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 Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]

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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 22 Nov - 22:03

Selene et Anastasia viennent de : Le commencement de toute quête !

Selene ne comprenait pas. Elles étaient sur le point de partir, alors pourquoi ces deux gardes se la jouaient hyper zélés ? Ils n’avaient certainement pas la technologie adaptée pour que ces informations soient intéressantes. Silencieuse, elle regardait tour à tour les gardes, leurs guides, Anastasia, et la sortie de Kephren. Elle n’osait pas s’imposer et pourtant, son amie ne parvenait pas à se défaire de cette situation. D’ailleurs, cette dernière l’appela à l’aide et toutes les paires d’yeux se tournèrent vers elle. La galloise se sentit momentanément intimidée pour le poids de cette attention. Sous le voile qui masquait ses traits, sa bouche s’ouvrit et se ferma, avant qu’elle ne se souvienne comment parler.

- Selene Earnshow et Elisabeth Smith, mentit-elle en retenant sa respiration, nous allons simplement visiter Phanandrie, trois jours, et finalement pas d’hôtel, on s’était décidées pour le camping. On a des tentes regardez, elle montra le paquet qui dépassait de la hotte de son aînée, on ne vous posera pas de problème. On est que deux femmes sans histoire, on vient de Gloutoniskaïa.

Le cœur de l’adolescente battait furieusement. Frauder n’était pas dans ses habitudes, elle détestait ça, mais elle sentait que les miliciens ne lâcheraient pas l’affaire s’ils n’avaient pas des réponses simples. Celui qui avait sorti de sous son pagne un calepin archaïque sur lequel il écrivait avec une grosse craie noir recopiait le moins de ses mots. La toquée avait l’impression que la chaleur avait triplé et ses poumons se refusaient à relâcher l’air qui y était entré. Le garde sembla réfléchir intensément, mais la rouquine ne lui avait-elle pas donné toutes les informations ? De toute manière, les voyageuses quittaient la ville. Elles n’étaient donc plus un souci potentiel pour Kephren, ni pour la tour. Il marmonna qu’elles pouvaient partir et Selene expira avec soulagement tout en le remerciant.

L’adolescente frissonnait encore quand les Tramadaires passaient les frontières de la métropole pour s’aventurer dans le désert. N’osant plus ouvrir la bouche, des fois que leurs jeunes guides soient de mèche avec la milice, elle adressa un clin d’œil à son amie. Malgré tout, elle se sentait mal à l’aise. C’était bête, elle n’avait fait qu’aligner quelques mensonges sans importance, mais elle n’avait pas été éduquée comme ça. C’était comme tuer : la galloise n’avait encore jamais pris une seule vie à Dreamland, même si la sienne avait été menacée plusieurs fois, même si elle aurait pu. Même si les règles du monde des rêves étaient différentes, elle ne voulait pas sombrer et perdre ses valeurs. Rester humaine, c’était essentiel.

Le soleil était brûlant et impitoyable. Dresser dans le ciel sans nuage, il se reflétait sur le sable, l’embrasant d’une lumière dorée. De toute sa vie, Selene n’avait jamais eu aussi chaud. Elle dégoulinait de sueur et si ce n’était pas pour se protéger du sable qui se soulevait régulièrement, elle aurait déjà enlevé son turban. Ses jambes exposées cuisaient littéralement : elle pouvait s’attendre à de gros coups de soleil une fois à destination. Au début, elle buvait copieusement de sa gourde, jusqu’à se rendre compte qu’elle était au ¾ vide, alors elle se rationna en se privant. Après environ trois heures de marche silencieuse, une oasis était en vue. Un petit plan d’eau clair, deux ou trois palmiers et un tapis de verdure.

- On va s’arrêter ici, expliqua Hawadi, on pourra se reposer, prendre l’ombre et faire boire les animaux. N’hésitez pas à remplir aussi vos gourdes, on a encore beaucoup de route.

La rouquine acquieça, impatiente de fuir le soleil flamboyant. Une trentaine de minutes plus tard, elle pouvait enfin descendre de monture et découvrir, non sans quelques gémissements contenus, la douleur qui déchirait ses jambes. Ses cuisses étaient rouges, irritées même, et ses muscles étaient douloureux à force d’être crispés sur le corps du Tramadaire. Tandis que les deux jeunes habitants de Kephren s’occupaient des bêtes, Selene se laissa tomber à l’ombre d’un palmier en exagérant son agonie et s’allongea dans l’herbe, sur le dos, après s’être délivrée de son turban. Ses cheveux étaient collés à son front et ses joues, trempés de sueur. Les yeux fermés, elle attendit qu’Anastasia ne la rejoigne pour dire suffisamment bas pour qu’elle seule n’entende :

- Pourquoi j’ai pas pensé à prendre de la biafine… mes jambes me font TROP mal. J’habite peut-être à San Francisco mais viens du Pays-de-Galles moi… ma peau n’est pas faite pour autant prendre le soleil. Elle feignit de pleurer comme une enfant et ajouta : tu crois qu’on peut se baigner ? Même si je dois y aller toute nue je meurs d’envie de piquer une tête.  

A cause de la transpiration, sa plus récente cicatrice sur son poignet gauche la démangeait. La toquée gratta machinalement mais s’arrêta bien vie en grimaçant. Sa peau était poisseuse, elle aurait même préféré que le repère du Marchand de Sable se trouve dans les terres gelées.


Dernière édition par Selene Nymphadora le Lun 23 Nov - 19:48, édité 1 fois
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Lun 23 Nov - 14:33

Inquiète, Anastasia écouta les réponses de son amie et faillit s'exclamer quand elle donna une fausse identité.
La jeune femme fit en sorte de bien se souvenir de sa nouvelle appellation car si les environs ressemblaient à ce qu'elle avait lu sur l'Egypte ancienne, elles se feraient encore contrôlées à l'entrée ou à la sortie du moindre bled voire même aux check-points pour marchands ambulants sillonnant le désert.

Enfin elles pouvaient partir !
Le démarrage fut assez brutal le temps que le tramadaire qui s'était agenouillé afin de le chevaucher, se redresse sur ses jambes.
Durant un bon quart d'heure, Anastasia apprécia l'originalité de ce nouveau mode de transport. La lenteur et la hauteur permettait de contempler le paysage de sable et de dunes parfois gigantesques qui barraient l'horizon, donnant une sensation enivrante de liberté. L'immensité désertique à couper le souffle donnait envie de crier: « je suis le roi du monde »! mais une fois passé l'enthousiasme de la nouveauté, le reste fut un véritable cauchemar.
Ses bras nus cuisaient littéralement sous les rayons du soleil tombant si drus que le jean ne suffisait pas à stopper la sensation de brûlure sur ses cuisses; mal protégée par sa casquette, elle mangeait du sable à la moindre brise.
Au bout d'une heure de ce traitement, ses entre-jambes commencèrent à s'irriter, le coccyx à hurler de douleur, le cerveau surchauffé à battre sur les tempes au rythme des pas pesants sans compter les poumons à deux doigts d'exploser dans la cage thoracique, rendant le souffle court et la respiration sifflante.
Deux heures plus tard la bouteille d'eau était presque vide et la soif la taraudait.
Lançant un coup d'oeil vers Selene elle constata qu'elle n'avait pas l'air en meilleur état et s'alarma de la couleur rouge virant au carmin de ses jambes. Du coup elle regretta leur manque de préparation pour un voyage en terrain aussi hostile. Elles étaient vraiment parties en touristes, voilà pourquoi la milice les avaient laissées passer aussi facilement; ils avaient dû bien rigoler en les regardant s'éloigner accoutrées comme si elles allaient à la plage !

Les derniers moments furent les plus pénibles.
Anastasia tentait régulièrement de se pencher sur la bosse afin de soulager son dos en charpie puis de soulever ses fesses de la selle afin de calmer les élancements dans les zones sensibles. Elle bu d'un trait le fond de d'eau chaude qui restait, se disant qu'elle ne résisterait pas une seconde de plus à un tel traitement.
Heureusement, arrivée en haut d'une dune, elle vit s'étaler en contre-bas un petit oasis, véritable écrin d'eau et de verdure dans cet univers impitoyable.
Entraînés par la descente et la promesse d'un rafraîchissement, les tramadaires avaient accélérés l'allure allant jusqu'à trotter, ce qui n'arrangea pas son état physique.
Seule la phrase salvatrice de Hawadi lui donna le courage de résister durant la demi-heure qu'il fallu pour atteindre le paradis.

A peine descendue de selle, raide comme un manche à balai, Anastasia se dirigea vers le puits afin de remplir sa bouteille, bu à grandes lampées, s'aspergea le visage avant de la remplir à nouveau.
Elle s'affala à côté de Selene en lui tendant le breuvage.
J'ai de biafine dans ma trousse de soin lui répondit-elle mais il vaudrait mieux en mettre après la baignade, s'il n'y a pas de crocodiles !
La jeune femme se déshabilla mais resta en sous-vêtements: elle n'était pas sûre que les coutumes ancestrales tolèrent les femmes dévêtues.
Quand on repartira, je te conseille d'enfiler un pantalon et un haut à manches longues, si tu ne veux pas finir en poulet rôti.
Disant cela, elle fouilla dans sa hotte pour elle-même. L'unique vêtement protecteur, pas trop chaud qu'elle trouva fut la robe de princesse rose; elle la mit de côté, cela protégerait au moins les bras et en guise de turban: l'écharpe en laine ! Après quelques hésitations elle la rangea. Elle se servirait de la robe de soirée bon marché en voilage.
Enfin, elle contempla ses rangers fendues à cause de la guerre des robots. A moins de servir de repaires à scorpions, elles étaient inutilisables ici. Elle les replaça avec un soupir contrit.

J'ai mal partout...
se plaignit-elle avant de se lever et de s'écrier:
On y va ? la dernière à l'eau est une poule mouillée !
Oubliant l'éventualité des dangers aquatiques, elle s'élança vers l'étang.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Lun 23 Nov - 19:47

- Les crocodiles vivent généralement dans les eaux marécageuses, non ? commenta Selene avec un sourire.

Dans un sens, cette déclaration servait principalement à la rassurer. En effet, peut-être bien qu’à Dreamland, il existait des reptiles qui défiaient la logique propre au monde réel. Toutefois, l’adolescente venait de se souvenir qu’elle avait aussi de la biafine ! Il y en avait dans la trousse de soin trouvée dans la hotte abandonnée. Ça pour sûr, elle ne manquerait pas de se tartiner copieusement avant de remettre sa combinaison techyoïte. Elle allait crever de chaud, mais c’était toujours mieux que de cuir comme un poulet – sa peau britannique ne lui pardonnerait pas.

En suivant le modèle de son aînée, la rouquine ôta son tee-shirt, ses chaussures, ses chaussettes et son short, dévoilant son corps juvénile. Même s’ils étaient occupés auprès des Tramadaires, les deux jeunes hommes de Kephren ne pouvaient s’empêcher de regarder à la dérober les courbes des deux touristes. Gémissant à chaque pas, Selene se jeter à l’eau en deuxième.

- Aaaaaaaaaaaaaaah, agonisa-t-elle quand ses jambes brûlées s’enfoncèrent dans l’oasis, je suis une poule mouillée si tu veux. J’ai l’impression que si je bouge trop, mes cuisses vont se déchirer.

Elle prit mentalement son courage à deux mains et plongea sans même s’humidifier la nuque, se délectant de la sensation de fraicheur qui l’irradia complètement. Ça faisait longtemps qu’elle ne s’était pas baignée ! Mis à part la fange de la tour de Sextus, et la mer où elle s’était rincée, ça remontait à l’une des plages de San Francisco. En été, elle passait pas mal de temps là-bas avec ses amies. Se raconter des potins en prenant le soleil ou en faisant quelques brasses, fut un temps où c’était un équivalent assez convaincant du paradis. Désormais, sa vie n’avait plus rien à voir.

L’adolescente regagna la surface en faisant tourbillonner sa longue chevelure rousse. Un peu comme dans les films américains, sauf que personne n’était là pour immortaliser l’instant. Ses sous-vêtements étaient clairs, alors maintenant qu’ils étaient trempés, on voyait à travers. Quand elle s’en aperçut, Selene s’immergea jusqu’à ses épaules graciles, gênée, mais elle avait déjà surprit le regard d’Hawadi qui s’était empressé de se détourner, plus embarrassé qu’elle encore. Au moins si aucun des guides ne disait rien, c’était que les voyageuses ne risquaient pas de se faire dévorer.

Après deux ou trois tours, la rouquine s’extirpa à contrecœur de l’eau pour s’installer sur l’herbe, à côté de ses affaires. L’air distrait, elle observait Anastasia qui profitait toujours de son bain. Elle la trouvait belle. Inexplicablement sensuelle. L’adolescente savait qu’elle ne l’égalerait jamais. Son corps était marqué de cicatrices, il était assourdi par la douleur. Rien chez elle ne pouvait être sublimé ; même ses yeux étaient éteints.

- T’as faim ? demanda-t-elle brusquement, je vais manger avant de me tartiner de biafine. Si tu veux quelque chose, je dois avoir encore de la viande séchée, des barres de céréales, des galettes de riz, des conserves… bah des trucs déshydratés quoi.

A l’ombre d’un palmier, elle fouillait son sac à contenance infini pour en sortir des vivres. Ses jambes étaient étendues devant elle, ses cuisses souffrant du plus gros coup de soleil qu’elle ne s’était jamais fait, mais l’eau les avait légèrement apaisées. A quelques mètres de là, les guides discutaient entre eux, profitant de leurs propres provisions. Selene piocha une petite boite de fruits secs et commença à manger avec gourmandise. Elle réalisait seulement qu’elle avait vraiment faim.

Alors qu’elle mâchait machinalement, avec la simplicité d’une enfant qui profite d’une après-midi estivale, la rouquine observait les horizons. L’océan de sable semblait interminable, enflammé par un soleil brûlant, modelé de dunes et de pentes aléatoires. On ne voyait rien. Nulle part. Si jamais elles perdaient Hawadi et Mohandi, les voyageuses pourraient bien être égarées à jamais. Du moins… elles avaient toujours des boussoles, mais encore faudrait-il supporter la traversée du désert à pieds.

- Ah !!

La galloise avait sursauté. Un petit scorpion noir s’était faufilé jusqu’à flirter avec ses orteils. Malgré la douleur, elle avait bondit sur ses pieds et manqua de tomber dans l’eau. Les deux guides s’étaient vivement précipité au secours de leurs clientes et l’un d’un attrapa même habilement la bestiole pour la rejeter au loin.

- Désolé…, marmonna Selene en baissant les yeux.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 24 Nov - 15:47

Dans un éclat de rire à propos des crocodiles, Anastasia plongea dans l'eau fraîche; la baignade lui fit un bien fou au point qu'elle en sortit à regret quand Selene lui proposa de quoi manger.
Avec cette chaleur, je ne pourrai rien avaler de solide pour l'instant, quel dommage d'avoir gâché une orange dans le dragcar ! Dit-elle avec une moue de regret.

Elle regarda autour d'elle.
Dans le monde réel il y avait toujours quelques victuailles du genre pastèques ou dattes, à vendre dans ces endroits où chacun faisait étape; pourquoi pas ici ?
En effet, un peu plus loin, face à un vieil homme à demi couché sur une paillasse s'étalaient trois malheureuses pastèques, c'était juste ce qu'il fallait.
La jeune femme s'approcha et fut stupéfaite des prix: 6 rubz l'unité !
Timidement, elle demanda au marchand s'il était possible d'en avoir qu'une demie; après tout, elles n'étaient que deux.
D'un signe de tête affirmatif l'homme sortit un sabre de sous ses vêtements et trancha net le fruit avec une habileté incroyable. Un peu ébranlée, Anastasia tendit les 3 rubz et courut vers Selene.

