selene: prends à droite ! Elle vit en un éclair le Golem faire valdinguer, d'un bref coup de son coude informe, l'adolescente dans le couloir de gauche tandis qu'elle avait amorcé un pas dans l'autre, le colosse bouchant de tout son corps le croisement comme s'il avait voulu les séparer.
Face à cette situation, les yeux de la jeune femme s'agrandirent d'horreur tandis qu'elle se demandait comment celui qu'elle avait détrempé dans le laboratoire avait-il pu sécher aussi rapidement pour surgir à nouveau devant elles.
La seule réponse plausible était qu'un autre géant avait dû naître du sable, ce qui ne la rassura pas. Combien allait-il en sortir ?

Anastasia n'avait pas d'autre choix qu'abandonner l'adolescente à son triste sort: le Golem était sur ses talons.
Déprimée par cette intolérable sensation de solitude affective, la fatigue se fit sentir, ralentissant sa course. Ce n'était pourtant pas le moment de flancher !
C'est alors qu'elle eut un flash: en voulant séparer les deux amies, la chimère, dans sa stupidité légendaire, sauvait inconsciemment Selene.
Quant à elle-même, avec un peu de ruse et beaucoup de chance, elle s'en sortirait peut-être...
Etant encore à portée de voix de la jeune fille, elle cria: je te couvre Selene ! Pendant que j'attirerai l'attention du Golem, cours derrière lui en suivant toujours la même direction sans te faire repérer !
Afin d'avoir davantage de forces, la jeune femme avala rapidement un cachet d'extasy qu'elle avait glissé dans sa poche. Sans en avoir jamais prit, elle connaissait les effets de cette drogue; ne restait plus qu'à espérer que ce qu'elle avait lu soit à la hauteur de ses nouvelles exigences.
Tout en se ruant dans le couloir de droite, le mastodonte à quelques mètres d'elle, elle tira sur le pan de couverture de Noël qui dépassait de la hotte: elle allait jouer au toreador !
Secouant le lainage coloré, elle se mit à courir en zigzag, se qui ralentit d'un coup la course du titan pas assez évolué pour comprendre qu'il lui était possible de courir droit.
Bras tendu vers le tissus, poussant des grognements de colère, le corps monumental se cognait régulièrement aux parois dans une envolée de grains de sable tandis qu'une montée d'amphétamine donnait des ailes à la jeune femme.

Tout à coup, au bout d'environ cent mètres, Anastasia sentit une impression nouvelle: quelque chose soufflait à son cerveau que Selene était blessée et souffrait au point qu'elle n'avait peut-être pas la force de courir derrière le monstre.
Paniquée, la jeune femme se mit à maudire le destin tout en marmonnant: si seulement je pouvais prendre en charge la moitié de sa souffrance... Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'une douleur fulgurante la plia en deux comme si elle avait prit un ballon de football dans l'estomac.
Suffocant, elle se ressaisit. Cela faisait mal mais ne l'empêchait pas de fuir.
Consciente qu'un nouveau pouvoir aidait son amie à supporter son tourment, elle ne put s'empêcher de sourire: tout n'était pas perdu; si elle s'y prenait bien dans peu de temps elles seraient saines et sauves.
Confiante, vérifiant régulièrement la boussole, elle suivait le boyau, prenant toujours tout droit malgré les nombreuses bifurcations jusqu'au moment où elle arriva dans une pièce rocheuse circulaire qui s'avéra être un cul-de-sac où elle n'eut d'autre choix que stopper net.

Les sens exacerbés par la drogue, la peur anihilée, l'ego boosté, elle parcourut la caverne du regard et vit, au fond, une envolée d'échelons en bois vermoulu, boulonnés dans la roche qui grimpaient jusqu'à une ouverture à l'air libre.
Mais cet instant d'observation lui fit perdre un temps précieux. Le Golem arracha la couverture d'un geste sec. D'un bond, Anastasia se rua sur l'échelle, dérapa sur le second barreau qui cédait sous son poids, se rattrapa tant bien que mal à une petite interstice rocheuse, dû abandonner le pieu et continua son ascension.
Le Golem était capable de monter plus vite qu'elle. Elle le sentait derrière elle jusqu'en avoir la chair de poule. Du sable, emporté par le courant d'air que provoquait l'ouverture, volait jusqu'à sa bouche, l'obligeant à cracher et jusqu'à ses yeux qu'elle peinait à garder ouverts.
Tout à coup, un bruit énorme se fit entendre.
Se retournant vivement, elle vit la chimère, affalée au sol: tous les barreaux avaient cédés sous son poids.
Rassérénée, elle accéléra l'allure. Déjà elle sentait le vent froid de la nuit balayer ses cheveux, il ne restait plus que dix ou vingt mètres avant la liberté.

Malheureusement la jeune femme avait oublié la capacité de régénérescence de l'abomination. A peine au sol, le Golem était à nouveau sur ses jambes et reprenait son ascension, plus prudemment cette fois.
Anastasia approchait de l'ouverture quand il l'a rejoint; elle était piégée. Elle n'aurait pas le temps de se hisser complètement vers l'extérieur, il l'attraperait avant.

Dans un ultime coup de rein, elle réussi à sortir jusqu'au niveau de la poitrine et fut surprise par la violence du vent qui sifflait à ses oreilles par rafales.
A présent elle n'avait plus le choix. Elle aurait préféré rendre le magnégide sans avoir eu besoin de l'utiliser mais c'était impossible.
Se cambrant au maximum afin que le Golem puisse passer, elle actionna le bouclier de protection.
Le Golem n'ayant rien remarqué se rua violemment sur elle, glissa sur la paroi lisse de l'arme de défense et se rattrapa au bord du trou à des racines.
Mais l'immense intensité de son élan avait fait que les trois quart de son corps étaient dehors et tandis que la jeune femme luttait contre le poids du monstre à demi allongé sur elle, elle eut malgré tout le plaisir d'assister au plus beau spectacle de sa vie: la chimère disparaissait, dissoute dans la tempête, le corps s'envolant au loin grain après grain.

Quand il ne resta rien d'autre qu'un petit tas de sable, le bouclier disparut.
Elle se hissa à l'extérieur et soupira d'aise: elle l'avait échappé belle !
Il ne lui restait plus qu'à protéger son visage avec la robe de soirée et nouer tout ce que sa hotte contenait de tissus afin de réaliser une corde pour Selene puisque le colosse avait cassé la majorité des barreaux mais en levant la tête vers le ciel elle aperçut au bord de l'horizon un gigantesque nuage sombre et opaque: dans quelques minutes, une tempête de sable déferlerait sur elle.
Elle regarda au fond du trou; l'obscurité l'empêchait de voir si son amie était là ou pas. L'entendrait-elle ? Avait-elle fait une autre mauvaise rencontre ?
Nouant vêtements, couverture et même toile de tente le plus vite possible elle tenta de hurler par-dessus les mugissements du vent: Selene, dépêche-toi de monter, une monstrueuse tempête de sable approche... Le temple est tout près, on a peut-être le temps de courir se réfugier... Sentant que ses mots s'envolaient, emportés dans la tornade, elle se tut.
La corde trop courte dans les mains, impuissante face aux éléments qui se déchaînaient, elle constata  avec angoisse qu'il lui serait impossible de redescendre mais que si elle restait là, elle serait ensevelie.

