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 Promenade de Santé

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Eve M. Todrovitch

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Maladie mentale : Troubles paranoïaques

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MessageSujet: Re: Promenade de Santé   Jeu 26 Mar - 9:48

L’apparition du sociopathe leur avait été d’une aide plus que décisive. Il s’était débarrassé de deux des cow-boys avec une aisance déconcertante avant de disparaître, touché par le dernier. Celui-ci s’était alors tourné vers Eve et Dakota, fulminant de rage. L’arme se dressait et cette fois, comment l’arrêter ? La russo-américaine pourrait une seconde moins interposer son magnégide, mais ensuite ? Elle s’était relevée, batte en main. Quitte à mourir, autant puiser dans ses dernières forces pour emporter ce bandit avec elle. Tout son corps tremblait pourtant, fébrile et blafard. La douleur était un cocon rempli d’épine : chaque parcelle de sa peau semblait y gouter. Sa tête était lourde… si lourde…

La gamine hurla. La terreur suintait de cette exclamation qui imprégna jusqu’aux murs du train et fit taire les voyageurs effrayés qui n’avaient eu de cesse de s’agiter et de crier à chaque coup de feu. La paranoïaque ne compris pas vraiment ce qui se passait quand le cow-boy lâcha son arme, si ce n’est qu’un pouvoir devait être en action. Le coup parti droit dans son genou ; pas de chance. Il s’effondra, privé de ses moyens, mais ce n’était pas fini. L’un des cadavres se redressa et acheva son ancien coéquipier d’une salve de pistolet qui imposa immédiatement un silence glaçant.

Eve manqua de tomber à son tour quand la tension quitta son corps. Elle s’éloigna de quelques mètres pour s’appuyer contre un mur et souleva ses lunettes pour poser ses yeux marron sur la phobophobe. La dernière fois qu’elle avait vu quelqu’un manipuler les morts, c’était sous le lac victoire. Une gamine avec un gros égo qui s’appelait… Melena, quelque chose comme ça. Entre bloody Mary et sa démonstration de marionnettiste, la taularde soupçonnait la blondinette de souffrir de la même pathologie que l’irlandaise.

En inspectant les alentours avec ses lunevolutives, la russo-américaine constata que c’était fini. Les criminels qui n’étaient pas morts s’étaient enfuis, galopant à travers la plaine asséchée par le soleil. Doucement, les passagers osaient sortir leurs têtes des compartiments pour se renseigner sur la santé de leurs compagnons d’infortunes, mais surtout pour dégoter matière à commérer plus tard. Le train n’était pas prêt à repartir pour autant : il faudrait débarrasser la voie des obstacles entreposés pour la bloquer, attendre les secours et les services appropriés pour évacuer blessés et cadavres.

Eve tira de sa veste son paquet de clopes entamé pour en sortir une. Elle comptait bien attendre que leur moyen de transport soit prêt à répartir en empoisonnant un peu plus ses poumons oniriques. Son intention était bien de sortir du train le temps qu’il soit fonctionnel, mais elle restait plantée devant Dakota, impassible, à chercher ce qu’elle voulait lui dire. Pas la remercier non… d’abord parce que la gamine semblait très éprouvée, mais surtout parce qu’il y avait de fortes chances qu’elle ait agit juste pour se protéger elle-même, pas par instinct héroïque.

- Ça va aller ? demanda-t-elle finalement à la phobophobe qui se massait encore les tempes, si jamais tu as… besoin de moi pour quelque chose, je serai juste dehors à attendre que ça reparte.

Elle supposait que la gamine ne l’appellerait jamais au final, c’était bien plus une proposition de courtoisie. C’était leurs règles depuis le départ de toute façon : chacun sa route, même si le hasard faisait qu’elles s’étaient déjà croisées beaucoup de fois en peu de temps. Eve retrouva d’abord sa hotte et dut faire un effort douloureux, clope au bec, pour la sortir du wagon. Pas de bagagiste cette fois, mais il était hors de question qu’elle sorte en laissant ses affaires à l’intérieur.

Après avoir grillé le bout de sa cigarette, elle referma sa veste en faisant glisser sa fermeture éclair jusqu’au milieu de sa poitrine. Il faisait beau. Elle était à Dreamland depuis déjà deux semaines environ mais après cinq ans de cabane, on ne finissait pas tout de suite de se délecter des instants de liberté comme ceux-ci. Ses lunevolutives en mode neutre se rechargeaient docilement tandis qu’Eve observait distraitement les machinistes en train d’inspecter les parties mécaniques du train.

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Dakota Earnshow

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Maladie mentale : Phobophobie

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MessageSujet: Re: Promenade de Santé   Mar 14 Avr - 20:37

- Ça va très bien, mentit Dakota avec un aplomb déconcertant.