Tu as vu comment il a tranché la pastèque ? Heureusement que ce n'était pas ma tête !
S'exclama t-elle en riant jaune.
Tiens, prends-en autant que tu veux, ce sera bien meilleur que tes conserves ! dit-elle en montrant la chair appétissante et juteuse à souhait.
Sinon, pour ce soir ou demain, il me reste un ticket restaurant, que dirais-tu de partager avec moi un couscous, un tajine ? ou... Une spécialité d'ici, quoi !
S'aidant de la paire de ciseaux à l'effigie du Père-Noël, seul outil tranchant de la hotte, elle dégusta sa part avec délice et tandis que l'adolescente picorait encore des fruits secs en admirant le paysage de dunes, elle se leva pour aller remplir à nouveau la bouteille d'eau ainsi que la gourde.
Quelle ne fut sa surprise de voir une bouteille neuve posée sur la margelle de fortune du puits avec noté sur l'étiquette: « pour Ana ».
Elle tourna la tête en tous sens; qui vous pouvait la connaître en un endroit pareil ?
Comme elle ne vit personne, elle s'empara de la nouvelle acquisition et remplit leur deux contenants.

A son retour elle vit les deux guides penchés sur Selene.
Inquiète, elle demanda: que se passe t-il, ça va ?
C'est à ce moment qu'elle vit l'un deux éjecter au loin un scorpion; elle poussa un hurlement de terreur. Elle n'était pas phobique mais tout de même, un scorpion !
Ca va ? Demanda t-elle à nouveau il ne t'a pas piqué ?
Comme son amie n'avait répondu qu'un simple « désolée », elle en conclut qu'il y avait eu plus de peur que de mal.
Elle tendit la gourde à la jeune fille, rangea ses deux bouteilles en lançant joyeusement: on a du rab! Et entreprit d'enfiler les sous-vêtements aux couleurs de Noël, puis ses vêtements, de passer la robe de princesse et d'enrouler la robe de soirée noire à paillette autour de sa tête.
Ainsi accoutrée elle alla rincer son deuxième tee-shirt. Accroché à sa hotte avec des pinces à linge il sècherait vite.

Comme elle enfilait ses baskets, elle vit les deux jeunes hommes leur faire des signes. Elle se tourna vers Selene et dit: ils nous appellent, je pense qu'il faut repartir; tu vas tenir le coup ?
En posant cette question la jeune femme sous-entendait: à cause de la chaleur, la douleur du coup de soleil, les entre jambes irrités et le corps vermoulu.
Aussi ajouta t-elle: tu es sûre que le scorpion ne t'a pas piqué ?
Bien sûr, elles avaient de l'anti-poison dans leurs trousse de soin mais n'était-ce pas pour les serpents ?
Instinctivement elle balaya le sol sableux du regard.

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1 bouteille d'eau : 1 jeton.
1/2 pastèque: 3 rubz.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 26 Nov - 8:19

L’air paniqué de sa meilleure amie la fit se sentir encore plus coupable. Avec un petit sourire gêné, la gallois prit sa gourde remplie à l’eau de l’oasis et la rangea dans son sac. En fait, elle n’était pas sûre d’accepter de boire alors qu’elle s’était baignée dedans que les Tramadaires, comme certainement tous les animaux des environs, buvaient également dedans.

- Ça va, ça va, assura-t-elle en se réinstallant pour finir son maigre déjeuner, il m’a juste fait peur.

Difficile de résister à la chair fraîche de la pastèque. Pourtant, Selene ne pouvait s’empêcher de penser que son amie était « trop » généreuse. Presque chaque instant, elle lui proposait de partager un fruit, un repas, un croissant, une bouteille d’eau… c’était un concept qui devenait difficile à saisir pour elle qui avait connu la profonde misère de l’esclavage. Elle avait déjà volé pour pouvoir manger. Qu’importe que les circonstances lui apportent des remises de peine, c’était un fait… oh pourtant, la toquée savait qu’elle était pareille. Qu’elle ne laisserait jamais Anastasia le ventre vide, qu’elle-même lui proposait de profiter de ses vivres. Peut-être était-ce parce qu’elle se sentait – à tort – intouchable ?

Quand l’adolescente eut fini son repas, elle commença a copieusement se tartiner les jambes de biafine. Chaque fois que ses mains pâles glissaient sur ses peaux rougies, elle avait envie de pousser des hurlements. Elle serrait bravement les dents, ses paupières écrasées l’une contre l’autre, une larme s’échappa même quand elle achevait sa deuxième cuisse. Sa besogne terminée, elle se rinça les mains dans l’eau et enfila sa combinaison bleu nuit parsemée d’étoiles. Le contact du tissu sur ses coups de soleil la brûlait déjà, la chaleur était étouffante, mais c’était mieux que de cramer littéralement. Quand son aînée lui signala qu’il était temps de partir, elle était en train de remettre son turban et hocha la tête en signe d’approbation.

- Ça va je t’assure ! C’est plutôt moi qui aurait dû te surveiller, rétorqua Selene avec une pointe de regret, je ne suis pas certaine que ce bain ait été recommandé pour ta blessure… tu me feras voir ça quand on sera arrivées.

En soi, elle n’avait aucune notion d’infirmière – pas la moindre – mais les chairs ouvertes ne lui faisaient pas peur. Elle avait l’habitude d’écorcher les siennes. Et puis, si la dépendante affective avait failli se faire éventrer, c’était de sa faute, alors la galloise se sentait impliquée dans sa guérison. Après un œil en arrière pour s’assurer qu’elles n’oubliaient rien, la toquée marcha précautionneusement et réquisitionna à nouveau l’aide de Hawadi pour monter sur son Tramadaire. Elle étouffa quelques gémissements quand, en plus de la douleur de ses cuisses, son entrejambe lui rappelait qu’il n’était pas épargné non plus par ce mode de transport.

- Oh, fit l’adolescente qui se rappelait soudainement d’un truc, j’ai un ticket restaurant moi aussi. Alors si on doit se faire un plat local, autant en prendre un chacune pour qu’on puisse laissa parler notre gourmandise !

Est-ce qu’elle aimerait ça ? Selene ne se souvenait pas avoir jamais mangé de spécialité d’Afrique du nord en fait – si tant est que cette région de Dreamland y ressemblait vraiment. Au Pays-de-Galles, même en marge, ce n’était pas les plats les plus populaires ; et puis d’aussi loin qu’elle se souvienne, les repas chez ses parents n’étaient jamais « bons ». Ils étaient comme sa famille : fade, sans goût. Ils existaient, ils nourrissaient, c’était tout. En Californie, sa curiosité culinaire avait été un peu mieux satisfaite : japonais, italien, français – ça s’était trop bon –, coréen, mexicain et même caribéen ! Mais le reste… elle ne savait même pas ce qu’était un tajine !

Ces simples pensées lui rappelaient douloureusement ses amies du monde réelles. C’était bête, mais elles lui manquaient, pour de vrai. Peut-être qu’elle y songeait parce que l’une d’elle venait de République Dominicaine et que sa mère faisait toujours des diners à tomber par terre. La toquée se souvenait que plusieurs fois, ses copines complotaient pour pouvoir se faire inviter à manger sans avoir l’air de s’imposer et la famille de Rose, car elle s’appelait comme ça, les accueillait toujours à bras ouverts. Il régnait chez eux une chaleur humaine réconfortante, incroyablement belle pour une enfant qui venait d’un foyer brisé.

Perdue dans ses pensées, Selene ne vit pas passer le reste du voyage. Elle se sentait dégouliner de sueur sous sa combinaison, ses membres étaient engourdis, la peau de ses cuisses tiraient, mais ça avait été plus agréable qu’avant l’oasis. Le soleil tendait paresseusement ses bras à l’horizon quand les contours d’un village se dessinèrent enfin au-delà d’une dune particulière haute balayée par un vent enthousiaste. L’endroit semblait minuscule, fait de terre, de paille, et de quelques édifices en pierre. On y voyait pas de verdure, excepté à l’est de la cité où la mer brillante s’infiltrait dans le désert en un long bras arqué. Là, de part et d’autre du membre aquatique, de l’herbe, des plantes, des arbres, des cultures. De l’autre côté, à l’ouest de Phanandrie, battie si proche de l’océan que les vagues venait caresser ses murs orientaux, le fameux temple du Dieu du désert.

Il ressemblait beaucoup aux antiques constructions egyptiennes, si ce n’était que les statues alignées à l’entrée n’étaient pas des sphinx. Il s’agissait de chimères déformées, bosselées, peut-être aussi usées par les années. L’une des deux obélisques s’était effondrée et l’autre était considérablement érodée. Plus d’oriflammes, plus de splendeurs, plus rien que des pierres abîmées par les millénaires et dépouillées de leurs trésors. Ceux qui étaient accessibles du moins…
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Ven 27 Nov - 13:22

Selene n'avait pas été piquée par le scorpion et croquait dans la pastèque avec bel appétit, Anastasia fut rassurée et répondit à propos de sa blessure:
ne t'inquiète pas, il n'y a aucune trace d'inflammation, je referai le pansement ce soir.
Mais en voyant le regard sceptique de son amie, passant de la gourde à l'eau de l'oasis, pas très nette, la jeune femme éclata de rire avant d'ajouter:
dans tous les oasis il y a un puits pour l'approvisionnement en eau potable, tranquillise-toi, je n'ai rien puisé dans cet étang !
Elle n'osa pas dire que malgré tout, elles n'étaient pas à l'abri d'une tourista.

Il était temps de repartir.
Le corps ankylosé, elle se hissa tant bien que mal sur la selle et les bêtes reprirent leur cadence lente.
La chaleur était toujours aussi éprouvante et le tissu noir de son turban de fortune n'arrangeait rien mais au moins ne mangeait-elle plus de sable.
Elle se mit à penser au Marchand de Sable, se posant encore et toujours la sempiternelle question: pourquoi les haïssait-il ?
Cela continuait d'être inconcevable pour le cerveau malade d'Anastasia, il lui fallait véritablement d'autres explications.
Elle imagina que peut-être, celui qui les haïssait n'était pas le Marchand de Sable mais quelqu'un d'autre. Après tout, s'il était prit pour un dieu, il avait donc le démon pour son contraire, non ? Ou bien un antéchrist ? Ou encore un frère ennemi ?
Peut-être étaient-ils deux ? Le vrai et le faux, le bon jumeau et le mauvais jumeau, qui savait...

Elle jeta un oeil vers Selene mais elle semblait perdue dans ses pensées et n'osa pas en interrompre le cours. D'ailleurs aurait-elle eut le courage d'articuler une syllabe ? Ce n'était même pas sûr; du coup elle repartit dans ses fantasmes.
Cette histoire des deux jumeaux lui fit penser aux gens souffrant de dédoublement de la personnalité; or à Dreamland, tous les voyageurs avaient un grain, un handicap ou une tocade, Selene l'avait bien dit.
Et si...
Et si le Marchand de Sable n'était pas un dieu mais un voyageur ? Le premier voyageur à avoir mit les pieds à Dreamland ?
Ou mieux ! Le Marchand de Sable vient de San-Francisco, comme eux.
Comme eux, il rêve ou est hypnotisé et arrive à Dreamland.
Or, un jour, par un hasard fabuleux, tous les autres voyageurs arrivent dans le rêve du Marchand de Sable qui rêve de Dreamland...
Mais oui, l'hypothèse se tenait ! Cela pouvait expliquer sa haine: des étrangers viennent parasiter son rêve et envahissent son Dreamland; par conséquent, il ne contrôle plus la totalité de son monde onirique, ce qui le rend furieux.
Cela pourrait aussi expliquer pourquoi presque tous les voyageurs s'imaginent qu'il est un dieu ou une entité... Pris sous cet angle, il l'est en quelque sorte et Dreamland est bien son monde ! Mais la personne réelle qui dort quelque part à San-Francisco, qui est-elle ?
Et son « double » en chair et en os à Dreamland, où est-il ? Ici ?

« Et si dans son rêve le Marchand de Sable décidait de m'aimer et d'aimer Selene, puisqu'elle est mon amie...? »

Une voix masculine et autoritaire la fit sortir de sa rêverie:
Où allez-vous, pour combien de temps, où logerez-vous ? Nom, prénom, lieu habituel de résidence...
Elle sursauta et regarda autour d'elle: elles étaient arrivées et les tramadaires se tenaient à l'entré du check point de Phanandrie, petit village de maisons trapues faites de paille et teintées de chaux blanche.
Plus loin s'étalaient quelques maisons de pierre puis un bras de mer entouré de verdure et le Temple.
Comme une habituée de ce genre de voyage Anastasia répondit en récitant:
Selene Earnshow et Elisabeth Smith. Nous venons de Gloutoniskaïa, nous allons visiter Phanandrie pendant trois jours et camper; nous avons une tente.
Le milicien sortit son calepin, sa craie, nota et articula un « passez », exactement comme ceux de Kephren.

En descendant de la monture, Anastasia eut le tournis pendant quelques instants, malaise probablement dû à la chaleur et à son corps meurtris.
Elle s'adossa à un mur de tourbe et bu une grande rasade avant d'envoyer un grand sourire à Selene tout en murmurant, pleine excitation: on est arrivées !
Pieds à terre, de là où elles étaient, le temple n'était pas visible; qu'importe, elle avait vu dans quel direction il se trouvait.
Joyeuse elle lança: j'ai très envie de visiter la ville, de chercher un restaurant, d'aller voir la mer et de visiter ce temple !!!
On commence par quoi ?
Demanda t-elle à son amie, les yeux pétillants de curiosité enfantine.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Ven 27 Nov - 21:39

- Pas visiter je t’en prie ! Supplia Selene avec une grimace d’enfant.

Ses cuisses étaient en feu, elle ne supporterait pas de piétiner pour le simple plaisir de voir la misère. A la lumière orangée du coucher de soleil, le village semblait pauvre et encore plus archaïque que Kephren si possible. Les habitations étaient vétustes, en tourbe, protégées par de simples toits de paille. Il y régnait une odeur qui mêlait le sable chaud, la fange, la boue, et la nourriture mal conservée. Correctement habillée, chargée d’objets utiles et de vivres, la galloise se sentait « trop riche », indécente même. C’était comme venir se pavaner dans une cité autochtone en colon intéressé ; sauf qu’elle ne voulait ni or, ni café, ni épices. Elle traquait des mystères et des réponses. Heureusement, avec l’évanescence de l’astre soleil, la chaleur avait chuté. Bientôt, la nuit froide embrasserait les lieux, bercée par le bruit de la mer.

- On a qu’à trouver où manger, proposa l’adolescente, ensuite on ira au temple en longeant la plage. Ça te va ? J’aimerais bien aller au temple de nuit… on ne risque pas de tomber sur des touristes, des photographes, ou… je ne sais qui les ruines pourraient intéresser.

Dans tous les cas, si elle découvrait une entrée secrète dans les entrailles du vieux bâtiment, il ferait sombre de toute façon. Néanmoins, quoi chercher exactement ? Selene était persuadée qu’au fil des millénaires, des dizaines – voire des centaines – d’archéologues et autres pilleurs de tombes s’étaient succédés pour percer les secrets de l’ancien lieu sacré. D’ailleurs, n’était-ce pas ce qu’elle devenait ? Une parodie dreamlandienne de Tomb Raider ? La galloise n’était pas une fana de jeux vidéos, ni des films qui avaient été inspirés de la série, mais la renommée de l’héroïne était sortie des cercles d’initiés.