-------
Pourvoir utilisé: Loin des yeux, près du coeur.
1 fois par jour/topic à condition de se trouver au minimum à 100m d'un des amis à qui elle est liée, Anastasia pourra ressentir s'ils sont blessés et choisir de prendre jusqu'à 50% de la blessure pour alléger leurs souffrances.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mer 17 Fév - 18:30

L’expression mordre la poussière prenait tout son sens. Courbée sur son ventre meurtri, l’adolescente gémissait doucement. Ça faisait vraiment un mal de chien ! Elle aura un bel hématome, pour sûr. Les images de la guerre dans les mécanoplaines lui revinrent, déchirantes. La galloise avait beau s’encourager, elle n’était pas faite pour se battre. Peut-être devrait-elle abandonner ? L’idée venait de lui traverser la tête quand son aînée lui demandait de suivre le golem pendant qu’elle ferait diversion.

Aux oreilles de Selene, ça n’avait aucun sens. Pourquoi ? Que gagneraient-elles à prendre cette monstruosité en sandwich ? Elle était plus grande, plus forte, et insensible à toutes les armes que possédait la toquée. Le Marchand de Sable n’avait même pas besoin de les achever lui-même : ses sbires s’en chargeraient. Pourtant, Anastasia s’éloignait, visiblement décidée, alors elle ne pouvait pas la laisser tomber. Une main crispée sur son abdomen, la rouquine se remit fébrilement sur ses jambes. Le goût du sang planait dans sa bouche, comme un signe de mauvais augure. Elle titubait même, se retenait régulièrement sur les parois, encore sonnée.

Et s’il y avait d’autres pièges ? La galloise se souvenait encore des carreaux qui avaient faillit l’embrocher ; mais apparemment, cette voie était sûre. Elle aussi. Devant, les bruits devinrent sourds, puis disparurent. Son amie avait pris beaucoup d’avance. Suffisamment pour l’éloigner du colosse de sable, mais si jamais Selene se faisait attaquer par une autre abomination ? Elle serait seule.

Soudain, le poids sur son ventre s’alléger de moitié. C’était comme si on venait de lui appliquer un baume instantané. Ne prenant pas plus de temps que nécessaire pour s’interroger sur cette intervention mystérieuse, elle accéléra le pas pour espérer rattraper Anastasia et son adversaire. Il n’y avait rien dans ce tunnel, rien d’autre que des murs épais, humides, de la poussière et du sable. De plus en plus de sable d’ailleurs, comme si…

- Une sortie ?

Elle trottina sur les derniers mètres qui la séparaient des planches de bois vermoulues. Les débris de marches gisaient au sol et les seules encore entières étaient bien trop hautes. Pourquoi cette issue ? Quelle utilité pouvait y voir les anciens maîtres de ce temple ? La voix de son aînée rappela la galloise à l’urgence de sa situation. Elle évitait de lever ses yeux noisette pour éviter d’y recevoir du sable, mais pouvait malgré tout constater que la corde de fortune que lui avait concoctée Anastasia était trop courte.

En désespoir de cause, l’adolescente essaya de sauter – deux fois – mais rien à faire. En plus de ses membres et de son ventre, elle commençait à avoir mal au crâne. L’anxiété tambourinait contre les parois de son cerveau, cruelle et impitoyable. Selene allait suggérer à son amie de partir se mettre à l’abri sans elle quand elle réalisait qu’elle avait encore un atout dans sa manche. Un. Qu’elle n’avait pas toujours plaisir à utiliser, mais qui serait le prix à payer pour qu’elles soient enfin réunies.

Sa bague d’Unseelie brilla momentanément, transformant l’apparence de la toquée et, inévitablement, sa personnalité. (Dark)Selene s’envola immédiatement, soulevant un nuage de poussière. A l’extérieur, une rafale de vent manquant de l’emporter. Une tempête était effectivement en train de se lever, lacérant l’échine du désert, faisant tourbillonner le sable glacé de la nuit. Les cheveux noirs comme l’ébène de la jeune fille dansaient eux aussi, alors qu’elle dévisageait la dépendante affective avec un dédain prononcé :

- A jamais ratées tes bonnes idées hein ? Heureusement que j’ai toujours de quoi rattraper le coup.

Un sourire narquois traversa le visage si semblable, et pourtant si différent, de la galloise puis son artefact cessa de faire effet. Immédiatement, elle se sentit accablée par une fatigue écrasante, pourtant bien plus supportable que si elle avait prolongé l’utilisation de sa bague. Ses cheveux, qui avaient retrouvé leur couleur flamboyante, masquaient à moitié ses traits embarrassés. D’une petite voix presque couverte par les violentes rafales, elle dit :

- Excuse-moi je… je suis pas moi-même quand j’utilise ce truc, n’en tiens pas compte…

Tout en fouillant dans son sac à contenance infini pour mettre la main sur son turban de touareg, elle ajouta en montrant du doigt la silhouette du temple :

- On va se mettre à l’abri ?
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 18 Fév - 14:50

Tantôt scrutant l'horizon qui devenait opaque, tantôt tendant l'oreille vers le trou silencieux, la jeune femme ne savait quelle décision prendre; elle se sentait dans l'incapacité de partir sans son amie.
L'effet de l'ecstasy tendant à disparaître, sa gorge se noua tandis que mille et unes questions surgissaient sous son crâne: où était Selene ? S'était-elle perdue dans les galeries ?
Cela lui fit penser au plateau de Gizeh sous lequel avait été découvert tout un méandre de couloirs souterrains ponctués de puits menant à des salles faisant office de caveaux; l'adolescente serait-elle tombé dans l'un d'eux ? Et pourquoi celui-ci s'ouvrait-il sur l'extérieur ? Était-ce jadis le puits d'un autre temple ?
Une nausée subite lui rappela qu'elle n'était pas en Egypte mais à Dreamland, sans ombre, dans l'attente de...
A ce moment précis, c'est (Dark) Selene qui sortit telle une furie volante de l'ouverture. Dans un sursaut la jeune femme recula afin de la laisser passer et s'immobilisa d'un coup en croisant le regard de mépris suivit de la phrase acérée de son amie.
Paniquée, mille autres interrogations lui cognèrent les tempes: qu'avait-elle encore fait ? Qu'aurait-elle pu faire d'autre, talonnée par un géant de sable compressé ? Quel pouvoir et quel objet en sa possession aurait-il pu contrecarrer une telle monstruosité programmée pour tuer ?
La jeune femme ne répondit pas. Et quand Selene revenue à elle-même s'excusa, elle ne releva pas tant la déprime l'envahissait.
Bien sûr que sous cet accoutrement l'adolescente était l'opposé de ce qu'elle connaissait mais n'était-ce pas sa partie sombre ? Celle qu'elle n'osait ni montrer, ni avouer ?
Une part de la jeune fille pensait cela: Anastasia n'était et ne serait jamais qu'une incapable, une bonne à rien qu'il fallait sortir du pétrin à tout bout de champs... Sa mère avait raison.
Eperdue de douleur, elle se mit à courir vers le temple, fuyant davantage la perfidie plutôt que la tempête.
Oui elle était nulle, oui, elle ne faisait que subir les attaques sans jamais s'en défendre, oui elle était incompétente pour vivre à Dreamland comme ailleurs; elle avait juste fait de son mieux et son mieux n'était jamais rien aux yeux de Selene. Elle n'était pas la hauteur des espoirs de son amie, bientôt, à force de déceptions, elle ne l'aimerait plus et s'en irait retrouver Julian ou d'autres plus futés, plus joyeux, plus beaux.