La toquée songeait aussi qu’après une telle traversée du désert, elle aurait adoré une douche, froide, mais il allait vite falloir qu’elle revoit à la baisse ses exigences en termes de confort. Après tout, n’était-elle pas habituée à la crasse et aux mauvaises odeurs quand elle était exploitée à bord du Slavedog Millionnaire ? Au coin de l’une des cases en terre, une petite fille nue épiait timidement l’adolescente. Elle était mince, presque maigre, et étudiait la rouquine comme si c’était la première fois qu’elle voyait une étrangère. Avec des gestes lents, pour ne pas l’effrayer, Selene écarta le tissu qui masquait ses traits pour lui montrer un sourire.

Ici, il n’y avait qu’une grande rue principale qui traversait le village, principalement bordée des commerces. Pour rejoindre les habitations, il fallait sillonner des ruelles et passages étroits, sans indications, sans panneaux, un vrai dédale pour ceux qui n’étaient pas du coin. Malgré la pauvreté apparente des lieux, les minuscules boutiques plongées dans la pénombre du crépuscule proposaient des articles parfois forts intéressants, de belles œuvres décorées et des vêtements faits à la main. La galloise avait enlevé son turban et marchait le long de la rue de Phanandrie, des mèches de cheveux roux encore humide collant à ses joues légèrement tachetées. De temps à autre, elle buvait dans sa gourde. Elle aurait pu troquer l’eau de l’oasis contre celle de l’unique puits du village, mais elle aurait trouvé insultant de vider ses réserves par terre quand d’autres devraient ne pas en voir une goutte pendant des jours.

Les deux amies n’avaient pas marché vingt minutes qu’un fumet alléchant se fit sentir. Il provenait d’une petite maison en pierre, toute ronde, sans fenêtre mais visiblement éclairée par des chandelles artisanales. A l’intérieur, uniquement trois tables et quelques chaises. Juste derrière le comptoir, une femme s’affairait à divers gros plats, tous posés sur des foyers de braises ou de flammes ronflantes. Ce n’était certainement pas le grand luxe, mais elles trouveraient difficilement mieux, et il n’y aurait pas plus local.  

- On s’installe ici ? Je ne sais pas s’il y aura spécifiquement du couscous mais ça sent plutôt bon. Avant qu’on file vers le temple, il faudra que je me remette un peu de biafine, ajouta Selene en grimaçant.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 1 Déc - 14:08

Anastasia ne put s'empêcher de rougir à propos de la réflexion lancée par Selene.
Oui, pardon... balbutia t-elle, je me suis mal exprimée. Je ne parlais pas de visiter ce village comme une touriste bourgeoise, évidemment !
La jeune femme voulait s'imprégner des lieux, de l'atmosphère particulière qui y régnait, tenter de connaître les gens avec qui elles auraient peut-être l'occasion de parler.

Le soleil étant plus bas dans le ciel, la température était clémente. Les autochtones en profitaient pour sortir. Des gamins en haillons couraient dans les ruelles, des femmes papotaient entre elles, vaquaient à quelques tâches ou épiaient les allers et venues, campées à l'entrée de leur habitation.
Plusieurs groupes d'hommes jouaient silencieusement à un jeu local, ressemblant vaguement à un jeu de dame, les pions étant des cailloux, le plateau dessiné à même la terre. Certains plus âgés restaient assis devant chez eux, sur un banc de fortune pour les plus riches mais ce qui l'étonnait le plus, c'était les visages fermés, le regard absent, certainement dû aux trop grandes privations, où brillait malgré tout une étincelle de fierté.
Personne ici ne semblait s'abaisser à mendier, le plus démuni, le plus cassé par les travaux ingrats gardait malgré tout un on ne savait quoi de solennel dans la silhouette; la tête était haute, le regard direct.
D'ailleurs, à part les enfants quasiment personne ne semblait s'intéresser à leur présence, comme si elles étaient invisibles. Quant aux rares individus qui les toisaient, le coup d'oeil était froid, sévère, presque menaçant au point qu'Anastasia se sentit mal à l'aise malgré le fait qu'il ne semblait y avoir aucune méchanceté dans cette approche intimidante.
Peut-être n'avaient-il pas l'habitude de croiser des voyageurs ?
Peut-être avait-ils eu de mauvaises expériences avec les étrangers, dans le passé... Des archéologues peu scrupuleux ? Une horde de pilleurs venu soutirer des entrailles du temple le peu de trésor qu'ils possédaient ?

Les pensées de la jeune femme furent interrompues par un fumet délicieux emplissant ses narines.
Imitant Selene, elle se pencha légèrement afin d'observer l'intérieur de ce qui devait être un « restaurant ».
A peine eut-elle le temps d'apercevoir l'agencement que la femme leur fit signe d'entrer.
Oui, arrêtons-nous ici, répondit la jeune femme à son amie, nous verrons bien.
Elle avança et s'assit timidement devant une table de bois brut poli par les ans dont les pieds épais semblaient être le garde-manger préféré d'insectes xylophages.
Au fond de cette toute petite pièce, un vieillard aveugle sirotait un breuvage chaud, les yeux sans vie se posant au dessus de leur tête.

Ce soir c'est foul moudamas et babaghanouss avec un petit morceau de tramadaire grillé. Annonça la cuisinière.
Servez-vous du thé en attendant, ajouta t-elle en montrant la théière d'un mouvement de tête; la vaisselle est à côté.
Anastasia se déplaça, prit deux gobelet en terre cuite, les remplit de liquide qui ressemblait plus à de l'eau chaude qu'à du thé, à la différence qu'elle sentait bon la menthe fraîche, attrapa deux écuelles en bois et revint s'assoir face à Selene.
Il n'y a pas de couverts, chuchota t-elle et euh... tu sais ce que c'est le foul machin et le baba truc ?
Comme si elle avait entendu, la femme répondit brièvement: fèves bouillies et aubergines écrasées avec un peu d'huile.
Et le tramadaire, délicieux ! Mais très dur; ça fortifie les mâchoires
, ajouta t-elle avec un haussement d'épaules.

Tandis que les deux amies sirotait leur boisson un peu fade mais désaltérante, l'hôtesse levait les yeux par intermittence afin de les détailler.
Au bout d'un moment elle déclara: c'est prêt. Mais ici, avant de manger il faut se laver au moins les mains et les pieds !
Dehors, à l'arrière vous verrez la bassine et pour les besoins c'est la cabane à côté.
Anastasia qui n'arrivait pas encore à être détendue fut soulagée de cet intermède.
Elle se leva vivement, invitant du regard l'adolescente à faire de même et contourna la bâtisse.

Sous un auvent de paille échevelé trônait une vieille cuvette large en terre cuite emplie d'eau propre. Non loin, une amphore était à moitié pleine d'eau de rechange, une autre d'eau usée. Quant à la cabane pour les W.C: quatre piquets, un vieux tissus tendu. En son centre, un siège en bois masquait un trou.
A côté, une louche et du sable afin de recouvrir les besoins et un récipient d'eau pour la toilette intime.
Tout était vétuste, usé, cassé, poussiéreux à cause des trop nombreuses tempêtes mais propre; pas même une mauvaise odeur.
La jeune femme se dépêcha de faire ses ablutions et d'aller aux toilettes car le soleil commençait à se coucher, embrasant le ciel de couleurs allant du jaune au rouge dans un dégradé de toute beauté. Sous cette latitude, le spectacle serait de courte durée, la nuit tomberait très rapidement.
Silencieusement, tout en admirant le paysage céleste, elle attendit que l'adolescente ait terminé avant de regagner leur chaise.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 3 Déc - 8:06

Les lieux ne vendaient pas du rêve. Le mobilier était à moitié bouffé par les insectes, le vieillard aveugle avait quelque chose de dérangeant et la femme qui faisait le service n’était pas un modèle d’enthousiasme. Elle avait à peine pris son bon pour un repas de Noël qu’elle annonçait le menu. Les yeux ronds, la rouquine dévisagea sa meilleure amie : elle n’avait rien compris, à part qu’elle n’aurait pas un repas spécial. Ceci dit, ils ne devaient pas avoir les moyens de se faire un menu de fête dans la région. Oh et puis ça lui faisait un peu de peine de manger du tramadaire alors qu’elle avait voyagé dessus. La galloise était de ces personnes qui ne voulaient pas manger de cheval parce que « c’était trop mignon » et qu’on pouvait se promener sur son dos. Elle s’assit à l’une des tables archaïques, essayant de se faire toute petite, et haussa les épaules en signe d’incompréhension quand Anastasia l’interrogea en lui présentant sa tasse de « thé ».

- J’en ai aucu-

La cuisinière l’avait interrompue. A croire qu’elle épiait le moindre mot de ces inconnues. Selene se sentait comme une petite fille dans un pensionnat. Elle sirotait sa boisson à petites gorgées continues, sans oser s’interrompre, de peur de laisser se voir qu’elle n’appréciait pas beaucoup cet apéritif un peu trop fade. Quand la tenancière leur intima d’aller laver leurs mains, l’adolescente s’éclipsa presque avec soulagement. Il faisait presque entièrement nuit désormais, le ciel rougeoyait et l’installation sanitaire était éclairée par des torches maigrelettes. Un concert de criquets enveloppait l’ambiance nocturne, comme une mélodie de fond, une berceuse pour tout Phanandrie.

La toquée fit l’expérience des toilettes sèches, se lava les mains, les pieds, et suivit son aînée pour reprendre place dans le restaurant. Les écuelles étaient pleine d’un plat qui semblait, avouons-le, plutôt appétissant, et on leur avait même glissé de grosses cuillères en bois usées et difformes. Certes ça n’était pas d’une grande aide quand il s’agissait de découper des morceaux de son tramadaire grillé, mais la jeune fille n’osa pas se plaindre. Suspicieuse, elle prit une première bouchée de légume, mâcha lentement et…

- C’est bon ! Commenta-t-elle à mi-voix.

Elle aurait juré voir changer l’expression de la cuisinière à ce moment mais ne parvient pas à l’interpréter. La bouche pleine, elle choisit donc de continuer à manger en silence, oppressée par le restaurant minuscule. Il n’y avait pas beaucoup de clients ou plutôt : il y en avait juste assez pour le peu de places assises disponibles. Tous connaissaient le rituel, ils allaient faire leurs ablutions, revenaient, et mangeaient sans couverts. Un moment, un homme qui devait être un agriculteur - et ressemblait au Père-Noël - déplorait les changements climatiques brusques qui avaient eu lieu quelques temps auparavant. Les récoltes étaient moins rentables, les températures moins clémentes et depuis qu’un marais s’était formé dans le désert à quelques dizaines de kilomètres d’ici, des créatures inédites s’égaraient jusque dans leurs cultures.

En quittant l’établissement, après avoir remercié et félicité la chef, Selene se sentait encore mal à l’aise. Elle savait que la météorologie dreamlandienne s’était détraquée depuis l’exil. C’était la faute des voyageurs. Sa faute. Même si beaucoup avaient retrouvé leurs ombres, il restait apparemment des régions touchées pour ces changements…

La nuit étirait son manteau sombre sur le village. La chaleur était partie, il ne restait qu’un froid désertique et des bourrasques qui soulevaient des nuages de sable poussiéreux. Avec des gestes silencieux, la galloise se fit un simulacre de chignon pour repasser son turban autour de sa tête. Ensuite, elle sortit de son sac sa trousse de soin pour en tirer son tube de biafine.      

- Je me tartine et on y va !

Elle murmura car il n’y avait presque personne dans la rue principale, à croire que Phanandrie s’était endormie. L’adolescente se glissa souplement dans un recoin entre deux cases commerciales affichant des pancartes « fermées ». Deux menuiseries locales qui travaillaient une espèce rare de sapin, à en croire l'écriteau qui les présentait. La rouquine dut presque entièrement enlever sa combinaison pour pouvoir panser ses coups de soleil. Sa peau était cuite, tendue, mais le traitement la soulageait. Une fois rhabillée, elle enfila le manteau d’hiver trouvé dans la hotte abandonnée à Gloutoniskaïa. Il était moins encombrant que le sien et surtout : ses poches lui permettaient de garder à portée de main son coupe-papier magique et son pistolet cheddar. Pour parfaire l’équipement, Selene remplaça ses rangers par ses bottes de sept lieux et cala ses lunevolutives sur son front, prête à l’emploi.

Elle était nerveuse en revenant vers Anastasia. Ça y est, ça commençait. Bientôt, plus possible de faire marche arrière. La toquée espérait qu’elle ne regrette pas d’avoir choisi cette aventure dangereuse quand elles auraient simplement pu continuer leur tour du monde. Ses convictions étaient toujours aussi fortes, mais l’appréhension devenait une bête extrêmement dissuasive.

Heureusement que la dépendante affective ne voyait pas le visage pâle de sa protégée sous son turban. Elles avaient passé les frontières de Phanandrie et marchaient en longeant la mer. Les vagues glissaient avec délicatesse sur le sable, à deux ou trois mètres de leurs pieds. La demi-lune se reflétait sur les eaux noires et lisses qui exhalaient une odeur de sel. Au loin, la forme massive du temple était une silhouette de ténèbres, à peine blanchie par la lueur laiteuse de la nuit.

- Oh j’oubliais ! fit soudainement Selene.

Elle s’arrêta et fouilla de longues secondes dans son sac avant de trouver ce qu’elle cherchait. La mystérieuse petite flasque d’une potion indéfinissable. Suivant les consignes, la rouquine cracha dedans le plus proprement possible, non sans grimacer, et tendit la mixture à son aînée :

- La pick-potion. Tu te rappelles ? Bois-là pour obtenir l’un de mes pouvoirs. Concentre-toi sur celui-ci où je me transforme en épouvantail… ok ? Je t’expliquerai après comment il fonctionne, après un instant d’hésitation, elle ajouta en faisant un signe de tête vers la flasque, désolée… c’est pas vraiment un cadeau.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 3 Déc - 14:26

Anastasia ne fut pas rassurée de constater que son amie était dans le même état de tension qu'elle dans cette petite pièce où quelques hommes étaient entrés pour dîner sans même leur dire bonjour.
Oui, cela à l'air délicieux ! Articula t-elle malgré tout en réponse.
Elle goûta une cuillérée de fèves et une autre d'aubergine et poussa un hum...! de plaisir.
N'étant pas trop portée sur la viande, surtout celle-là, elle repoussa le morceau de tramadaire au coin de son assiette mais en levant les yeux, elle croisa ceux, lourds de reproches de la cuisinière.
Rougissante, elle prit la grillade entre ses doigts, machouilla puis se décida à avaler tout rond cette carne.
A peine eut-elle vidée son écuelle qu'avec un air de connivence, elles se levèrent ensemble, saluèrent et s'éclipsèrent.
Ouf... Soupira Anastasia, j'ai bien cru qu'une enclume allait me tomber sur les épaules avec cette ambiance !

La jeune femme suivit Selene et entreprit de soigner sa blessure et refaire le bandage. La nuit était tombée, la température aussi.
Elle tenta d'extirper de la hotte le manteau épais qu'elle s'était procuré à Techyo mais une paire de bottes fourrées rouges et blanches tombèrent sur le sable.
Oh ! S'écria t-elle surprise, un CADEAU de Dreamland, c'est déjà Noël ?
Elle décida de les enfiler; elles protégeraient du froid et des serpents et mit son manteau.
En se tournant, elle considéra les objets en bois dans la vitrine poussiéreuse.
Quand ses yeux tombèrent sur la pancarte, elle ne put s'empêcher de dire: du SAPIN par ici ? Cela m'étonnerait bien ! Ils veulent nous faire croire au PERE NOËL, je ne vois que des palmiers!