Ressassant ainsi toute une mélopée d'impressions plus sombres les unes que les autres, elle se retrouva dans la première salle qu'elles avaient visitées.
A l'abri, la jeune femme se cala dans un coin, dénouant son pull et la couverture achetée à Kephren, invitant à Selene à venir s'y blottir.
Dehors la tempête faisait rage. D'où elles étaient elles pouvaient voir le sable se soulever tel des vagues géantes puis retomber au sol avant de partir à nouveau.
Le vent hurlait et semblait vouloir diriger ce déchaînement vers elles. De l'électricité naissait
dû au frottement intense des grains entre eux, à un tel point que cela semblait surnaturel, tout juste destiné contre elles.
Pourquoi le Marchand de Sable les haïssait-elles autant ?
Fouillant dans sa poche, la jeune femme tendit le magnégide et dit à Selene: excuse-moi d'avoir été obligée de m'en servir, tu n'avais plus qu'une charge, je n'aurais pas dû...
Au contraire même, elle aurait eu tout intérêt à se laisser tuer par le Golem; elle n'aurait manqué à personne et aurait libéré l'adolescente du joug de son amitié exclusive et stupide.

L'ouragan doublait d'intensité, l'air était glacial et paradoxalement lourd comme présageant une catastrophe imminente; une nouvelle vengeance du Maître des lieux ?
Si ce devait être cela, Anastasia avait prit sa décision: elle se laisserait faire; elle n'en pouvait plus de lutter contre les haines, coups bas et inimitiés de toutes sortes.
Se détachant du paysage apocalyptique à faire frémir d'horreur un optimiste convaincu, elle sortit son cahier, son stylo, la lampe torche en forme d'étoile et se mit à écrire:
Je cours mais je cours dans un rêve car mes jambes déjà se sont dérobées et me font vaciller.
Mon regard, ma pensée, mon langage eux aussi sont entraînés dans ce trou noir sans fond où l'inexistence est seule maîtresse...Même pas l'espoir d'une autre issue, d'une autre vie.
Alors je cours agenouillée sur le sol et je cours en hurlant d'un cri qui ne peut résonner que contre les parois intérieures d'un corps, de mon corps non-corps.

Je voudrais un ami qui puisse tout entendre, tout comprendre, tout accepter, même ce que je n'accepte pas.
Souvent on dit je voudrais un ami comme on dit je voudrais la vie.


Une ombre furtive caressa la page à demi noircie et disparut aussi vite qu'elle était venue.
Anastasia sursauta: avait-elle encore rêvé ? Était-ce la sienne, celle de Selene ou celle d'autre chose ?
Elle haussa les épaules. Qu'importe dans quelques jours elle serait morte et l'Homme aux yeux bleus pourrait la voiler de son linceul de sable, sourire aux lèvres car une chose était sûre: il l'aimerait, morte.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 21 Fév - 9:17

C’était désespéré de s’apercevoir que leur seul refuge était le lieu tant craint. Que se cachait encore dans ce temple ?  Combien de créatures, de pièges, d’êtres mystiques, de ressentiments ? Selene avait traversé la tour de la Luxure et pourtant, elle ne se souvenait pas avoir connu une situation plus catastrophique. Même si ses souvenirs étaient effacés : ce n’était pas un gardien qu’elles avaient provoqué, c’était « Le » dieu.

En courant, elle avait l’impression de faire de sur-place. Que sa fuite n’en était pas une, parce qu’elle ne pouvait pas s’échapper. La silhouette sombre du bâtiment surplombait déjà les voyageurs, comme quand elles étaient venues la première fois, et les laissa entrer. Plante carnivore qui se refermerait bientôt sur leurs corps épuisés. Puis le néant. Plus rien, dans un monde comme dans l’autre. Le rouquine suivit Anastasia, jusque dans un recoin du hall, et se blottit dans ses bras à sa demande. Une chaleur presque maternelle qui la préservait du froid électrique qui transformait l’atmosphère.

- Non non, répondit Selene quand son amie voulu lui rendre le magnégide, garde-le. J’en ai déjà un, ça me suffit.

Elle essaya de sourire mais son visage demeura immobile. Figé par la tristesse et la peur omniprésente. Il n’y avait pas de mot pour décrire l’impression qu’elle avait d’avoir touché le fond. Cette sensation de sentir que la mort était imminente, proche, prête. La galloise n’avait jamais eu peur de mourir, trop habituée à la douleur, mais aujourd’hui, elle n’avait pas envie de se laisser faire. Par compassion d’abord, parce que sa tante ne supporterait pas de la perdre, et par fierté aussi. Un sentiment qu’elle ne pensait pas posséder, mais qui lui refusait de succomber. Jusque là, elle avait toujours été sauvée par les autres…

Les yeux de la jeune fille s’étaient fermés. Elle n’avait pas vu qu’Anastasia s’était mise à écrire, ni qu’une ombre avait caressé sa page, ni même que l’ouragan continuait de tonner. Blottie contre la seule amie qui lui restait, elle s’était endormie comme une enfant ; juste devant les portes de l’enfer. Un coup de tonnerre surnaturel l’éveilla. Si fort qu’il fit vibrer les murs épais, comme si un géant venait de poser son énorme pied sur le toit. Une pensée sans rapport traversa l’esprit de la rouquine, sans aucun lien logique.

- Il nous faut de quoi recoudre les ombres… si on n’a pas de quoi faire, ça servira à rien de les retrouver…

Cela signifiait qu’elles allaient devoir aller en ville. Encore à demi ensommeillée, Selene s’aperçut que par l’embrasure de la porte, le ciel avait l’air plus noir que jamais. Etait-ce un phénomène naturel ? Elle n’en était plus certaine. Le sable se dressait si haut sous les rafales de vent qu’il constituait un mur flou, au-delà duquel il était impossible de voir quoique ce soit. Quoique ce soit, exceptée la silhouette qui se dessinait petit à petit, dissipant toute incertitude.  

- Cache-toi ! s’exclama soudain la toquée à mi-voix, quelqu’un arrive, cache-toi s’il te plait. Je vais m’en occuper et toi… dès que tu peux, cours jusqu’au village. Ok ?

La question était rhétorique. La galloise s’était déjà levée pour tirer et pousser son aînée dans le recoin le plus sombre, derrière deux colonnes préservées par les âges. Impossible de deviner qu’elle était là et c’était parfait. Bien sûr, Selene n’avait aucun moyen d’être certaine qu’Anastasia l’écouterait, mais… trop tard. Au moment où elle revenait au centre du hall, la silhouette passait les portes. Elle crut d’abord que c’était le Marchand de Sable qui revenait, mais celui-ci ne montrait pas son visage. En fait, elle reconnut les capes de voyage qui l’enveloppaient et la capuche qui plongeait ses traits dans les ténèbres : c’était Saath, le « dieu du désert ». La seule différence avec les représentations des statues, c’était la grosse jarre sur son dos, en terre cuite, ficelée à sa taille par un jeu de cordes complexe.