Elle était prête.
Elle prit la main de l'adolescente et ressentit aussitôt sa nervosité. D'ailleurs, elle avait mis des armes dans son beau manteau et ses bottes de sept lieues, devait-elle en faire autant ?
Non; elle n'avait pas envie de participer à la psychose du Marchand de sable, il n'était peut-être pas méchant
En chemin elle admira l'océan, regrettant de ne pouvoir s'y baigner et fut subjuguée par les dimensions phénoménales du temple.
Son coeur se mit à battre à tout rompre tant elle était impatiente de s'en approcher et accéléra l'allure.
Anastasia adorait les ruines, les vieilles bâtisses, les monuments à demi-écroulés; elle fantasmait sur les hypothétiques trouvailles archéologiques, les couloirs secrets, les cartes mystérieuses, les textes indéchiffrables, gravés sur les parois ou notés sur parchemin. Qu'allaient t-elles trouver ici ? Quel détail passé inaperçu aux yeux des historiens allaient-elles découvrir ?
La jeune femme aurait voulu courir mais Selene en avait décidé autrement.
Surprise elle s'arrêta aussi et fut très étonnée de la proposition.
Déjà ? S'exclama t-elle mais... Nous ne risquons rien pour l'instant; pourquoi veux-tu échanger maintenant nos pouvoirs ?

Après tout, pourquoi pas, l'idée était amusante; elle se verrait bien transformée en épouvantail à la moindre agression, c'était une bonne protection ! Mais que choisirait son amie parmi les siens ?
Après un temps de réflexion elle éclata de rire et ajouta: ah oui, je vois ! Tu as hâte d'adopter Pink-Daddy !
A grand peine, elle reprit son sérieux afin d'écouter les motivations de la jeune fille.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 6 Déc - 11:26

Aux remarques de sa meilleure amie, Selene éclata d’un rire cristallin. Ce n’était pas moqueur ; simplement, il émanait une telle candeur de ses paroles que c’était irrésistible. Et à ce sujet, elle avait affaire à une professionnelle : la rouquine était une adepte de la naïveté. Ou l’avait été en tout cas.

- On n’échange pas nos pouvoirs, rétorqua l’adolescente avec douceur, il n’y a que toi qui pourras utiliser un des miens. C’est mieux de le faire maintenant. L’effet est censé être très long alors… autant ne pas attendre d’être en danger, ce sera trop tard.

Son sourire se crispa légèrement. Que risquaient-elles exactement ? Il se pouvait bien qu’elles tombent sur trop fort. Le monde des rêves se nourrissait de l’imaginaire de toutes les personnes du monde réel, alors il était forcément imprévisible, même si elle croyait avoir tout vu. Sa détermination restait inébranlable pourtant. Même si elle échouait. Combien de fois était-elle tombée ici avant de devenir une protectrice en herbe ? Ce qui ne nous tue pas…

- Il faut se dire que je ne sais peut-être pas tout sur mes pouvoirs, expliqua la toquée quand son amie eut pris la potion, ce que je peux te dire c’est que dès que je panique ou que j’angoisse trop, je me transforme. C’est un peu bizarre au début mais… on s’y fait. Et puis, tu ne sens vraiment bien, on ne peut pas te blesser. Hum…, réfléchit-elle un instant, je crois aussi que je fais peur aux enfants et aux oiseaux…

C’était le principal à savoir. Selene se sentait soulagée que son aînée partage sa faculté d’invulnérabilité. Il y avait longtemps qu’elle avait cessé de compter le nombre de fois où elle lui avait sauvé la vie. Si ça pouvait également être le cas pour Anastasia, ce serait d’autant plus merveilleux. La marche vers le temple reprit. Les vagues se rapprochaient avec lenteur avec la montée de la marée, glissant chaque fois un peu plus près des deux voyageuses. Un léger son de clochette attira son attention. Il provenait de partout et de nulle part à la fois. Quand l’adolescente vit apparaître de nulle part un grand calendrier de l’avent qui flottait dans les airs pour libérer pas moins de cinq cadeaux, elle eut un léger sourire.

- L’esprit de Noël… ils aiment bien se suivre de peu avec celui d’Halloween.

Elle rangea précieusement ses présents dans son sac et en tira sa lampe torche. Voilà qu’elles étaient parvenues au début de la rangée de statues. Celles-ci représentaient des créatures informes, ailées, griffues, terrifiantes. L’obélisque qui tenait encore debout projetait son ombre érodée sur l’allée, découpée par la blancheur de la demi-lune. La galloise déglutit avec appréhension et commença à avancer. Son rayon lumineux épousait minutieusement chaque recoin, mais il n’y avait que du sable et des vielles pierres. Elle dut enjamber certains débris pour atteindre la grande porte, entrouverte. Il y avait un écriteau touristique usé, visiblement très peu entretenu, mais encore lisible :

« Le temple de Saath – Temple du dieu du désert.
Il y a plus de 4000 ans, le peuple de Phanandrie adorait une divinité qu’ils considéraient comme le roi de la mer de sable. Seules les prêtresses, des femmes influentes d’une beauté surnaturelle, pouvaient entrer en contact avec lui. Personne d’autre ne la jamais vu, mais les villageois lui vouaient un culte passionné et total. Saath devait leur garantir la clémence du désert, favoriser leurs cultures, assurer leur protection et apparaître aux nomades pieux perdus pour les mettre sur le chemin d’une oasis. Le culte se serait perdu quand des fanatiques d’un gardien de l’orgueil se seraient introduits dans le temple pour assassiner les prêtresses et saccager la salle des rituels. On raconte pourtant que dans les sous-sols du temple se cacheraient encore des reliques millénaires, pour la plupart ayant appartenu aux prêtresses elles-mêmes, mais que ceux qui voudront les trouvez devront affronter les défenses de ce sanctuaire magique. »


- Ce n’est pas très rassurant, souffla Selene après avoir fini sa lecture.

La lumière de sa lampe torche grimpa jusqu’en haut de la porte. Dans tous les cas, le danger ne pouvait pas leur sauter à la gorge : il s’agissait d’un lieu de visite, non ? Alors ils ne trouvaient des obstacles que lorsqu’elles sortiraient des sentiers battues. Est-ce ce Saath et le Marchand de Sable étaient la même personne ? N’était-ce pas qu’un culte isolé ? Impossible de savoir tant qu’elles n’avaient pas trouvé les fameuses reliques… elle inspira profondément l’air emplit de poussière et osa vers un pas. Il ne tenait qu’à elles désormais de revoir la lueur du matin.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Dim 6 Déc - 22:57

En entendant l'éclat de rire de son amie, Anastasia ne put s'empêcher de rougir de sa bévue avant de pouffer elle aussi.
D'accord ! Dit-elle, je choisis le pouvoir de me transformer en épouvantail, merci !
Elle but la potion, écouta avec intérêt les détails que lui révélait Selene mais fit la moue à l'idée d'effrayer les oiseaux et les enfants, les pauvres...

C'est vrai que je ne sais pas ce qui va nous arriver à présent, dit-elle en regardant les vagues prêtes à lécher le mur corrodé du temple mais quoi qu'il se passera, sache que je ne regretterai pas notre décision.
Elle reprit la main de la jeune fille, la serrant bien fort afin de lui faire comprendre qu'elle serait toujours là pour elle jusqu'au moment où le son de clochettes se fit entendre tandis que deux paquets cadeaux tombaient.
La jeune femme toute émue ramassa le sien, prit la lampe torche au faisceau étoilé et continua sa route dans le sable.

Arrivée devant la face principale du monument, elle fut subjuguée par les immenses sculptures; on aurait dit des gargouilles géantes dont le corps et le visage auraient été rongé par la lèpre. Cet aspect peu engageant la fit frissonner mais la curiosité l'emportant, elle continua d'avancer.
Hormis l'obélisque sur lequel on devinait à peine des signes et des dessins incompréhensibles jadis gravés, le reste était en un tel état de délabrement qu'elle se demanda quel genre de touriste pouvait bien être intéressé par cette visite.
Le sol était jonché de pierres et de débris quelle aurait aimé regarder en détail quand son attention fut interpelée par une immense porte encore debout.
Elle se pencha en même temps que Selene afin de lire les informations à moitié effacées.
C'est étrange, répondit-elle à son amie, cela donne l'impression d'une invitation à entrer tout en spécifiant « mais si vous entrez, ce sera à vos risques et périls »! je n'ai pas trop confiance...

Anastasia resta un moment songeuse devant la pancarte. Y avait-il un rapport entre ce dieu et le Marchande de Sable ? Serait-il mort, lui aussi ? Ou en danger ?
Le coeur battant à tout rompre, elle mourrait d'envie d'aller voir d'un peu plus près, sans prendre de risques, aussi ne se fit-elle pas prier quand l'adolescente fit un pas sur le seuil.

Elle s'approcha et vit une grande salle à peu près bien conservée, dont les vastes ouvertures semblaient être conçues pour offrir une grande luminosité.
Timidement elle entra, prenant soin de ne faire aucun bruit pour au cas où.
Le vent sifflait et soulevait par intermittence le sable fin qui s'était déposé au sol; la jeune femme resserra les mains sur son manteau de froid et d'appréhension.
Les dimensions étaient époustouflantes. Le plafond, nu, devait bien être de douze mètres de hauteur et les murs avaient une épaisseur colossale.
Anastasia remarqua rapidement que trois des parois étaient lisses et vierges de toute inscription tandis que la quatrième laissait deviner les traces d'un texte agrémenté de dessins presque entièrement effacés d'où il ne subsistait plus que de vague trace de couleurs délavées.
Elle s'approcha tentant d'y lire quelque chose, en vain.
C'est alors qu'elle aperçut une fissure trop nette pour avoir été faite par les ans. Ce n'était pas une dégradation.
Elle scruta la ligne qui, à une hauteur d'environ cinq mètre offrait un angle droit.
On dirait une autre porte... murmura t-elle à l'adresse de Selene mais fermée ou... scellée ?
Un peu angoissée, elle recula.
Que fait-on ? Demanda t-elle perplexe, soudain consciente que s'il n'y avait pas eu ce panneau à l'entrée, elle aurait tout fait pour trouver un moyen d'ouvrir ce sas de pierre.
Crois-tu qu'on puisse entrer ici ?
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Jeu 10 Déc - 18:50

- C’est pour donner du frisson aux touristes je suppose, commenta Selene suite aux remarques de son amie.

Elle entra à son tour dans la cour immense. Les dimensions étaient époustouflantes. La lueur laiteuse de la lune s’introduisait avec légèreté, accompagnée d’un vent froid qui soulevait des volutes de sable. Le faisceau de sa torche balayant les alentours, mais il n’y avait que de vieilles colonnes, des murs vastes aux inscriptions à demi effacées et quelques gros insectes nocturnes qui rampaient, affolés par la lumière. L’endroit était chargé d’histoire. La rouquine imaginerait presque les villageois, des milliers d’années auparavant, qui entraient par là pour célébrer leur culte. Elle se sentait presque mal à l’aise : simple profane, rendue en ce lieu sacré pour en déchiffrer les secrets.

Tandis qu’elle observait les symboles anciens étalés sur les hauts murs, Anastasia attira son attention sur quelque chose. Une porte ? Peut-être bien ! Selene avisa la fente et y fit glisser le rayon dorée de sa lampe torche. Rien autour ne laissait penser à un levier, une dalle dissimulée, ou un code à résoudre. Il n’y avait que la pierre, âgée et obstinée, dressée sur leur passage. L’adolescente eut alors une idée. Elle fit tomber sur son nez les lunevolutives posées sur son front et activa le mode hypravision. C’était la première fois qu’elle utilisait vraiment cette trouvaille et elle en sursauta de surprise. Aussi dense qu’était le mur, elle voyait désormais parfaitement à travers. Ainsi, Selene put clairement voir que de l’autre côté de la paroi se tenait un large levier ancré dans le sol. Il n’y avait pas grand-chose d’autre : seulement deux ou trois mètres d’un sol de roche dur, plongé dans les ténèbres, puis plus rien. Le chemin devait certainement se poursuivre sur une pente ou un escalier pour s’enfoncer sous terre.

- Je pense que c’est une sortie, affirma la galloise en remontant ses lunettes sur son front après les avoir désactivées, on ne peut l’ouvrir que de l’autre côté. Mais… s’il y a une sortie, alors il y a bien une entrée quelque part !

Et cette évidence était effrayante tellement elle était excitante. Cela signifiait que les deux voyageuses n’étaient pas venues pour rien ou qu’en tout cas : ce temple était plus qu’une ruine du patrimoine locale. C’était peut-être une clef. Peut-être pas. Elles ne le sauraient qu’en continuant.

Il fallut de très longues minutes à la toquée pour découvrir l’ouverture vers une autre salle, cachée par l’ombre d’une colonne. Il y avait d’abord un corridor, si étroit que deux personnes pouvaient tout juste se croiser. Les murs étaient couverts d’illustrations archaïques, représentant de grandes femmes enveloppées de blanc, des villageois en communion, et ce qui ressemblait à différente rituels. Ensuite, les deux amies débouchèrent dans une petite pièce où ne pouvaient certainement tenir qu’une dizaine d’êtres humains. De part et d’autre, deux grandes statues d’un homme charismatique au visage masqué d’un épais turban. Il ne s’agissait que de représentations et pourtant, Selene croirait ressentir la puissance qui émanait de sous ses amples habits de toile. Devant chacune des statues : deux bassins de roche qui évoquaient les bénitiers des églises catholiques. Ils n’étaient pas remplis d’eau mais d’un sable fin, ivoirin et sec. En face de l’endroit d’où entraient les voyageuses : un autre couloir, plus étroit encore. Il était barré par une grosse corde de chanvre, signe que le lieu ne devait pas être accessible au public. Au-dessus du passage, une suite de symboles qui devaient former une phrase. Juste à côté, la lumière de la galloise éclaira un écriteau ajusté à la va-vite :

« Entrée du sanctuaire – interdit aux visiteurs. Il est écrit : les pieux passeront la porte et pourront rencontrer le Dieu. Les profanes perdront la face devant notre foi et brûleront du feu de leurs péchés. »

L’adolescente s’était figée. Cette inscription semblait être plus qu’une phrase spirituelle à prendre au second degré : elle avait aussi l’impression d’être directement concernée. Comme une énigme, un premier piège pour écarter les pilleurs. Ses yeux ternes se tournèrent vers son aînée, laissant très clairement apparaître son appréhension, et elle remit en place ses lunevolutives en mode hypravision :

- Ça ne me dit rien qui vaille… on dirait une vraie menace.

Au travers les parois de pierre, elle découvrit un grand sanctuaire. Rond, soutenu par des colonnes pratiquement collés aux murs épais. Par une découpe astucieuse, la lumière de la lune irradiait la pièce alors que les ouvertures étaient à des dizaines de mètres du sol. Il y avait un autel, de vieux candélabres, une espèce de table sacrificielle et de vieux ustensiles, comme des coupes rouillés. A l’instar de gargouilles veillant sur ce lieu de foi, cinq statues anthropomorphiques – mais sans tête – qui tenaient des bâtons de torche éteints depuis longtemps. Quand elle aperçut d’étranges tâches qui évoquaient du sang séché ou des empreintes de corps carbonisés, Selene préféra mettre fin à cette vision surnaturelle. Son rythme cardiaque s’emballait quand elle annonça :

- Bon… qu’est-ce qu’on fait d’après toi ? J’ai la sale impression qu’on va être accueillies si on s’y prend mal, et pas pour nous souhaiter Joyeux Noël.
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Sam 12 Déc - 13:06

Tout en fouillant dans sa hotte afin de troquer sa lampe étoilée au faisceau trop pâle avec celle qu'elle avait reçue en héritage, beaucoup plus performante elle s'écria:
géniales tes lunettes ! J'ai comme l'impression qu'elles seront très utiles ici...