- Je savais que vous seriez là, affirma-t-il d’une voix étonnement jeune, « IL » a détruit l’écho d’Isla, mais je savais que je pouvais réparer l’imprudence de mes prêtresses… si je vous tue, « IL » leur pardonnera sans doute.

Soudain, une gerbe de sable jaillit de la jarre, comme projetée par une explosion, et s’étendit comme une énorme langue vers l’adolescente. Elle eut simplement le temps de dresser son magnégide, simple réflexe. L’attaque s’écrasa lourdement contre le bouclier invisible, un impact qui aurait pu lui broyer les os. Son cœur s’emballait déjà, crucifié par la peur, mais il n’était pas l’heure de se transformer. Pas maintenant !

Les yeux noisette de la rouquine suivaient le mouvement de recul du sable qui refluait vers sa jarre, comme un animal vivant. Tel était le pouvoir de cet homme… Selene aurait voulu dire quelque chose, mais les mots étaient bloqués dans sa gorge. De toute manière, elle n’en avait pas le temps : Saath attaqua à nouveau. Cette fois-ci, elle roula sur le côté, non sans grimacer à cause de son ventre, dégaina son pistolet cheddar et quand elle se redressa, elle était prêt à tirer. Le projectile nauséabond partit en direction du visage voilé de son adversaire. Elle l’aurait touché, si une autre coulée de sable ne s’était pas extirpée de la jarre pour le protéger. Ce n’était pas gagné… mais l’adolescente comprenait aussi que c’était le combat de sa vie.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 21 Fév - 21:06

Malgré ses idées morbides, stylo en l'air, Anastasia restait aux aguets, inspectant les murs et le sol du regard mais l'ombre ne revint pas.
Dans un soupir elle finit par ranger ses affaires d'écriture et se cala confortablement. La chaleur du corps de son amie, abandonné contre elle comme une enfant était rassurante et attendrissante au point qu'elle chassa un peu ses idées noires. Après tout, elle exagérait peut-être: Selene ne venait-elle pas de lui faire un cadeau ? Et puis, elle n'avait pas l'air de vouloir la fuir...
La respiration régulière de l'adolescente eut raison de ses dernières forces et elle s'assoupit à son tour jusqu'au moment où une déflagration phénoménale la fit sursauter.
Ses yeux encore ensommeillés s'agrandirent d'effroi et de surprise, cherchant dans tous les coins d'où avait pu provenir un tel boucan.
Le corps en alerte, la peur au ventre, c'est dans un état second qu'elle répondit à son amie: ne t'inquiète pas, j'ai déjà du fil et une aiguille dans la trousse de soin.
A ces mots, Leorio s'imposa à son esprit: elle qui s'était moquée quand elle l'avait vu recoudre son ombre, persuadée qu'il devait y avoir une autre manière de faire, bien plus fiable et bien moins stupide, voilà que ce serait son tour à présent ! Comme elle avait été naïve et prétentieuse à cette époque...

Sa rêverie fut interrompue par une silhouette sombre qui se détachait de l'embrasure de la porte et avançait vers elles, fine mais imposante.
L'espace d'une fraction de seconde la jeune femme cru que le Marchand de Sable revenait et son coeur se mit à battre la chamade mais en regardant mieux, le personnage lui rappela les deux statues du dieu du désert.
Le visage, camouflé sous la capuche de sa grande cape était invisible mais quand il prit la parole, elle fut surprise par la jeunesse qui semblait émaner de la voix.
Sans se faire prier, elle se laissa repousser jusqu'aux colonnes afin de se cacher; elle avait besoin de réfléchir car elles avaient devant elles non plus une marionnette de tissus ou un Golem de sable mais un être vivant, peut-être encore adolescent, probablement beau, pas forcément méchant mais apparemment décidé à les tuer car il avait une quête, une mission à accomplir dont elles faisaient partie, apparemment.
Or, plus elle se triturait le cerveau, plus elle se sentait incapable de répondre aux agressions par ce qu'elle considérerait comme un meurtre, surtout si c'était un envoyé du Marchand de Sable, qui savait !
Il fallait trouver une autre solution mais en aurait-elle le temps ? Selene venait presque de recevoir un coup de sable sous ses yeux et le pistolet cheddar, à part empester, n'avait pas eu d'autre effet. Le jeune homme savait manier le sable qui paraissait lui obéir au doigt et à l'oeil en plus de le protéger.
Pendant une fraction de seconde elle pensa détruire la jarre à coup de pierres mais après une observation attentive, elle remarqua que l'outre de terre cuite semblait posséder une aura de protection sableuse qui devait la rendre indestructible.
Paniquée, Anastasia était sûre qu'elle ne pourrait combattre cet individu avec des moyens classiques ou rationnels, il était bien trop fort; de toutes façons elle n'avait pas d'arme.
Une fois de plus, elle devrait puiser dans son imagination afin d'y dégotter ce que Selene nommerait après coup « une bonne idée à jamais râtée » mais tant pis; il était hors de question qu'elle laisse son amie en danger tandis qu'elle irait faire du shopping au village, il fallait tenter quelque chose; n'importe quoi et vite !

Instinctivement elle porta la main au pendentif accroché à son cou et se rappela la Ville des Anges, Yoake, l'homonculus ainsi que tout cet amour que le Gardien et Ariel leur avait donné. Il faudrait qu'elle raconte tout cela à Selene un jour.
Et si l'amour pouvait devenir une arme ?
C'est ce moment que choisit la limace pour lancer son sempiternelle: Pink-Daddy t'aime très fort, Ana; elle est certaine que tu trouveras une bonne idée dans la hotte !
D'accord mais je t'interdit de venir baver sur mon nouveau collier, répondit la jeune femme sur un ton mi-coléreux, mi-amusé.
La hotte ? Il y avait tellement d'objets dedans, un vrai souk !
Vivement elle la posa à terre, fouilla et en sortit une petite fiole étiquetée « Philtre d'amour ».
Fébrile, elle lut la notice: Une dose. Si vous buvez cette potion, vous deviendrez irrésistible pour toutes les personnes qui vous regarderont pendant une courte période (1 topic/RP). Même un ennemi ne vous attaquera pas si vous en faites usage.
Elle tenait peut-être entre les mains la seule chose qui leur sauverait la vie, d'autant que Selene avait la même.
Et si cela ne fonctionnait pas ?
C'était simple, elle mourrait car elle n'avait rien pour se protéger d'une telle puissance.
Le dilemme était épouvantable mais Anastasia avait fait son choix: elle tenterait tout pour sauver son amie qui d'un instant à l'autre serait peut-être en mauvaise passe.

Prenant son courage à deux mains, elle fit sauter le petit bouchon et avala la mixture extrêmement sucrée puis, surgissant de derrière les pylônes aux chapiteaux papyriformes comme un diable sort de sa boite, elle héla l'homme-dieu qui regarda dans sa direction.
Etait-ce gagné ? Elle n'allait pas tarder à le savoir mais avant elle devait prévenir l'adolescente:
Selene ! Hurla t-elle par dessus le brouhaha de la tempête, je viens de boire le philtre d'amour, si ça marche, fais-en autant !
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 3 Mar - 22:04

Une fois encore, Anastasia ne l’avait pas écoutée. Elle ne s’était pas enfuie ! A la place, voilà qu’elle hélait Saath pour le détourner de l’adolescente. Néanmoins, quand le « dieu » la dévisagea, il sembla comme se passer quelque chose. On ne pouvait voir son visage, mais on ressentirait presque son intérêt pour la dépendante affective, son attirance même. De trop longues secondes, il fixa silencieusement, intensément, la brunette ; le temps nécessaire à Selene pour fouiller dans son sac et boire sa potion à son tour. Ça avait un goût sucré, comme du bonbon liquide.

Dès lors, elle n’osa plus bouger. Quand le maître des lieux se tourna à nouveau vers elle, ses muscles se tendirent d’appréhension. Les leurraient-elles ? Était-il vraiment charmé ? Le sable refluait lentement, regagnant sa jarre, l’atmosphère se détendit, et dans le fond, les grondements de la tempête s’apaisaient. Saath baissa les bras en signe de non-agression et parla de sa même voix sans âge :

- Pardonnez-moi… je me suis laissé emporté. Ce serait un véritable gâchis de vous tuer toutes les deux.

Un silence surnaturel répondit à sa déclaration. La rouquine haletait comme si elle avait couru des kilomètres. Ses yeux noisette allaient du l’homme masqué à Anastasia, et ainsi de suite. C’était si évident qu’elle n’y avait pas pensé ! Trop pressée de se sacrifier pour son amie. En fin de compte, peut-être que ses abandons suicidaires ne s’étaient pas éclipsés. Elle était simplement en quête d’une mort plus noble – ou plus héroïque.

- Vous… vous nous laissez partir ?
- A regret, avoua Saath sur un ton indéchiffrable, mais hâtez-vous. « Il » va revenir et « Il » ne vous admirera pas autant que moi.

La galloise ne se fit pas prier. Sans quitter des yeux le « dieu » au visage plongé dans les ténèbres, elle contourna la pièce pour retrouver Anastasia. A cet instant, elle avait envie de la serrer dans ses bras, de la remercier, … voire plus en fait. Maintenant qu’elle la regardait sans être étouffée par le stress, son aînée lui apparaissait étonnement plus belle, plus charismatique, plus désirable. Seule l’urgence rappela Selene à l’ordre : il n’y avait pas de temps à perdre. Impossible de savoir combien de temps durerait l’effet de la potion mais une chose était sûre : quand il se dissiperait, elle voudrait être loin de ce temple.

- Tu viens ? Insista-t-elle, il faut qu’on y aille… qu’on rentre chez nous.

Un « chez nous » virtuel, irréel, qui signifiait « partout sauf ici ». Existait-il à Dreamland un endroit suffisamment loin de ce désert de sable ? Avant, la toquée voulait y venir, une sorte de curiosité malsaine liée au Marchand de Sable. Explorer son territoire, aventurière des temps modernes, narguer le loup sans l’approcher. Au final, elle s’était faite avoir à son propre jeu. Il l’avait trouvée et il l’avait battue, à plate couture, sans aucune comparaison possible. Ça rendait son omniprésence encore plus terrifiante, car elle avait gouté à son pouvoir de front. Anastasia, elle, semblait tentée de rester, pour le voir à nouveau…

- Ana ?! S’il te plait, il faut y aller…

L’adolescente dut la tirer par le bras, non sans un salut empressé au « dieu » du désert, afin que son aînée daigne la suivre. Dehors, la tempête s’était tue. Ne restait que la nuit, claire et froide, si calme qu’on n’aurait jamais cru qu’une force surnaturelle la secouait il y a quelques minutes. Les clapotis des vagues leur parvenaient, paisibles, et les eaux sombres miroitaient la lune opaline. Elles avaient fait plusieurs pas dans le sable quand Selene se décida enfin à parler :

- Tu as été géniale. Vraiment… je n’avais pas pensé à ça. Je...

Un soupir traduisit ses pensées. Pouvait-elle réellement lui faire des reproches ? Lui dire que c’était dangereux ? C’était stupide. C’était de sa faute si la dépendante affective n’avait plus d’ombre et pourtant, elle préférait encore risquer sa vie pour la sauver que s’enfuir seule. Il était temps que ce jeu dangereux cesse. La galloise avait voulu y croire, mais elle n’était pas faite pour ça. Elle n’était qu’une semi-adulte ; une adolescente marquée remplie d’espoirs inutiles. Une main doucement plaquée sur son ventre qui la faisait toujours souffrir, elle ajouta :

- On rentre à Goutoniskaïa ? J’ai pas vraiment envie de trop traîner dans le coin… on ferait bien de retourner en terrain connu.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Sam 5 Mar - 21:34

Durant une fraction de seconde Anastasia resta paralysée d'effroi, les yeux exorbités à force de tenter de deviner le visage invisible, la gorge et le coeur déchirés par une angoisse sans nom.
L'homme-dieu, immobile lui aussi, avait planté son regard dans le sien, elle le sentait, mais quelle était la teneur des sentiments ? Haine décuplée ? Colère exacerbée ? Profond mépris à l'idée d'avoir été leurré par un aussi piètre artifice ?
Mais l'instant d'après, un imperceptible frémissement lui donna l'indication tant attendue: Saath, qui ne devait être autre qu'un serviteur du Marchand de Sable – elle en était sûre – s'était transformé en amoureux transi.
Oubliant l'élixir responsable d'un tel revirement, le coeur en émoi battant la chamade, la jeune femme amorça un geste indiquant qu'elle était prête à se donner en offrande avec la plus grande soumission, le plus pur bonheur et la plus parfaite dévotion tant elle était certaine qu'être aimée par un des agents du Marchand de Sable était déjà un pas vers l'Amour idéal et absolu de sa vie.
C'est à ce moment que l'homme se tourna vers Selene. Paniquée, Anastasia recula: allait-il tuer son amie ?
Mais le sable refluait dans la jarre, la tempête s'apaisait et l'atmosphère s'allégea d'un coup.
Subjuguée, la jeune femme écouta les propos sans véritablement les comprendre. Elle n'avait qu'une idée en tête: demander des informations sur le Maître mais c'était impossible, Saath en aurait été vexé ou jaloux.

La question de l'adolescente la ramena à la réalité et la réponse qui suivit eut l'effet d'une douche froide. « IL va revenir et IL ne vous admirera pas autant que moi »... avait-il dit.
C'était impossible, l'homme-dieu devait se tromper ! Elle voulait Lui parler, elle voulait L'entendre répondre de vive voix sur ce sujet; ce n'était tout de même pas à un valet de tirer des conclusion à Sa place tout de même !
Il allait revenir ? Parfait, elle resterait et attendrait et quand son amie insista afin qu'elles « rentrent chez elles », elle eut un sursaut car elle ne se sentait chez elle qu'ici même, au milieu de ce sable, comme jamais elle n'avait ressenti cela auparavant.
Elle allait répondre: « pars sans moi Selene, je vais L'attendre » quand l'adolescente la tira par le bras avec une telle énergie mue par le désespoir et la peur qu'elle n'osa pas se rebiffer et se laissa entraîner non sans jeter un regard d'une tristesse infinie vers Saath qui sembla le lui rendre avant de disparaître à son tour.