La jeune femme suivit son amie à la recherche de la porte d'entrée, scrutant les hauts murs et les colonnes.
Nez en l'air, elle ne vit pas la petite saillie en angle droit qui dépassait d'un monticule de sable sur lequel elle marchait, buta et tomba.
Zut ! Lança t-elle tout en époussetant son manteau. Elle regarda la trouvaille qui semblait être un morceau de métal extrêmement rouillé et corrodé.
J'ai trouvé quelque chose ! Souffla t-elle à Selene tandis qu'elle dégageait frénétiquement le sable avec ses mains.
Plus elle creusait, plus l'objet ressemblait à une plaque vaguement rectangulaire.
Vu l'état ce doit être du fer et cela m'a l'air d'être très ancien... murmura t-elle dans un délire d'archéologue en herbe.
Au fur et à mesure qu'elle découvrait le panneau, des morceaux bruns et rougeâtres usés à l'extrême, tombaient au sol.
Quand enfin le tout fut extirpé, elle contempla la face granuleuse de rouille, de sable et de terre mêlés. Perplexe, elle retourna l'objet et éclata de rire en brandissant la pancarte vers l'adolescente: entre les taches sombres et l'encre à demi effacée on pouvait encore apercevoir le logo rouge et blanc de Coca Cola !
Décidément cette boisson universelle tout juste bonne à récurer les W.C. aura sévit jusqu'ici, dit-elle en reposant la publicité dans un coin moins dangereux.

Quand enfin Selene découvrit la porte d'entrée, le coeur de la jeune femme se mit à battre plus fort en un mélange d'angoisse et d'excitation qui firent monter l'adrénaline.
Elle ne perdait pas une miette de tout ce qu'elle découvrait jusqu'au moment où elle tomba en arrêt devant les deux statues représentant un homme au visage masqué par un turban.
Etait-ce une représentation du Marchand de Sable ?
Emue, elle ne put s'empêcher d'effleurer du bout des doigts la pierre sculptée lisse et douce.
Une puissance émanait de l'oeuvre qu'Anastasia ressentit tout de suite.
Une sorte d'effluve euphorique l'irradia tandis qu'apparaissaient des fourmillements dans les mains et les pieds comme lorsqu'elle se plaçait à la croisée des ogives, face à l'autel des églises, dans le monde réel, pour y recevoir l'énergie de la Vouivre.
Elle ferma les yeux de bonheur; elle était heureuse d'au moins posséder un corps capable d'entrer en résonance avec les forces telluriques et cosmiques.
Quand elle rouvrit les yeux, elle regarda la statue avec admiration et respect.
Sans qu'elle ne sache véritablement pourquoi, elle ne pensa pas à toucher la deuxième; à la place elle se dirigea vers un des bénitier afin d'y frôler le sable.
Sa douceur était si sensuelle qu'elle ne put s'empêcher d'y glisser la main puis d'y enfouir les deux avec délice.
Elle aurait bien aimé faire la même chose dans le second mais l'adolescente commençait d'arpenter seule un étroit couloir; elle décida de la rejoindre rapidement jusqu'à la corde de chanvre.

A la lecture du panonceau elle frissonna et regarda autour d'elle.
Les symboles au dessus de l'entrée étaient indéchiffrables, elle n'avait jamais vu nul part ces sortes de motifs alignés qui semblaient composer une phrase. Peut-être que la mise en garde notée sur la pancarte en était la traduction ?
Que vois-tu avec les lunettes ? Demanda t-elle angoissée.
Quand l'adolescente lui eut décrit le sanctuaire elle ne put s'empêcher de dire à mi-voix: ça me fait peur... D'autant que s'il reste sur l'autel un candélabre et des objets, cela veut dire qu'aucun archéologue ou pilleur n'a réussi à pénétrer jusque là. Du coup, je ne vois pas comment nous...
Le malaise l'oppressait tant qu'elle ne put finir sa phrase.
A la question de son amie elle resta silencieuse quelques instants puis ajouta:
Peut-être... Disons, il est possible que nous ayons pris la visite dans le mauvais sens et que ce sanctuaire soit en fait le terminus ou l'apothéose en quelque sorte...
Que dirais-tu de chercher s'il n'y a pas d'autres choses à découvrir dans ce temple, d'autres entrées ou des indications qui pourraient nous éclairer sur cette foi ?


Sentant Selene comme prise d'une hésitation, elle resta elle-même indécise: enjamber la corde et passer outre l'avertissement était paradoxalement si tentant...
Au bout d'un moment, elle secoua la tête afin de chasser de son esprit cette idée déraisonnable, regarda son amie et ajouta: je pense que le message est clair; d'une manière ou d'une autre, il va falloir vivre une initiation; comment, où et laquelle, je n'en ai aucune idée; c'est à nous de la chercher peut-être...jusqu'à ce qu'un détail nous montre qu'il est temps ou quelque chose comme ça.
Après... Il faudra être pieuses... C'est le seul moyen d'entrer, non ?


A ce mot, la jeune femme se rembrunit: comment accéder à la piété alors qu'elle était athée ?
Décontenancée elle amorça un demi-tour en proposant:
veux-tu qu'on dorme un peu et qu'on poursuive la visite demain ou préfères-tu continuer ?
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Sam 12 Déc - 17:08

Après avoir décrit à son amie ce qu’elle avait vu, Selene s’était mise à faire les cent pas. Machinalement, elle allait et venait entre les deux grandes, son regard dans le vague, ses bottes foulant le sol de pierre avec obstination. Son turban l’oppressait, comme s’il privait son cerveau de tout l’oxygène dont il avait besoin pour réfléchir, alors elle l’enleva, libéra une cascade sauvage de cheveux roux. Lorsqu’Anastasia supposa que personne n’avait emprunté le passage auparavant, elle secoua la tête sans s’arrêter de marcher :

- Ça peut aussi vouloir dire que ça n’avait pas assez de valeur pour être emporté, tu ne crois pas ?

Son manège ne prit fin que quand il fut question d’avoir pris la visite dans le mauvais sens. C’était possible, mais l’adolescente n’y croyait pas. Le chemin qu’elle avait emprunté était très certainement le même que celui parcouru, des milliers d’années auparavant, par les croyants qui venaient aux cultes. La salle suivante ressemblait à un lieu de messe, alors elle ne devait pas être trop difficile d’accès. Même si elle a été ensorcelée, il fallait quelque chose que tous les villageois pieux feraient, sans aucun doute. Les méninges de la toquée virevoltaient, ses sens s’agitaient, à l’affut du moindre indice. Ses yeux se balançaient de la corde au message, puis aux statues, aux bénitiers, à l’entrée, aux statues, à la corde, aux bénitiers…

- Non, non, tranchait-elle avec douceur à la question de son aînée, on ne va pas rentrer maintenant, on a rien fait encore…

Elle se pinça les lèvres. Non seulement elle refusait de se déclarer vaincue à ce stade de l’exploration, mais en plus, elle était à deux doigts d’opter pour la manière forte. Après tout, même si elle se faisait attaquer, ses pouvoirs de transformation la protégeraient, non ? Selene chassa cette pensée téméraire en recommençant son bal des cent pas. Tout devait être là. Ce n’était qu’une porte exotérique, accessible au plus commun des mortels qui aurait la foi, alors…

- Les bénitiers ! s’exclama-t-elle.

L’euphorie l’emportait alors qu’elle n’était même pas certaine d’avoir raison. Elle s’approcha d’un des réceptacles et observa le sable si fin, si différent, si « pur ». Anastasia devait être plus sensibles à ces choses là parce qu’elle avait été attirée par les statues un peu plus tôt alors que la jeune fille se contentait de déchiffrer les inscriptions.

- « Les pieux passeront la porte », répéta-t-elle, je suis sûre que quand les gens voulaient entrer dans la pièce du culte, ils devaient se marquer, un peu comme les catholiques à l’entrée des églises. Enfin… ça me parait… possible, ajouta-t-elle avec moins d’assurance, je ne pense pas que ce soit plus sorcier… on est encore dans la partie ouverte au public. Reste à trouver comment être marquée pour être considérées comme « pieuses ».

Sa lampe torche recommença à épouser les recoins et autres zones d’ombre. La statue fut étudiée de fond en comble mais elle ne décelait aucun indice. La galloise ne voulait pas se tromper. Quand bien même elle avait raison, la marque pouvait être une croix sur le front, ou un cercle sur la bouche, ou n’importe quel autre signe sur n’importe quelle partie de son corps. Sans compter qu’il fallait peut-être jeter du sable par-dessus son épaule gauche – ou droite –, ou le mettre dans ses cheveux, ou franchir le passage avec une poignée… trop de possibilité pour qu’elle tente le hasard ou qu’elle les essaye toutes.

Par dépit, elle revint sur ses pas pour balayer les peintures murales qu’elle avait aperçut sur le précédent corridor. De nombreuses scènes étaient dépeintes, réelles et surnaturelles, entremêlées si symbiotiquement qu’il était quasiment impossible de les séparer. Selene n’abandonnait pas pourtant. Ses yeux ternes fatiguaient, mais elle passa de longues dizaines de minutes à étudier le moindre tracé archaïque. Elle crut même que sa vue lui jouait des tours quand elle découvrir une vieille affichette avec un Père-Noël vantant les mérites de Coca Cola. La nuit était devenue plus obscure quand la toquée s’écria d’une voix qui brisa la chape de silence mystique :

- Là ! Regarde-regarde !

Pratiquement sur le plafond, à une hauteur qui permettait de se demander comment les hommes de l’époque avaient plus la dessiner, une scène représentait parfaitement une file de croyants en pagne qui passaient devant une statue de pierre. Un grand homme enveloppé dans une épaisse cape de toile et un turban. Le villageois le plus proche du bénitier semblait se poser du sable sur la langue et ceux qui le précédaient était dessinés enveloppés d’un léger halot, passant sous une arche derrière laquelle de belles jeunes femmes les attendaient.

- Ça y ressemble non ? On essaye ça tu crois ? Faut bien qu’on tente quelque chose…
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Lun 14 Déc - 13:45

Anastasia n'y croyait pas un instant. En admettant même que ces objets archéologiques aient peu de valeur, la pauvreté était si grande par ici que n'importe quel autochtone sans le sou ou marchand malhonnête s'en seraient emparés pour les revendre si cela avait été possible; Même dans le monde des rêves il y avait hélas des réalités incontournables.
Elle n'osa cependant pas partager sa pensée avec son amie de crainte de l'effrayer davantage.
A la place elle souffla: Rentrer ? Je pensais qu'on camperait sur le lieu puisqu'on a une tente.. Mais cela tombe bien, continua t-elle, je ne suis pas fatiguée.

Quand Selene parla des bénitiers et du geste de purification des catholiques, la jeune femme comprit tout de suite où elle voulait en venir; c'était tellement simple ! Pourquoi fallait-il que son cerveau à elle complique toujours tout ? Trop de lectures peut-être et pas assez de vécu ? Certainement.
Imitant l'adolescente, elle détailla les fresques, ou du moins ce qu'il en restait, scrutant la moindre scène de la vie de tous les jours, de cultures dans les champs, les métiers, les honneurs au dieu, les enterrements, le tout placé dans des contextes complètement fictifs et dans des styles très différents, rendant la lecture absconse.
Au cri victorieux de la jeune fille, elle leva aussi la tête et découvrit la scène peinte.
A bien y regarder, il pouvait être envisageable de tirer les mêmes conclusions que Selene, pourtant, le dessin ne différait pas des autres: les contours étaient imprécis, le réel et le surnaturel se jouxtaient tant et si bien qu'il pouvait être possible d'interpréter tout cela différemment.
Les traits de son visage se contractèrent; était-ce bien raisonnable ? N'allaient-elles pas encore se jeter dans la gueule du loup par ignorance ou à cause d'une trop grande précipitation ?

Oui... répondit Anastasia dubitative, cela y ressemble... Un peu.
Indécise, elle soupira profondément. Elle ne voulait pas décevoir son amie qui semblait tant vouloir entrer dans ce foutu lieu mais d'un autre côté, pourquoi le personnage avait-il des doigts en forme de pinces de scorpion et une langue pointue comme celle des serpents ?
À bien y regarder d'ailleurs, le sable n'était pas véritablement posé sur le bout de la langue mais semblait plutôt passer au travers du petit creux entre les deux fourches de l'appendice bifide, coulant en un mince filet comme dans les sabliers...
Et puis... Si c'était un lieu de rassemblement religieux comme nos églises pourquoi la pièce semblait ne pouvoir accueillir qu'une dizaine de personnes ? Qui était choisi pour arriver jusqu'ici ? Les prêtres ? Les notables ? Cela ne devait probablement pas être le premier péquin venu !
Anastasia haussa les épaules; cela pouvait être aussi une sorte de confessionnal à dix... L'ancêtre de psychothérapie de groupe, quoi..!

Ok, allons-y lança t-elle avec lassitude mais on ne se quitte pas d'une semelle !
Elle emprunta à nouveau le couloir et se planta devant les bénitiers; lequel des deux choisir ? Cela avait-il une importance ?
Dans le doute et comme mue par une sorte de superstition, elle choisit celui qui contenait le sable à la douceur sensuelle, juste en face de la statue qu'elle avait touché avec ravissement, tenta de tirer une langue aussi longue que celle du dessin et posa au bout une pincée de sable.
Gauchement, elle resta ainsi quelques instants à se demander si elle devait l'avaler ou pas.
L'instinct physique fit le reste. Le sable très fin, au léger goût de sel glissa dans sa gorge.
Le coeur battant, elle attendit qu'il se passe quelque chose, tendant le dos au moindre mauvais effet.
Comme apparemment rien ne se passait, elle regarda Selene d'un oeil interrogateur et se dirigea vers la corde.
J'ai peur... avoua t-elle.
Afin de se donner du courage elle songea à son hypothèse: le Marchand de Sable est un homme et il est bon... et tout en détachant lentement la guinde de chanvre, elle se répéta la phrase plusieurs fois telle une incantation magique ou une prière.
Avant de faire le moindre pas supplémentaire, elle s'assura que Selene était bien à côté d'elle et prit sa main dans la sienne, moite d'anxiété.
C'est ce moment que choisit Pink-Daddy pour ramener se fraise: n'ai pas peur Ana, je suis là et je t'aime, il ne t'arrivera rien de mal !
La jeune femme leva les yeux au ciel tout en murmurant: puisses-tu dire vrai.
Tout en avançant dans l'étroit couloir, elle gardait à l'esprit que l'entrée en avait été interdite, qu'elles n'avaient pas dû être les seules à découvrir la fresque des bénitiers ni à faire tomber cette corde... Les précédents avaient-ils réussi à faire demi-tour sans encombre ?

Quand elle pénétra dans le grand sanctuaire rond et qu'elle vit les taches au sol, elle en douta. Restait à savoir si elles étaient fraîches ou non.
Reportant l'analyse de ce détail à plus tard, son regard parcourut l'ensemble; tout était comme Selene l'avait décrit; du moins à première vue.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Lun 14 Déc - 20:00

Le peu d’enthousiasme d’Anastasia ne refroidit pas sa détermination mais fit croître le doute dans son petit cœur. A ses yeux, il n’y avait pas d’autres solutions. Même si les dessins n’étaient pas précis, elle mettait principalement cela sur le fait que peindre sur les murs, avec des méthodes préhistoriques, et à une hauteur pareille, ça suffisait bien à excuser quelques imperfections. Selene avait beau se persuader : elle angoissait. Elle se mordillait la lèvre inférieur, écorchait le bout de ses doigts avec ses ongles, et la pulsion habituelle de son TOC embrasa ses entrailles. A la manière d’un réflexe, pendant qu’elles retrouvaient la pièce avec les deux statues, l’adolescente avait récupéré son carnet et coincé sa lampe torche sous une aisselle pour pouvoir dessiner quelques visages amis.

Après quelques figures tracées avec la concentration d’une malade, la galloise leva ses yeux ternes vers ceux de son aînée. Elle était rassurée et bientôt, cette dernière serait aussi touchée par l’effet de son pouvoir, qui chasserait de son âme le sentiment d’effroi. La rouquine revint alors sur terre et s’empressa de rattraper le temps perdu. Elle rangea son carnet offert par Julian et mit un peu de sable sur le bout de sa langue. A vrai dire, elle ne se sentait pas différente. Pas du tout. Mais l’anxiété avait beau menacer, ses amis l’avaient apaisée, alors elle trouva le courage de prendre la main d’Anastasia pour franchir l’entrée qui menait au sanctuaire.

Comme Selene l’avait vu avec ses lunevolutives, l’endroit était inondé par la lueur lunaire d’une blancheur pure. Il avait l’air plus vaste, à la fois ouvert à la foule et intimiste. Le silence semblait là plus intense, comme si les pratiques magiques opérées jadis imprégnaient encore les murs de pierre et étouffaient les sons. Par soucis d’économie, l’adolescente éteignit sa lampe torche et profita de l’illumination surnaturelle de la lune. Au sol, elle put identifier clairement ce qu’elle avait pris pour des tâches de sang. Au moins il était sec, personne n’était venu depuis un moment – ou personne n’avait déclenché les défenses.

Elle avançait à pas lent, chaque pas pouvait lui réserver le pire, mais le sanctuaire restait muré dans un parfait mutisme. Avaient-elles passé la première des protections ? Il semblait bien. La rouquine n’osait pas parler toutefois, c’était à peine si elle osait respirer. En effleurant la table sacrificielle, elle se prit comme une décharge. Les lieux frissonnaient encore de mysticisme, à tel point qu’ils n’avaient jamais parus plus habités. Les âmes défuntes des prêtresses étaient-elles encore là ? Ou le Dieu lui-même ? A cet instant, Selene se demandait si la perspective qu’elles fassent fausse route et qu’il ne s’agisse que d’une divinité païenne n’était pas encore plus effrayante. Le Marchand de Sable souhaitait les exclure de Dreamland, certes, mais quel sort réserverait à des intruses une puissance inconnue ?

Ses pas l’avaient menée derrière l’autel, qu’elle contourna pour faire face à la salle. Elle imaginait sans peine les croyants, rassemblés l’un contre l’autre, buvant les paroles d’une femme diaphane à la peau cuivré qui dirigeait les communions. Un culte intense et terrifiant à ses yeux. L’adolescente sursauta. De là, elle pouvait voir quelque chose qu’il lui avait été impossible de constater avant : en hauteur sur le mur qui faisait face à l’autel, une gravure se dégageait clairement. C’était un buste, le même que celui du personnage représenté à l’extérieur sur les statues. Ses traits étaient encore masqués par un épais turban mais ses yeux brillaient à la lumière de la lune. Une lueur pétrifiait et irréelle qui provoqua un frisson glacé dans tous les membres de la toquée. On aurait qu’il la « voyait » et qu’il « savait ».

Cherchant à fuir ces orbes divins, Selene déglutit et baissa les yeux sur l’autel. Il était en pierre, usé, et sur lui ne trônaient qu’une coupe en fer renversée, des amas de cires fondus depuis longtemps et une petite dague en arc de cercle. Il n’y avait rien d’autre de particulier à part… une fente. A peine large de 3 centimètres. La galloise la prit d’abord pour une simple fissure mais force était de constater qu’il n’y en avait pas d’autres.

- Ana, regarde, murmura-t-elle en pointant sa trouvaille du doigt.

Il faisait froid et pourtant, elle commençait à suer d’appréhension. Son cœur battait de plus en plus fort. Jusqu’à aujourd’hui, elle fuyait les ennuis et désormais, voilà qu’elle les cherchait avec un aplomb qui frôlait l’insolence. Guidée par son instinct, la toquée prit la dague, glacée, et la planta dans la fente. Le fer crissa contre la pierre, il y eu un déclic lointain et de lourds mécanismes se mirent en mouvement.

Dans le dos des filles, le mur s’ouvrait péniblement, coulissant bruyamment contre la roche et soulevant un peu de poussière. Un escalier s’offrait à elles, éclairé par une lumière laiteuse, comme si l’éclat de la lune, dans un bond surnaturelle, poursuivait infiniment sa course dans les entrailles du temple. Rond comme des billes, les yeux noisette de Selene se tournèrent vers Anastasia avant qu’elle ne s’engage en première. A peine quelques marches plus bas se soulevait déjà une odeur âcre de poussière humide. La température baissait même de cinq ou six degrés.

La porte se remit à coulisser lorsque les deux amies furent passées. Par réflexe, la rouquine jeta un regard dans son dos et ce qu’elle vit la terrifia : les yeux de la gravure face à l’autel semblaient flamboyer et elle aurait juré que toutes ensembles, les gargouilles s’étaient mises à bouger, tournant vers les voyageuses leurs corps de pierre étêtés.

Quand elles furent enfermées, l’adolescente ne savait plus si elle était rassurée ou angoissée de s’être jetée dans la gueule du loup. Avec des gestes tremblants, elle s’empressa de retrouver son carnet pour s’immerger à nouveau dans ses dessins d’épouvantails, en quête d’un peu d’apaisement.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 15 Déc - 13:57

Le sanctuaire devait être le plus haut lieu d'énergies du Temple et peut-être même de la contrée toute entière. Il devait émettre des vibrations si fortes que la jeune femme fut prise de picotements dans tout le corps.
Elle décida d'avancer par étape comme il se doit afin de s'emplir des ondes qui ne pouvaient être que positives dans cette pièce, vu son emplacement. En effet, tous les rayons de la Lune semblaient converger pour l'illuminer, lui donnant une atmosphère propice au recueillement et à l'élévation d'esprit.
Arrivée face à l'autel, la jeune femme se pencha sur la tache, elle était sèche. Etait-ce vraiment du sang d'ailleurs ? Il était impossible de le savoir à moins d'analyser la substance.
Quand elle releva la tête elle vit Selene effleurer la Table de pierre et tressaillir.
Anastasia ne put s'empêcher de sourire: son amie avait avancé dans n'importe quel sens, elle en subissait les conséquences ! Avait-elle conscience que le cosmos venait de lui lancer un message ? Apparemment non puisqu'elle vit avec effarement l'adolescente faire le tour de l'autel et se placer face à la salle, place sacrée parmi toutes où seules les prêtresses
pouvaient avoir accès pour officier étant donné sa position délicate juste au-dessus de croisements cosmotelluriques.
Quand la jeune fille leva un regard presque horrifié, Anastasia se décalla, regarda dans la même direction et le vit.
Là encore, le visage était caché mais le regard... Elle était tellement fascinée par sa force et sa profondeur qu'il lui fut impossible de détourner les yeux.
Elle resta immobile pendant un temps qui lui sembla infini, regard noyé dans celui de l'Autre jusqu'au moment où Selene l'interpela.
A regret elle quitta le contact établit, se tourna et avança sans toutefois passer de l'autre côté de l'autel.
Se penchant sur le plateau de pierre, elle vit la fente indiquée ainsi que la petite dague déjà dans la main de l'adolescente.
Non ! Cria t-elle.

Trop tard.
La jeune fille venait d'enfoncer la Clé dans la fissure et le mur rocheux s'ébranla jusqu'à s'ouvrir sur un escalier menant vers les souterrains, évidemment.
Affolée, Anastasia se précipita afin de rester aux côtés de son amie quoiqu'il arrive et lui emboîta le pas, dérapant presque sur les marches glissantes.
En entendant la cloison se refermer; elle tourna lentement la tête. Le regard de l'Homme avait changé; la force tranquille de l'Omniprésent-Omniscient faisait place aux lueurs de l'enfer car c'est bien là qu'elles descendaient, elle en était certaine.
Au comble de l'angoisse elle ne vit pas les gargouilles. Le passage était clos; elles étaient enfermées, prisonnières; elle ralluma sa lampe torche.
Plantée au milieu de la descente, Selene n'avançait plus et sortait son carnet de croquis de la poche.
Tandis qu'elle dessinait, Anastasia prit la parole:
je croyais qu'on s'était mis d'accord pour d'abord visiter sans prendre de risque puis se renseigner dans des livres, se tenir au courant d'anciennes légendes et autres informations utiles avant d'entreprendre quoi que ce soit ?
La jeune femme soupira de lassitude.
J'ai bien peur que tu aies ouvert la porte des enfers; la dague en était la clé.
Pourquoi crois-tu que les religions placent le paradis au ciel et l'enfer sous terre ? Ce n'est pas pour faire joli; c'est un symbole. C'est parce que les ondes cosmiques sont bénéfiques et les ondes telluriques négatives et nocives. Là on est en plein dedans et on se sait rien !


La peur et le dépit se lisaient dans les yeux de la jeune femme. Une fois de plus elles avaient été suffisamment inconséquentes pour se fourrer dans de nouveaux problèmes.
Prenant sa tête entre ses mains, elle s'assit sur la marche gluante sans même se soucier de l'état de son pantalon dont elle n'avait plus que faire; elles auraient bien d'autres chats à fouetter !
Elle repensa à l'Homme dont le si beau portrait devait encore s'étaler sur le mur baigné de lumière. Elle ferma les yeux afin d'y puiser encore un peu de forces.
Etait-ce cela le Marchand de Sable ? Dieu et Diable à la fois ? L'incarnation des deux puissances géobiologiques ? L'incarnation du lien entre le monde réel et le monde des rêves ?
Avant de relever la tête vers son amie, la jeune femme se prit à désirer une fois de plus de rencontrer l'incarnation, l'homme, pas la puissance divine quelle qu'elle soit, et l'aimer.
Sur un second soupir, elle souffla:
courage, descendons. Il est trop tard pour regretter à présent; ce qui est fait est fait...

Qu'importe ce que rétorquerait l'adolescente, Anastasia se sentait coupable. Des deux elle était la plus âgée, elle aurait dû avoir la sagesse de refuser d'ôter la corde, elle aurait dû surveiller de près celle qui n'était finalement qu'une enfant. Au lieu de cela, elle s'était perdue dans un délire d'amour romantique avec une divinité qui peut-être n'existait même pas, qui sans doute la haïssait autant que les autres. C'est elle et elle seule qui était à blâmer, pas Selene.
Excuse-moi, murmura t-elle tout est ma faute.
Le coeur lourd elle attaqua la descente qui les menèrent dans une petite pièce, ronde elle aussi qui devait être la crypte.
Un tombeau taillé dans le roc blanc devenu verdâtre d'humidité trônait au milieu, vierge de toute inscription.
La jeune femme en fit le tour; il était scellé, probablement à la chaux. Tout autour les murs étaient sombres et suintaient. Plus aucun dessin n'ornait cet endroit; le dépouillement total avait peut-être été un choix.
Au fond de la pièce elle distingua vaguement une ouverture donnant sur un autre couloir.
Elle allait s'en approcher quand soudain ses narines perçurent une odeur étrange.
Affolée elle regarda en tous sens mais ne vit rien; elle n'étaient tout de même pas tombée sur une réunion d'adeptes Vaudou en train de faire rôtir le coq tout de même !
Ses yeux tombèrent dans ceux de Selene qui avait l'air de percevoir la même chose.
Tracassée, elle posa sa hotte à terre, fouilla et en souriant brandit la coupable: une boîte tuperware laissait entrevoir une superbe cuisse de dinde.
Afin de dérider l'atmosphère elle s'écria entre deux rires: c'est la meilleure de la journée ! En plus j'adore les volailles !
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 15 Déc - 23:13

Spoiler:
 

Dans la bulle au cœur de laquelle l’adolescente s’était réfugiée, les paroles de son amie lui parvenaient comme étouffées. Il fallait qu’elle enterre l’angoisse et dans ce genre de situation, seul son TOC la calmait. Ce n’était pas bien, certes, ni constructif ; mais c’était ça ou mourir de trouille. Il fallut beaucoup d’épouvantails pour que Selene ne se sente rassurée. Même quand elles reprirent leur progression, ses yeux noisette restaient figés sur la feuille noircie de croquis, hypnotisés. Malgré le discours d’Anastasia qu’elle assimilait avec beaucoup de retard, elle ne se sentait pas coupable. Simplement perdue. Maintenant qu’elles étaient prisonnières dans les entrailles d’un temple inconnu, la galloise se rendait compte qu’elle s’était crée une vision embellie de ses aventures à venir. Elle s’était sentie courageuse, téméraire même, et désormais elle regretterait presque de ne pas être restée dans son coin.

La dépendante affective s’excusa mais elle ne fit même pas vraiment attention. Son regard ne s’arracha qu’à contrecœur de la contemplation de ses épouvantails d’encre pour se poser sur le lourd tombeau au milieu de la pièce. Il fallait qu’elle reconnecte la réalité Que faisaient-elles déjà ? Il était trop tard pour faire marche arrière. Du moins… la toquée aurait pu s’échapper n’importe quand, mais cela signifiait laisser son aînée derrière elle, ce qui était inconcevable. Pourquoi un tombeau ? Cette question la trépanait en remplaçant l’anxiété. Son raccord à la situation. L’ouvrage semblait être solidement scellé, ça ne devait pas être n’importe qui. Les prêtresses assassinées ? Si tant est que d’autres qu’elles n’aient eu le droit de venir ici. Le « Dieu » Saath ? Une autre personnalité dont elle n’avait pas entendu parler ?
 
Une odeur fit plisser ses narines. Comme de la viande bien cuite. Cette fragrance détonnait particulièrement avec le décor et bien qu’elle ait été apaisée par son rituel pathologique, Selene ne craignait qu’une créature aux allures de bête rôtie ne fasse irruption dans la pièce exigüe. Il n’en était rien. Anastasia extirpa un tupperware rempli d’une appétissante cuisse de dinde qui donnait une explication logique à cet épisode grotesque. Le véritable avantage, c’est que l’adolescente retrouva le sourire. L’étirement de ses lèvres fit éclater définitivement la bulle d’isolement où son esprit s’était réfugié. Après avoir rangé son carnet à dessin, elle ouvrit enfin la bouche.

- Désolée, ce que je voulais dire avant qu’on parte de Gloutoniskaïa c’était qu’on n’irait pas affronter le Marchand de Sable de front, mais je me doutais bien que pour dégoter de vieux secrets millénaires, il faudrait jouer les pilleurs de tombes dans des lieux pareils…

Elle marquait une pause. Blottie dans la sécurité relative de la métropole magique, la galloise s’était sentie toute puissante ; du moins suffisamment pour ce genre d’expédition. Mais à l’instant présent, elle n’était plus sûre de rien. Même si cet endroit n’avait rien à voir avec celui qui avait exilé les voyageurs, était-elle prête à affronter une divinité païenne ? Etait-elle-même à la hauteur de s’en sortir si ça tournait mal ? Dans les profondeurs d’un temple sur les côtés désertiques, jamais elle ne s’était sentie aussi vulnérable et isolée de tout havre de quiétude. Et le pire c’était qu’elle avait entraîné Anastasia dans sa folie.

- J’ai peut-être eu tort, admit Selene dans un souffle, peut-être que c’est trop « grand » pour nous deux de faire ça, et qu’on ferait mieux de se contenter de vivre et de se protéger l’une l’autre…

Elle se détourna et s’éloigna de quelques pas, simplement parce que rester immobile était devenu insupportable. Julian avait-il déteint sur elle ? Lui, il aurait adoré cette escapade, aussi dangereuse soit-elle. En fait, il l’aurait sûrement adoré « parce » qu’elle était dangereuse. C’était bête, mais il lui manquait. Elle qui avait voulu devenir une femme, elle se comportait toujours comme une enfant irresponsable.