Le trajet fut morne sous le ciel limpide et étoilé; c'est tout juste si elle jeta un regard vers l'océan.
Non elle n'avait pas été géniale; pire, la quête était un échec total. Non seulement elles n'avaient plus d'ombre mais en plus elles revenaient bredouilles, sans aucun renseignement, pas même une légende pour enfant à se mettre sous la dent.
Mais elle L'avait vu... Son regard avait croisé le sien, Il avait parlé et même s'Il les avaient exilées, cela valait tout l'or du monde.
Peut-être fallait-il Le mériter ? Peut-être fallait-il passer une série d'épreuves ou subir une initiation avant d'être digne de Lui ? Si c'était cela elle le ferait, elle était prête; il ne resterait plus qu'à convaincre son amie de la suivre dans cette folie; le souhaiterait-elle ?
Elle espérait que oui mais ne dit rien: ce n'était pas le bon moment.
Pour l'heure une déprime s'abattait sur les épaules de la jeune femme à l'idée de refaire en sens inverse le parcours en tramadaire sous le soleil brûlant.
Retraverser Kephren et reprendre l'avion pour un retour au point de départ lui donnait l'impression d'une double mort.
Mais il fallait bien récupérer les ombres tant qu'il leur restait encore un peu de santé et qui d'autre que les mages de Gloutoniskaïa pourraient leur indiquer où elles se trouvaient exactement ? Le Temple recelait tant de galeries secrètes...

Au bout d'un temps incertain d'une pénible marche, une lueur pâle au bord de l'horizon annonça l'aube tandis que les premières maisons de Phanandrie se découpaient dans l'ombre, comme recroquevillées dans leur sommeil.
Bientôt il y aurait trop de lumière, trop de bruit et il ferait trop chaud.
Anastasia ralentit l'allure comme s'il lui était difficile de devoir quitter la Mer de Sable.
S'ajoutait à cela une immense fatigue, une faim de loup et une migraine qui la rappelait à l'accablante réalité.
Instinctivement elle entoura de son bras la taille de son amie afin de la soutenir jusqu'à l'entrée de la petite ville; l'adolescente était peut-être dans le même état qu'elle...
Afin de se rassurer mutuellement elle prit enfin la parole pour affirmer doucement: nous y arriverons; on en a vu d'autres après tout.
Puis, après un temps de silence elle ajouta à voix plus basse et pleine d'espoir: quand nous serons à nouveau entières, seras-tu toujours d'accord pour chercher encore des renseignements sur Lui ?
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 6 Mar - 13:05

Finalement, cette « mission » était un échec total. Sa pick-potion n’avait servi à rien, ses précautions non plus, et c’est l’ingéniosité d’Anastasia qui les avait sauvées de Saath. Son ventre lui faisait mal, ses jambes brûlées lui faisaient mal, sa tête bourdonnait encore d’anxiété. La marche jusqu’à Phanandrie lui parut interminable, dans un désert vide et silencieux. Si longue que l’aube vint écorcher la nuit, se reflétant sur les flots placides, trahissant les habitations vétustes du village. Une lueur belle et aveuglante, l’impression d’échapper au pire, alors qu’il était encore sur leurs talons.

- Je ne sais pas, répondit Selene en se laissant supporter par son aînée, je crois… j’ai peut-être fait une erreur en venant ici.

Elle laissa filer une pause, au même rythme que ses pensées. Lentes et courbaturées elles aussi, tiraillées, mobilisées. Tant de choses s’étaient passées ces derniers temps, dans un monde comme dans l’autre, et elle n’avait pas les épaules pour l’endurer. Jamais elle ne serait une héroïne ; ni rien de similaire.

- Je pensais pouvoir faire quelque chose de bien… dégoter des informations sur le Marchand de Sables, découvrir de vieilles légendes, savoir comme nous protéger… au final, j’ai juste réussi à nous mettre en danger. Je suis pas faite pour ça.

Non. Elle pouvait s’occuper d’animaux dans une animalerie, c’était tout. Ce n’était pas une bad girl, elle était juste stupide. Ou naïve. Ou les deux. Pour échapper au regard d’Anastasia, la galloise se détacha de l’étreinte et reporta son attention sur Phanandrie qui s’éveillait déjà : les premiers agriculteurs, marchands, boulangers. Ceux qui avaient la chance d’avoir un travail et qui devait le faire avant que le soleil ne soit impitoyable. Sans attendre, la toquée prit la direction du poste de Tramadaire. Elle ne s’apercevait même pas que toutes les personnes qu’elle croisait, sous le charme de son philtre d’amour, la dévisageaient avec passion.

- On devrait prendre la route de Kephren maintenant, expliqua-t-elle sans se retourner, il fera moins chaud de bonne heure, et « Il » nous rattrapera moins vite. On réfléchira à un plan quand on se à Gloutoniskaïa…

« Ou plus loin » songea-t-elle. Aucune des deux n’avait un bon souvenir de Techyo et pourtant, peut-être que là-bas aussi, elles trouveraient de quoi les aider. Une douche n’aurait pas été de refus, mais prendre le risque de mourir pour un peu d’hygiène, c’était n’avoir aucune notion des priorités. Si le Marchand de Sables souhaitait vraiment les tuer sans tarder, il serait déjà là… à moins qu’il ne puisse pas directement les localiser ? Selene n’avait jamais envisagé cette possibilité. Il ne les traquait que de façon indirecte.

Arrivée à destination, un homme dormait devant la porte de la « grange » où étaient installés les animaux. Il ronflait sans retenue, les mains posées sur son ventre imposant, la tête masquée par un turban qui ressemblait plutôt à une boule de tissu froissée. La galloise dut l’appeler à trois reprise pour qu’il ouvre l’œil en grognant et s’il avait commencé à pester, marmonnant qu’il était trop tôt pour les traversés, son discours se transforma dès qu’il eut aperçu ses clientes. Inexplicablement belles, séduisantes et charismatiques ! Il se plierait en 4, voire en 8.

- Dé-désolé mes’dmoiselles… j’prépare tout d’suite l’s’animaux.

Il s’empressa de s’en aller, atteler les tramadaires et débusquer deux guides pour un voyage aux aurores. Si elle n’était pas aussi épuisée, la rouquine aurait sourit de voir ce veille homme bougon soudainement si maladroit. Au lieu de ça, elle se tourna vers Anastasia pour la regarder avec une espèce de tendresse intense dans les yeux, et le philtre d’amour n’y était pas pour grand-chose. Selene se sentait mal, car elle réalisa que son aînée l’avait suivie de façon inconditionnelle mais que jamais, elle, n’avait daigné réellement s‘intéresser à ce qu’elle voulait. Tout en fouillant dans son sac pour sortir sa grande batterie et recharger son magnégide, l’adolescente demanda :

- Pourquoi tu tiens autant à revoir le Marchand de Sable ? J’ai… du mal à comprendre.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 6 Mar - 22:25

Tu n'es pas seule responsable Selene, j'étais d'accord aussi et je ne regrette rien; nous avons juste pas été assez prudentes. Répondit Anastasia avec sincérité.
La tristesse et la culpabilité de son amie lui faisait mal, il fallait qu'elle la rassure, qu'elle la protège des idées sombres quitte à enjoliver la réalité; elle était si jeune...
Cette mission n'est pas un fiasco total, continua t-elle, grâce à elle nous savons à présent ce qui se trame, nous concernant, dans le monde réel; nous avons découvert que le Marchand de Sable traitait tous les voyageurs de la même manière, sans distinction, comme des virus néfastes dans un corps sans même chercher à comprendre que certains sont bénéfiques pour lui et enfin, nous l'avons vu ! Qui pourrait se vanter de cela ? Pour moi ce n'est pas rien... C'est juste reculer pour mieux sauter.
Elle omit volontairement de souligner qu'elle non plus ne se sentait pas faite pour les combats contre des sbires tous plus dangereux et cruels les uns que les autres; pire, elle n'avait aucune envie d'acheter des armes, elle n'avait rien d'une guerrière, elle voulait juste la paix quelque soit le prix à payer.

Le reste du trajet jusqu'au poste de tramadaire se fit dans un silence pesant, fatigue et douleurs accentuant l'impression de difficultés insurmontables ou de dangers imminents.
Arrivées devant l'homme, Anastasia laissa l'adolescente le réveiller et régler les problèmes matériels et se mit légèrement à l'écart afin de se recoiffer.
Peine perdue, le peigne était à peine passé dans la chevelure qu'une touffe complète se détacha. Rougissante, la jeune femme jeta un coup d'oeil vers le palefrenier dans l'espoir qu'il n'ai rien vu mais quand elle croisa son regard énamouré, ignorant la nouvelle tonsure, elle ne put s'empêcher de lui sourire; cette chaleur humaine faisait tellement de bien... Pourquoi n'en était-il pas constamment ainsi à Dreamland comme ailleurs ?
Intimidée, elle baissa les yeux.
Au sol, elle aperçut un tout petit paquet ficelé à un caillou.
Elle se pencha afin de l'examiner et pu lire: « pour Selene et Anastasia, de la part du caissier qui vous aime». Intriguée elle ouvrit le présent et découvrit deux tickets aller simple en tramadaire. Le montant de 20 rubz avait été rayé et un « 0 » remplaçait le montant initial.
La joie dans le coeur, elle fit un signe de remerciement au vieil homme dans sa guitoune qui lui répondit par un large sourire édenté.
Se tournant vers Selene, elle lui tendit son billet de voyage en lançant d'un ton badin: un cadeau du monsieur ! Puis voyant son amie la regarder tendrement, elle s'approcha et la serra dans ses bras un moment sans rien dire avant de la laisser recharger son magnégide.

C'est alors que la question cruciale fut posée.
Sur le coup Anastasia resta coi; que répondre ? Et surtout comment expliquer cet amour insensé à une adolescente ?
Après mûre réflexion, elle décida d'être franche avec son amie et répondit simplement:
parce que je l'aime... Je ne sais même pas comment, véritablement, puisque je ne sais pas si c'est un dieu qui prend figure humaine ou un homme de chair et de sang.
Et...Je voudrais qu'il m'aime, qu'il nous aime, qu'il aime tous les voyageurs qui ne lui font pas de mal.
Je voudrais le revoir afin de lui expliquer que nous ne sommes pas tous à mettre dans le même panier qu'un Simon par exemple.

Disons qu'il représente l'Amour idéal, absolu dont j'ai besoin.
Toi tu représentes l'amitié idéale et parfois l'amour maternel quand je ressens le besoin de te protéger mais il me manque cet Amour intense d'un homme et d'une femme; seul lui saurait combler le vide que je ressens en moi, un peu comme comme les anges de Keteriah, tu te souviens ? Je t'en avais un peu parlé.

Anastasia se tut et resta songeuse.
Un peu plus loin, les deux guides vérifiaient les montures, le harnachement et accrochaient leurs sacs de vivre et d'eau. Bientôt elles partiraient, s'éloignant inexorablement de Son Antre mais elles reviendraient, au moins pour y récupérer leur ombre.
Tout en plaçant le tuperware contenant la cuisse de dinde et le thermos de chocolat chaud sur le dessus de la hotte afin qu'ils soient accessibles elle ajouta:
je voudrais protéger Dreamland des assauts de mauvais voyageurs, je voudrais mériter son amour ou à défaut son estime mais je ne sais pas comment faire.
Peut-être qu'il faut...

Elle arrêta là sa phrase; ce qu'elle imaginait semblait auréolé de tels dangers qu'elle n'osait pas formuler son hypothèse. Elle avait peur que Selene réponde par un non catégorique à cette nouvelle aberration, pourtant, elle avait le droit de savoir ce qui se tramait sous le crâne échauffé de la jeune femme comme elle avait le droit de choisir de la suivre ou non.
Anastasia ferma les yeux. Serait-elle capable d'envisager une séparation avec l'adolescente ?
Non, assurément. Le problème était là.
Sentant la curiosité dans les yeux de son amie, elle reprit son courage à deux mains. Après tout, elle en avait dit trop ou pas assez, il fallait aller jusqu'au bout à présent.
Je me demande si...
Elle baissa la tête ne sachant par quel bout commencer; sa gêne était palpable puis, voyant que les guides achevaient leur besogne, elle se lança:
les tours... Tu m'a raconté un jour qu'elles étaient une sorte de lien entre Dreamland et le monde réel mais surtout qu'elles protégeaient ce lieu... Je voudrais aider à protéger, je voudrais... Comment dire... Poser ma candidature ou... Etre adepte, peut-être ?
Elle regarda Selene et ajouta: j'aimerais que tu viennes avec moi pour faire cela et j'aimerais commencer par celle de Kephren car je sens que c'est là que nous aurions le plus de renseignements concernant le Marchand de Sable; c'est si prêt de chez lui !
Après un temps elle conclut: bien sûr, nous pourrions y aller avec d'autres voyageurs afin d'être plus fortes, qu'en penses-tu ?

C'était l'heure de partir.
Le ciel était entre chien et loup; il faisait encore froid mais le sable dégageait une odeur plus forte comme s'il s'éveillait et une légère humidité se faisait sentir. Bientôt les premiers rayons de l'astre rougeoyant obliqueraient vers elles, promettant la canicule.
Endossant sa hotte la jeune femme attendait une réponse avec anxiété; elle avait peur de la réaction de son amie.

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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 8 Mar - 17:44

On y était. Enfin. La grande explication. Anastasia était « amoureuse » du Marchand de Sable. Voilà pourquoi elle refusait de croire en sa méchanceté absolue, en sa position d’antagonisme roi aux voyageurs. Serrant dans ses mains le ticket de voyage offert par un vieillard transi d’admiration, Selene écoutait. Ses yeux noisette plongés dans les lacs ténébreux de son amie, elle l’observait déployer toute son émotion, toutes ses aspirations, et comprenait ô combien elles étaient différentes.

Pourquoi ? La toquée n’aimait pas haïr et elle n’avait aucune volonté de détester le Marchand de Sable. Peut-être était-ce la peur, ou une forme de patriotisme. Elle voulait la paix, que chacun de ses semblables puisse vivre sans crainte dans le monde des rêves ; mais tout ça sans attirer l’attention du maître des lieux. Il n’incarnait dans son imaginaire qu’une figure de croque-mitaine omniprésent, transcendant, et son esprit d’adolescente était encore trop peu entraîné aux prises de recul.

Quand Anastasia parla, globalement, de devenir adepte de la tour de Kephren, la galloise ouvrit des yeux horrifiés. Comment cette idée avait-elle pu germer dans la tête de la dépendante affective ? Alors qu’elle avait répudié Julian pour s’être approché de Techyo ; alors que Sextus avait failli la tuer. Une boîte de Pandore logeait dans son crâne, emprisonnée par son épouvantail, et l’absence de ce souvenir la terrifiait plus encore que ses réminiscence.