- On peut toujours s’en aller tu sais ? On remonte les escaliers, pour être à la hauteur du niveau de la mer, et on claque des talons en regardant vers l’ouest, elle montra ses bottes de sept lieux, elles sont là pour ça et j’ai ma boussole pour qu’on ne se trompe pas. On serait à 300m plus loin, donc dehors, et on aurait plus qu’à… partir ailleurs en se disant que ce n’était qu’une grosse bêtise.

La galloise se tourna vers Anastasia et lui sourit, pour montrer que sa proposition était sincère. Elle ne voulait – et ne pouvait – pas porter la responsabilité d’avoir entraîné son aînée dans cette aventure contre son gré. Parce que si elles continuaient, il suffisait de sentir les vibrations mystiques de cet endroit pour comprendre qu’elle connaîtrait les épreuves les plus éprouvantes de leur vie.
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Ven 18 Déc - 13:53

Anastasia entendit parler Selene comme dans un état second, pire, comme si elles étaient dans un aquarium; ses oreilles sifflaient légèrement, la bouche semblait pâteuse.
Elle jeta un oeil sur le carnet de croquis abondamment noirci d'épouvantails et comprit tout de suite: elle était victime du pouvoir de son amie et elle détestait cela.
A croire que la pilule de valium avait dû être dosée à la hauteur du nombre de personnages dessinés car c'est tout juste si la jeune femme ne voyait pas la vie en rose dans ce sanctuaire maudit !
N'empêche, si elle avait pu fulminer elle l'aurait fait car primo elle ne supportait pas d'avaler des produits chimiques à fortiori pharmaceutiques, secondo elle venait de perdre un pouvoir important: la peur, signal et arme de défense, tertio la colère, arme d'attaque.
A la place elle bredouilla:
j'ai un coup de pompe tout à coup... Et elle s'assit sur le tombeau pour ranger sa cuisse de dinde et extirper le pull épais que l'esprit de Noël venait d'offrir.

Aux paroles de l'adolescente elle éclata de rire; pilleurs de tombes ? Elle se croyait dans un jeu virtuel ma parole ! Et pour ce qui était de la différence entre le « trop grand » et rester à se protéger sans rien faire comme deux poltronnes, il y avait un gouffre ! Et le gouffre aurait été d'agir avec discernement mais qu'importe; toutes ses réflexions s'effilochaient à présent comme un nuage cotonneux dans un ciel trop bleu.
A la proposition de repartir grâce aux bottes de sept lieues, elle lança en haussant les épaules:
impossible. Tu sais bien qu'on ne peut pas emmener un être humain avec soi, la vitesse de déplacement le pulvériserait, c'est écrit sur la notice.
On est là on y reste ! C'est pas mal ici comme endroit... dit-elle en regardant autour d'elle.
Elle enfila son lainage avec des gestes lents, fouilla encore dans la hotte et en ressortit la paire de ciseaux à l'effigie du Père-Noël. Elle ne pouvait plus être en colère mais il lui était encore possible d'user de sarcasme.
J'ai bien envie de voir ce qu'il y a dans cette tombe, on est là pour ça, non ?
Et sans attendre de réponse, elle se mit à taper dans le joint de chaux qui s'écaillait sous les coups.

Elle n'avait plus peur; le geste de profanation au seuil même des enfers ne lui importait plus.
A force d'attaquer la roche les ciseaux se cassèrent en deux. En souriant, elle tendit une moitié à la jeune fille en disant: aide moi, cela ira plus vite à deux !
Elle redoubla d'acharnement tout en racontant sourire aux lèvres:
tu vois là, on joue les touristes basiques; tout est permis, tout est à nous, tout est à voir !
Après un temps, elle ajouta: je suppose que tu es fière de moi à présent, j'agis enfin comme tous les voyageurs: je suis chez moi, je fais ce que je veux; enfin, disons plutôt: je ne suis pas chez moi donc je m'en fiche, je passe outre les règles, j'abîme, je massacre, je pille parce que j'en ai envie. Quand est-ce qu'on tue quelqu'un pour parfaire le tableau ?
Parfois je le comprends Lui là-haut... conclut-elle en indiquant d'un geste vague la sortie, montrant ainsi qu'elle pensait au tableau du buste d'homme.

Epuisée, elle s'arrêta. Le résultat était guère probant: tout au plus avait-elle ôté quelques centimètres de craie.
Dans un soupir elle rangea son outil.
Je me demande bien qui est enterré là... murmura t-elle en contemplant le bloc.
Tu vois, ce qui m'ennuie c'est que si on doit découvrir ou affronter quelqu'un ou quelque chose, je voudrais que ce soit le Marchand de Sable, le vrai, pas ses acolytes; et le bon, pas le méchant.
Mais si on est venu jusqu'ici pour avoir des soucis avec un simple dieu antique, j'aurais vraiment l'impression d'avoir perdu mon temps et de l'énergie pour rien.


Elle regarda à nouveau à l'entour.
Même avec un tranquillisant dans le corps le lieu restait oppressant et glacial, la jeune femme frissonna.
On bouge ? Demanda t-elle à son amie tout en se dirigeant vers la galerie creusé dans la pierre.
Le faisceau lumineux de la lampe torche ne renvoya quasiment rien d'autre qu'une paroi, signe d'un virage très serré. Le reste différait peu de l'ensemble: même roche noirâtre, tachetée de mousses verdâtres et gluantes, mêmes ruissellements le long des murs et au sol, même silence profond, impénétrable.
Incapable de ressentir de l'inquiétude, Anastasia poussa un petit cri et ce qu'elle pensa s'avéra juste: l'écho de sa voix se propagea partout.
Dans un rire elle demanda: on entre tout de suite ou préfères-tu vérifier ce qu'il y a derrière avec tes lunettes spéciales ?
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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Ven 18 Déc - 21:50

L’adolescente ne comprenait pas. Elle s’attendait à une vraie discussion, construite, entre deux « adultes », et Anastasia perdait soudain tout intérêt à la cause. Elle avait même raillé son discours. D’ailleurs elle refourguait au placard l’idée des bottes de 7 lieux, alors qu’elles en avaient chacun une paire, non ? Selene croyait se souvenir que son amie avait acheté de quoi recharger les siennes avant de quitter Goutoniskaïa. Ses lèvres s’étaient entrouvertes mais elle ne dit rien alors que l’une de ses mains grattait l’arrière de son crâne.

Le pire restait à venir pourtant. La trentenaire décida soudain de s’acharner sur le tombeau à coups de ciseaux. Les yeux noisette de la galloise s’écarquillèrent comme des soucoupes : c’était irrespectueux et absolument contreproductif. Il lui suffisait d’utiliser ses lunevolutives pour percer le secret de ce sarcophage, pourquoi tenter de le profaner aussi gauchement ? Quand son aînée lui proposa de l’aider, elle recula d’un pas comme si elle l’avait menacée et sa soudaine diatribe contre les voyageurs lui fit l’effet d’un poignard dans le cœur.

La rouquine fut comme sonnée. Suffisamment apaisée par son rituel, elle n’était plus capable d’être en colère, ni triste, mais elle ressentait l’amertume provoquée par ces paroles. Elle resta immobile, observant Anastasia s’acharner encore, puis abandonner, plaider la cause du Marchand de Sable, et enfin déclarer qu’elle perdait son temps. Si ça n’avait pas été sa meilleure amie, Selene aurait sûrement tourné les talons tout de suite pour s’en aller vers d’autres horizons. Elle ne supportait pas les conflits. Malheureusement, elle allait très certainement devoir affronter celui-ci, comme elle avait affronté sa rupture avec Julian. Si elle pouvait avoir peur, elle serait morte de trouille à l’idée de piétiner son amitié, mais il n’en était rien.

- C’est vraiment ce que tu penses de moi ? demanda-t-elle brusquement quand elle ne fut plus capable de se contenir.

Son aînée lui avait posé une question, mais elle n’y répondit pas. Comme une enfant se rebelle contre sa mère, elle se plaça exactement face à la dépendante affective, sa chevelure indisciplinée de chaque côté de son visage d’albâtre, et ses sourcils légèrement froncés. Il était rare que ses traits expriment la sévérité, la toquée elle-même savait que ce n’était pas habituel, mais Anastasia devait comprendre qu’elle ne plaisantait pas.

- C’est ce que je suis pour toi ? Une petite idiote de voyageuse qui abîme tout et qui mérite qu’une divinité la condamne à mort ?

Si elle tremblait, ce n’était pas de colère, mais d’appréhension. Les mots sortaient tout seul, bruts, sans avoir été retaillés par sa gentillesse habituelle. Pourtant sa bague ne s’était pas activé, mais le comportement de la trentenaire avait mis en exergue certains ostinatos un peu pervers de leur relation. La coupe était pleine désormais, Selene savait qu’il fallait la vider maintenant et sans attendre.

- Tu crois aussi qu’on perd notre temps ? Pourtant je t’en ai parlé de mon idée, depuis le début, et en détail. Je t’avais prévenu que ça serait dangereux, que je tâtonnais, qu’on allait peut-être faire fausse route et qu’on marchait sur des œufs. Tu savais tout ça, pourquoi tu n’as pas dit à ce moment là que tu n’étais pas d’accord ? Tu croyais quoi, qu’on allait atterrir et qu’une bibliothèque de livres anciens nous tendrait les bras avec des réponses ?

L’espace d’un instant, son regard se posa sur le tombeau, avant de remonter affronter ceux d’Anastasia. Elle craignait que leurs actions n’aient déjà mis en œuvre des forces mystiques, mais elle espérait sincèrement que pour l’instant, elles étaient en terrain vierge. Sans élever la voix, parce qu’elle était complètement délaissée par la colère, elle ajouta :

- Je ne voudrais pas être responsable d’autres ennuis qui pourraient t’arriver, alors on s’en va. Tout de suite. On a toutes les deux des bottes de 7 lieux je te rappelle. Et si les tiennes sont déchargées pas grave, je te prête ma dame blanche et tu sors en traversant les murs.

L’adolescente se mit à fouiller dans son sac pour joindre le geste à la parole et dénicher sa robe de mariée. Elle se sentait meurtrie dans son amour propre. Jusqu’à maintenant, elle s’était toujours raccrochée à l’idée qu’elle se faisait de son intégrité. Certes, il y avait plein de choses dont elle n’était pas fière, comme ce chariot de fruits volé à Telehem. Pourtant à côté de ça, elle avait toujours essayé d’aider son prochain, n’avait jamais rechigné à la tâche, avait tenté de faire profil bas et n’avait jamais tué personne. Jamais. Combiens des voyageurs qu’elle avait connus pouvaient se vanter d’un si beau tableau ? Mais peut-être qu’Anastasia avait raison. Peut-être que ce n’était pas à elle de percer les mystères enfouis dans le sable du désert. Peut-être qu’elle devrait restée planquée dans un coin à attendre que ça passe… elle n’était bonne qu’à ça, non ?
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Sam 19 Déc - 17:27

Le ton et la question claquèrent comme une gifle, pire comme un coup de vent violent en Antarctique.
Face à la galerie Anastasia se raidit, accusant le coup.
Selene n'était pas en colère, c'était pire et la jeune femme se sentit ridicule, menacée, presque abandonnée et surtout incomprise.
Que lui avait-il prit d'agir et de parler de la sorte ? ne savait-elle pas depuis le temps qu'il ne fallait pas contredire l'adolescente ni la contrarier ou être en désaccord avec elle ? Plus d'une fois elle en avait eu l'expérience pourtant. Il fallait dire oui à tout, toujours; ne jamais soulever une erreur commise par elle sous peine de s'attirer les foudres et c'est exactement ce qui se passait.
Dans un soupir elle se retourna et la jeune fille vint se placer devant elle pour enfoncer le clou.
Devait-elle répondre ? Vider son sac elle aussi afin de repartir d'un bon pied ?
Selene ne lui donna pas le temps de prendre une décision, elle intimait l'ordre de repartir et sortait sa dame blanche.

Incapable de choisir par quel bout commencer la conversation houleuse, elle resta silencieuse au point qu'un ange passa - selon l'expression - dans les boyaux de cet enfer ou plutôt... Vu les circonstances, il était possible d'affirmer que durant ce temps mort Anastasia apercevait quelqu'un qui porte un bonnet à pompon, par exemple, tant son visage reflétait l'incrédulité.
Encore sous l'emprise du pouvoir de l'adolescente, elle ne ressentait ni colère, ni peur, ni tristesse; juste un grand vide brusquement suivit par le signal que Selene était en train de se détacher d'elle, lentement mais inexorablement. Elle s'affranchissait; bientôt elle n'aurait plus d'ascendant sur elle à moins de devenir un petit toutou et encore... Au moindre nouveau qui viendrait parasiter leur duo, elle se détournerait, c'était certain.
Les jambes en coton, elle se dirigea vers l'escalier, s'assit et émit une tentative d'explication d'une voix lasse:
je me suis mal exprimée... Non, ce n'est pas ce que je pense de toi; non je ne vais pas forcément perdre mon temps, cela dépendra de qu'on trouvera; oui j'aurais voulu qu'on aille d'abord dans une bibliothèque et non nous n'allons pas rebrousser chemin parce que quelque chose me dit que c'est trop tard; on-je-ne-sais-qui ou quoi ne nous laissera pas sortir d'ici maintenant qu'on est entrées, ce serait trop facile !
Et enfin, non je n'ai pas pu acheter de charges pour mes bottes car le bloc était trop cher.

Elle avait sortit tout cela d'un trait avec une voix atone.
Son amie serait-elle capable d'en entendre davantage ? Elle en doutait pourtant elle continua afin de donner des éclaircissements à sa réaction.
Je n'ai pas été diplomate, excuse-moi mais t'es-il possible pour une fois d'entendre ma façon de voir les choses ? et te serais t-il possible pour une fois d'admettre que tu as été plus que légère sur ce coup là ? ou préfères tu continuer d'imaginer que parce que tu es bardée de pouvoirs, tu peux te sortir de toutes situations en héroïne ?
A son tour, la jeune femme planta son regard dans les yeux noisettes de son amie mais ne réussit pas à lire son état d'esprit; elle poussa un soupir d'impuissance. Elle avait l'impression que plus elle parlait, plus elle s'enfonçait.
Jouant le tout pour le tout, elle déballa franchement ce qu'elle pensait:
je vais essayer de t'expliquer les choses sans que tu te fâches et sans que tu en viennes à me détester, je ne sais pas si se sera possible mais cela me semble important.
Voilà... Tu as 15 ans, tu raisonnes en adolescente. Parfois, tu es plus géniale encore que certains adultes et d'autres fois tu agis encore comme une enfant; personne n'y peut rien, c'est comme cela.
Moi j'en ai 30 et même si je peux me consoler en affirmant que j'ai gardé une âme d'enfant ou d'ado, je raisonne comme une adulte qui par malheur n'a jamais d'idées géniales surtout face au danger.
Je voulais simplement te mettre en garde.

Souviens-toi: tu as pris cette dague, tu as vu une fente, et comme cela sans réfléchir aux conséquences, ignorante de tout ce qui concerne ce temple et sans attendre mon avis, paf ! Tu la plantes dans le trou et on se retrouve enfermées dans cette salle qui doit être un purgatoire vu que cela fait une plombe qu'on y papote sans qu'il ne passe rien; mais après ?
Je ne suis pas contre les risques; oui, j'ai envie d'en savoir plus sur le Marchand de Sable, oui, je veux qu'il arrête de nous haïr et je veux agir en conséquence mais avec un minimum de réflexion quand même, non ? Parce qu'à mon avis s'il est comme tous le prétendent, il doit être sacrément dangereux, non ?