Elle avait pâlit. Sans répondre tout de suite, la jeune fille avait réglé son voyage et était montée sur son Tramadaire. Ce geste réveilla des courbatures à l’intérieur de ses cuisses. Après avoir ajusté son turban, elle se tourna vers son aînée. Les animaux marchaient déjà, côte à côte, nonchalants dans la fraicheur matinale du désert. La toquée savait que sa complice s’attendait à ce qu’elle l’accompagne jusqu’au bout du chemin, mais…

- Je ne sais pas… je peux… entendre ce que tu ressens, vraiment, même te comprendre… mais je n’arrive pas à partage ce sentiment, elle se pinça les lèvres, alors les tours… ce sont vraiment des endroits très dangereux, je ne crois pas que devenir adepte soit facile ou gratuit. Et quoique soit le prix… je ne suis pas sûre que ça vaille le coup de le payer.

« Pour l’instant » songea-t-elle, mais elle n’osa pas finir sa phrase pour ne pas donner de faux espoirs à Anastasia. Si cette aventure ratée lui avait appris une chose, c’était qu’elle n’était pas faite pour se battre. Alors prendre part aux combats entre les tours et leurs détracteurs ? Non. Trop d’énergie négative se dégageait de ces endroits. Quelque chose lui disait qu’elle avait eu de la chance chez Asmodée ; ce serait gâcher le service d’Aston de se jeter volontairement dans la gueule du loup.

- Mais chaque chose en son temps, reprit Selene en esquissant un sourire sous son turban, on va d’abord trouver un moyen de retrouve nos ombres. On avisera ensuite !

Retrouver son ombre et négocier sa liberté dans le monde réel. Maintenant qu’elle était calme, c’était comme si une horloge entêtante résonnait dans sa tête. Tic-tac-tic-tac. Il fallait qu’elle trouve, qu’elle redevienne « normale », sans quoi elle serait un rat de laboratoire pour le restant de ses jours. Malgré ce qu’elle avait enduré, cet espoir ne mourrait pas. Un espoir qui la rendait, encore une fois, si différente d’Anastasia…

- Peut-être que tu peux défendre Dreamland sans nécessairement devenir un adepte, ajouta-t-elle la galloise après un instant de réflexion, ce serait peut-être même encore plus gratifiant… mais moins officiel, oui…

L’appétit lui revenait. Dans son sac, elle fouilla longtemps pour retrouver ses packs de vivres et en tirer un petit sachet de minis-saucissons. Ça y ressemblait en tout cas. Ce n’est qu’en croyant dans la viande salée qu’elle réalisa comme ça lui faisait du bien ! Son corps dreamlandien n’avait rien avalé depuis un moment et avait usé de son énergie.

- Tu en voudras ? demanda-t-elle à Anastasia.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mer 9 Mar - 12:45

Anastasia avait eu raison de craindre la réaction de son amie.
A peine avait-elle prononcé le mot « tour » que les yeux noisettes de Selene s'agrandirent d'effroi.
Gênée, la jeune femme baissa la tête sans répondre; elle se sentait stupide.
Dans un silence à couper au couteau elle monta sur l'animal docile en grimaçant de douleur; elle avait mal partout; son ventre semblait en charpie, ses jambes étaient ankylosées, la migraine cognait au rythme des battements de son coeur.
Elle s'affala plus qu'elle ne s'installa sur la selle, attrapa les rennes et soupira à l'idée de ce voyage épuisant et triste.
Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe amoureuse d'un elle ne savait quoi ni qui ? Il aurait été tellement plus simple d'aimer un homme normal... Elle avait l'impression de trahir l'adolescente, de s'éloigner d'elle et cette impression la paniqua.
« On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre » disait un vieil adage et c'était vrai. Tout en écoutant les réponses de Selene, elle se demanda une fois encore si elle supporterait d'être séparée de son amie afin d'affronter les affres d'une Tour pour l'amour d'un inconnu peut-être inexistant.

Non !
La réponse de son coeur était sans appel. Pourtant son amour pour le Marchand de sable était d'autant plus fort qu'il était impossible. Elle rêvait d'échanges de baisers torrides, de nuits d'amour extatiques couronnées par l'attente d'un enfant de lui, au même titre peut-être que l'Enfant Jésus, fils de Dieu le Père...
Tandis que le soleil rougeoyait à l'horizon, étalant sa palette de rose oranger, d'or et de pourpre dans le ciel encore laiteux, elle obliqua un regard vers l'adolescente; l'avait-elle déçue ?
Cette pensée même lui fut insupportable aussi répondit-elle rapidement:
Laissons tomber pour la tour, c'était idiot excuse-moi.
Tu as raison, occupons-nous d'abord de nos ombres sinon dans treize jours nous serons mortes et tout cela n'aura servi à rien d'autre qu'à débarrasser le FBI de voyageurs gênants.


Anastasia regretta d'avoir été sincère; elle aurait dû rester évasive dans ses réponses, cela aurait évité le malaise qui s'instaurait entre elles à présent.
A l'instar de son amie, elle attrapa le récipient contenant la cuisse de dinde, le thermos de chocolat, déclina l'offre d'un mini saucisson et croqua avidement dans la viande: elle mourrait de faim.
Quand elle fut rassasiée elle replaça ce qui restait dans la hotte pour une autre fois et proposa du chocolat chaud à Selene en spécifiant:
il m'en reste la moitié, on partage ? Et pour plus tard, rappelle toi que j'ai deux bouteilles d'eau, n'hésite pas à boire.
L'aube se levait vite dans ces contrées, le soleil virait déjà à l'orange et était entier dans un ciel qui bleuissait; l'air s'adoucissait, la vie s'éveillait doucement comme le prouvait ce lézard qui levait doucement la tête sur leur passage.
Elle savait très bien ce que voulait l'adolescente: la paix. Elle voudrait certainement continuer leur voyage autour du monde des rêves, découvrant mille et unes contrées toutes plus belles les unes que les autres.
Elle aussi d'ailleurs; il restait tant de forêts, de montagnes et de plages à connaître. Le problème était que jusqu'à présent, partout où elles avaient posé le pied cette fameuse paix n'avait jamais été au rendez-vous.
A peine avaient-elles ébauchées un sourire de satisfaction qu'une série de contrariétés venait gâcher tous les plaisirs.
Impuissante, la jeune femme haussa les épaules et rangea ses affaires.
A pas lents et cadencés les bêtes avançaient dans le sable s'étalant à perte de vue. Ici le sol était plat, pas la moindre dune à l'horizon, pas le moindre rocher. Se sentant minuscule face à l'immensité elle frissonna songeant que si le Marchand de Sable voulait leur chercher des noises, c'est ici qu'il les attendrait.
Mais pourquoi ferait-il une chose pareille ? Que lui importait deux voyageuses harassées et inoffensives ?

Le soleil n'était pas encore très haut mais arborait sa couleur jaune dans un ciel bleu pur. La température, encore supportable, avait monté que quelques crans.
Anastasia retira son blouson et son pull de Noël. Une légère brise caressa ses épaules.
Avec un peu de chance, elles arriveraient à l'oasis avant la canicule de midi et si tout se passait bien, après cette pause, il ne leur resterait plus que trois heures de route sous une chaleur d'enfer, avant Kephren.
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