La jeune femme se tut, elle se sentait harassée; elle ne savait pas si Selene comprenait et acceptait sa défense et cela la torturait; malgré tout elle reprit:
Si j'ai fait un rapprochement avec le comportement de certains voyageurs, sache que cela ne t'était pas destiné; c'est juste que cela me chagrinerait si tu finissais par devenir comme eux.
Rappelle-toi Julian, qui sans réfléchir lui non plus, écoutant ses pulsions égoïstes du « je ne veux pas faire comme tout le monde » et du « je veux du danger et de l'aventure parce que cela m'amuse » s'est précipité vers la tour sans même se poser la question des conséquences sur lui et sur nous; cela m'ennuierait que tu deviennes aussi individualiste et inconséquente que cela quand tu auras 26 ans comme lui.

Je ne parle même pas de Simon qui à peine arrivé s'est octroyé le droit d'ôter un vie et d'arracher des yeux car tel était son bon plaisir...
Bon... J'ai dit tout ce que j'avais sur le coeur; j'espère seulement que tu ne vas pas te mettre à me haïr toi aussi... Au moins aura t-on chacune vidé notre sac mais était-ce une bonne chose ? Je n'en suis pas sûre.


Anastasia prit sa tête entre ses mains; elle avait peur à présent de la réaction de son amie mais avant qu'elle ne prenne la parole pour l'assassiner elle conclut:
en ce qui concerne notre quête... Je serais heureuse et fière de la poursuivre avec toi et d'imaginer qu'à nous deux on pourrait peut-être changer quelque chose à Dremland... Rendre ce monde meilleur, quoi.
Et s'il devait nous arriver des ennuis, même des gros, même le pire sache que je ne regretterai rien, que je ne t'en voudrai de rien; les erreurs arrivent à tout le monde, je ne suis pas à l'abri non plus; il faudra me le dire aussi, hein ?
Tu es ma seule amie et je te remercie pour tout l'amour que tu m'as donné. Sache que je t'aime pour toujours, ne doute jamais de cela même si un jour tu entends quelqu'un dire le contraire.


La jeune femme avait eu à coeur de préciser cela. A tort ou à raison, elle avait le pressentiment que le lieu n'était pas étranger à leur altercation, à cette friction soudaine.
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Selene Nymphadora

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 22 Déc - 21:02

Anastasia parlait, enfin, et l’adolescente l’écoutait avec la sensation de regardait au bas d’une falaise vertigineuse. C’était comme si son amie retenait ses paroles depuis des jours, et pourquoi ? Aussi loin qu’elle s’en souvienne, jamais elle n’avait refusé d’écouter son aînée. Butée comme une adolescente, elle ne parvenait pas à démordre de cette position, quand bien même elle essayait d’être ouverte à un point de vue nouveau. Malgré toutes ses tournures de phrase, la dépendante affective ne pouvait pas nier que la rouquine lui avait parlé de ses idées depuis le début. Il n’aurait suffit que d’une parole pour qu’elles restent à Gloutoniskaïa, ou bien qu’elles prennent une destination moins risquée. C’était facile de garder le silence jusqu’à là pour lui cracher ses fautes à la figure comme si elle était une graine de dictatrice.

♫ Jeee ne comprends paaaas…
Tu as toujours pu me parler…
Ton aaavis m’importeeee…
Je voulaiiis ton aviiis…
J’t’aiii confiééé mes plans…
Tu aurais pu m’aaarrêteeeer…

Tuuuu restes mon amiiiie…
Donc considèèères moiii comme teeel… ♫


La musique qui s’était élevée de nulle part pour emporter ses paroles dans un air mélancolique s’évanouit. La galloise cligna des yeux, comme si elle s’éveillait d’un enchantement étrangement hypnotisant. Avec un sourire gêné, elle fit quelques pas de côté et s’éclaircit la gorge pour compléter son discours un peu confus :

- Tu as peut-être raison. Peut-être que je me sens trop forte parce que mes pouvoirs s’améliorent tous les jours et que j’ai réussi à survivre à des situations désespérées… c’est difficile tu sais ? De voir que tu deviens toujours plus forte et plus… bizarre, mais de ne pas connaître tes limites. C’est peut-être ce que j’ai voulu prouver en venant ici, que j’étais forte.

Elle haussa ses épaules d’enfant. Si graciles, bien loin d’être capables de porter les épreuves qu’elle s’imposait. Dakota avait toujours eu raison : ceux qui s’en sortaient étaient ceux qui faisaient profil bas. Les téméraires, ceux qui prenaient part à des combats qui ne les concernaient pas, ils finissaient en légume dans le monde réel. Il y avait sûrement des groupes entiers de voyageurs, aussi habiles que le fameux « Aston » qui l’avait libérée d’une tour dont elle ne gardait aucun souvenir. C’était à eux de traquer le Marchand de Sable. Pas à elle. Pas à Anastasia. D’ailleurs, Selene n’avait-elle pas prouvé qu’elle avait une forte propension à l’autodestruction ? Ses cicatrices plus ou moins récentes sur sa chair blanche parlaient d’elles-mêmes. La mort ne lui faisait pas peur, la douleur non plus. Elle était immunisée à la souffrance ou plutôt, formée à l’endurer.

- Pour être tout à fait sincère, reprit l’adolescente, des fois c’est assez frustrant… d’essayer de t’expliquer quelque chose et de savoir que tu ne peux pas vraiment comprendre parce que tu ne l’as pas vécu. Tu ne sais pas ce que c’est d’être expulsée de Dreamland, d’être privée d’une partie de soi, de te sentir mourir à petit feu… on dirait que tu n’as pas envie de croire que le Marchand de Sables est mauvais, mais il faillit me tuer, moi et tous les autres voyageurs. Pourtant, ajouta-t-elle après avoir pincé ses lèvres, j’ai toujours pris en compte ton avis, tu sais ? Tu aurais pu me le dire dès le début que tu ne voulais pas te lancer sur le terrain, on aurait plutôt visé une bibliothèque. Je t’ai demandé d’approuvé – ou pas – la destination, tu te souviens ?

La rouquine fixait son amie. C’était vrai qu’elle était plus jeune et, certainement, plus impulsive. Pourtant… à y réfléchir, elle n’arrivait pas vraiment à la voir comme une aînée. Le monde des rêves effaçait les âges, il ne restait que l’expérience et les mois au compteur. Certes Anastasia avait connu une arrestation à Elipse, la guerre contre les machines et une attaque de poupées, mais ce n’était rien. Rien comparé à ce qui rongeait le cœur ensoleillé de Selene. Elle ne pouvait oublier qu’elle connaissait déjà des tas de choses, pour le meilleur et pour le pire. Peut-être pour cela qu’elle avait péché d’orgueil…

- Tu sais je-

Elle s’interrompit. Derrière la dépendante affective qui tournait le dos au boyau qui constituait la suite de leur trajet, une ombre se dessina sur la lumière lunaire et surnaturelle qui régnait dans la pièce. Il ne fallut que quelques secondes pour qu’une main bandée ne s’agrippe à l’épaule d’Anastasia.

- Attention !

S’était écrié l’adolescente un peu trop tard. Malgré l’angoisse qui revenait avec la fin de son pouvoir, elle réprimant son stress pour conserver ses moyens et plongea sa main dans son sac. La première chose sur laquelle sa main se referma fut la batte de baseball récupérée dans la hotte abandonnée. Serrant l’arme contondante – et son courage – à deux mains, elle s’élança vaillamment pour frapper un grand coup sur la tête de la momie édentée qui avait attrapé son amie. Elle crut entendre un craquement sec parmi les os asséchés, mais ça ne déstabilisa pas plus la chimère. Pire : elle n’était pas seule et deux de ses congénères arrivaient à la rescousse…
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Anastasia Waitten

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Mar 22 Déc - 23:00

Selene n'avait pas l'air de comprendre et s'obstinait dans son raisonnement, du coup Anastasia ne savait plus quoi répondre.
Elle haussa les épaules prête à dire: « ce n'est pas grave, laisse tomber » quand l'adolescente se mit à chanter.
C'était la première fois qu'elle l'entendait et quand elle se tut, elle eut l'impression que la musique d'accompagnement se mourrait également le long des murs. Elle resta coi quelques instants avant de lancer:
tu as une voix magnifique, tu devrais chanter plus souvent !

Quand son amie reprit la parole, la jeune femme eut un sursaut en entendant prononcer le nom de « Marchand de Sable ».
Dès la fin des arguments de Selene elle s'écria:
non, je ne veux pas qu'il soit méchant, enfin... Disons que j'aurais tellement aimé qu'il ne le soit pas. Je n'arrive pas à croire que ce soit Lui qui ai fait tout cela.
Etrangement, un air et des images lui vinrent dans la tête. Il n'y avait pas vraiment de rapport, pourtant, cela s'insinua en elle à un tel point qu'elle ne put s'empêcher de chanter le final, la dernière chanson de Dancer in the Dark.
Sans qu'elle ne sache pourquoi, quelque chose lui collait à la peau dans cette histoire, quelque chose avec la chanteuse et son amie qui l'avait accompagné jusqu'au bout, qui avait cru en elle jusqu'au dernier souffle et qui se chargerait de l'opération pour l'enfant, après l'exécution. Quelque chose à la vie à la mort, là aussi.

Chère Selene
Je t'aime tant
hou hou hou
je sais
hou houh hou
que tu m'aimes aussi
Et que jamais on ne parlera d'une dernière chanson
sans violon
Partout je te suivrai
Mon amie que j'aime tant
Ah ah ah ah ah
Souviens toi toujours de ça


Quand elle se tut, elle eut l'impression que l'adolescente la regardait avec des yeux ronds aussi ne put-elle s'empêcher de dire: excuse moi, « je rêvais que j'étais dans une comédie musicale; dans les comédies musicales il n'arrive jamais rien d'affreux...»

Anastasia aurait aimé prendre Selene sur son coeur et lui dire qu'elle la suivrait partout même en enfer tant elle l'aimait mais le cri de la jeune fille la fit se retourner et se qu'elle vit la fit blêmir.
Elle allait hurler quand la main de la momie s'abattit sur son épaule la laissant sans voix. Elle vit en un éclair la batte s'abattre sur le crâne osseux tandis que deux autres personnages, comme jaillissant d'outre-tombe avançaient vers elles.
La jeune femme eut l'impression qu'un rêve, un idéal se brisait dans son coeur, elle ne pouvait l'admettre; elle ne voulait pas, elle ne voulait plus que quelqu'un la haïsse, l'idée même lui était insupportable.
Dans un élan de douleur, elle cria: ce n'est pas le Marchand de Sable qui fait cela !!! vous n'êtes pas le Marchand de Sable, c'est impossible !
Je veux Le voir, je veux Lui parler, il ne peut pas nous détester, je ne vous crois pas; je veux l'aimer !
Visage baigné de larmes, hagarde, elle avait lancé cela aux trois chimères
. Il ne pouvait pas être possible que cet Homme soit comme sa mère.
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Selene Nymphadora

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Maladie mentale : TOC des épouvantails

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MessageSujet: Re: Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]   Sam 26 Déc - 18:22

HRP : vu la panique d'Anastasia (et que l'effet de Valium s'était terminé avec tes 2 messages), je suis parti du principe que du coup, tu déclenchais Hunk sur toi. Dis-moi si tu as besoin que j'édite Wink

Au lieu de l’aider et de se battre, Anastasia perdait complètement ses moyens en hurlant son amour pour le Marchand de Sable. A cet instant, l’adolescente réalisa pleinement comme cela avait été une erreur d’entraîner son aînée dans une aventure pareille. Elle n’était pas faite pour ça, elle était maladivement bien trop déconnectée de la réalité. La rouquine devait se défendre pour deux, ce qui lui compliquait considérablement la tâche. Heureusement, la dépendante affective possédait désormais la faculté de métamorphose de la galloise. Quand l’angoisse devint réellement trop forte, elle eut sa première expérience de transformation en épouvantail. Vue de l’extérieur, cette faculté était encore plus saugrenue. L’avantage c’était que la prise de la momie sur l’épaule d’Anastasia s’était amoindrie : Selene en profita pour la dégager vivement après avoir asséné un autre coup de batte au mort-vivant.

L’une de ses mains blêmes serrée sur l’un des bras-branche de sa meilleure amie, la toquée fit quelques pas de recul pour observer les chimères. Elles étaient maigres, asséchées, trainant leurs pieds avec une lenteur d’outre-tombe. Les bandelettes étaient sales, jaunâtres, et par endroit, elles laissaient apparaître leur peau à moitié décomposée, conservée par des rituels et des onguents. Leurs orbites étaient vides, des gouffres sans fond qui paraissaient pourtant rivés sur les voyageuses. Elles poussaient des râles agonisant, comme si le prix à payer pour cette pseudo-résurrection était une douleur sans nom.

Le cœur de la galloise battait fort contre sa poitrine. En poussant un cri censé la galvaniser, elle empoigna sa batte à deux mains et frappa de toutes ses forces la créature la plus proche. Un craquement. Sa tête parut se déloger légèrement de son axe et elle tituba sur le côté. Blanche comme un linge, l’adolescente réitéra l’opération sur la momie dont elle avait déjà à moitié fendu le crâne auparavant, libérant alors un passage vers le couloir. Fuir était la seule solution puisque ces choses ne semblaient pas sensibles à ses coups.

- Viens vite !

Elle attrapa un bras d’Anastasia et l’entraîna avec elle dans la suite du boyau, abandonnant les morts-vivants et le sarcophage hermétiquement fermé. La lumière lunaire et surnaturelle semblait se répandre devant elles, comme décidée à ne pas les laisser dans l’obscurité. Très vite, trois cavités dans une paroi apparurent, très certainement les niches où se terraient les momies avant de se relever de leur trépas. Ensuite, quatre chemins, tous aussi grand, dont on ne pouvait deviner les destinations. La rouquine supposait que les prêtresses de jadis savaient quel était le bon sentier mais elle, visiteuse audacieuse, n’en n’avait aucune idée. Même si le duo avait, pour l’instant, semé les charognes, Selene s’empressa de prendre la voie la plus à droite. Elle était pâle comme une craie désormais et dans sa tête, une seule ritournelle « la sortie – la sortie – la sortie – … ».

Une vive douleur déchira alors sa hanche droite. En sautillant sur son pied de bois, Anastasia avait malencontreusement enfoncé une dalle piégée que sa benjamine avait évitée par chance. Une volée de carreaux métalliques avait été projetée d’un mur à l’autre, transperçant l’épouvantail qui – bien n’évidemment – ne sentit rien du tout. La galloise en revanche, avait été effleurée par l’un des projectiles, taillant superficiellement dans sa chair et empalant son manteau. A quelques centimètres près, elle était punaisée sur la paroi de pierre comme un insecte.

- Tu vas bien ? Demanda-t-elle avec des yeux affolés tandis que l’une de ses mains se plaquait sur sa blessure.

Elle s’était arrêtée, essoufflée et échevelée. Si les lieux étaient piégés, c’était une autre paire de manche. Peut-être pouvaient-elles encore faire demi-tour ? Elle avait choisi la première à droite donc en toute logique, en revenant sur leurs pas, l’entrée était la première des voies sur la gauche. Il suffirait de passer les momies, de remonter les escaliers et… clac. Ça ne demandait que du cran alors que continuer relevait plus du suicide. Si les pièges ne les tuaient pas, elles pourraient tout aussi bien ne jamais trouver une issue. Selene rangea sa batte dans son sac et se tourna vers son aînée. C’était réellement déstabilisant de fixer ce visage grimé en épouvantail, d’autant qu’il lui inspirait un espèce d’effroi inexplicable… comme si l’enfant qui subsistait en elle était viscéralement terrorisé.

- On va faire demi-tour, ok ? Il faut juste… que tu redeviennes normal. Après tu mettras ma robe, et tu pourras passer à travers les murs. Ça te va ?
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Le temple du dieu du désert [Est de Kephren]
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