En réalité, les paroles d'Eve lui parvenaient comme déformées, complètement couvertes par le martèlement violent qui résonnait dans son crâne. Le manque de sommeil n'était jamais très tendre avec la surdouée question céphalées mais il fallait avouer que celle-là était carabinée. Elle se massa les tempes jusqu'à ce que la paranoïaque s'éclipse à l'extérieur du train, après quoi elle se remit debout sur ses jambes flageolantes. Bloody Mary ne tarda pas à la rejoindre, son couteau dégoûtant de sang à la main. C'est avec un dégoût profond que la gamine remarqua ce que la revenante tenait dans l'autre main...

- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Des souvenirs. Je t'en avais promis, répondit Mary, un étrange sourire moqueur flottant sur ses lèvres blafardes.
- La question était rhétorique, rétorqua la phobophobe, glaciale.

Dakota était persuadée de lui avoir dit qu'elle ne voulait pas – et qu'elle ne voudrait jamais – de scalp. Et pourtant voilà qu'elle se retrouvait dotée de pas moins de 8 d'entre eux. Blonds, bruns, roux, noirs, lisses ou bouclés... il y en avait pour tous les goûts mais étrangement ce qui prédominait était le rouge sang et l'odeur désagréable de fer. Impossible de savoir avec certitude si ce « cadeau » était réel ou pas. Est-ce que son invocation prendrait mal le fait que ces bouts de cuir chevelus sanguinolents finissent à la poubelle ? Est-ce qu'elle s'en ficherait éperdument ? La blondinette n'avait pas trop envie de parier là-dessus. Dans le doute, elle conserverait ces horreurs, mais pas sans les avoir laissé sécher au soleil au préalable.

- Merci. Je suppose.

Le sourire étrange de la revenante s'élargit alors qu'elle glissait son cadeau entre les mains de son invocatrice. L'envie de vomir était prenante mais le visage de Dak' resta impénétrable jusqu'à ce que Mary s'éclipse à travers son reflet dans l'une des vitres du wagon. Elle dut inspirer plusieurs fois avant que son corps se remette en branle tant l'horreur de ce présent crispait ses membres. Sa grimace de dégoût ne la quitta pas jusqu'à ce qu'elle pénètre dans leur cabine où Gregory était étendu sur le sol. Ce n'était pas plus mal, il n'aurait probablement pas apprécié le spectacle...

Bientôt, les huit scalps se retrouvèrent pendus à l'extérieur de la fenêtre, sous le chaud soleil d'après-midi. Le contact oculaire était limité, cet emplacement les préservait de l'odeur et avec un peu de chance ils pourraient être fourrés dans sa hotte lorsqu'ils arriveraient sans poisser le reste de ses possessions. L'idée de se trimballer ces présents macabres était loin d'être réjouissante mais si c'était le prix à payer pour une paix future, Dakota était capable de le supporter.

Ce n'est qu'une fois son manège finit qu'elle posa un genou à terre pour secouer l'épaule de Gregory. Il ne sembla d'abord pas réagir mais une claque bien sentie eut raison de son inconscience. Alors que les yeux de l'hématophobe papillonnaient, interdits, Dakota se redressa avec un profond soupir. Elle n'avait vraiment pas le temps de faire du baby-sitting, il allait falloir qu'il apprenne à gérer sa peur sinon il ne serait encore et toujours qu'un boulet à traîner. Et on ne pouvait se permettre de s'encombrer de ce genre de poids.

- Remets-toi les idées en place et rejoins-moi dehors. Je vais tenter de mettre la main sur un responsable maintenant que nous avons réglé cette histoire de bandits. On devrait réussir à faire monnayer nos services rendus avec un peu d'insistance.

Sur ces paroles elle quitta le compartiment privé, remontant le train jusqu'au wagon de tête. Dans chaque zone qu'elle traversait, Dakota ne trouvait que du sang, des morts et des gens terrorisés en train de sangloter. On pouvait parfois remarquer le travail de Mary, corps de cow-boy parsemé de coups de couteau à la chevelure manquante. Elle avait au moins eu la décence de ne pas le faire sur toutes ses victimes sinon une fenêtre n'aurait jamais suffit pour tout faire sécher. Une fois arrivée à l'avant du train, la gamine trouva plusieurs employés en intense discussion. A ce qu'elle pouvait entendre, des secours allaient bientôt arriver pour prendre en charge les blessés et évacuer les corps. Plusieurs personnes se démenaient déjà sur la voie pour libérer le passage et, au soulagement de la phobophobe, elle crut comprendre que le conducteur faisait partie des survivants. Son invocation était donc arrivée à temps. C'était un soucis de moins à se faire.

L'adolescente vint se placer devant le groupe et s'éclaircit la gorge pour attirer leur attention. Si certains étaient surpris, l'un d'eux sembla la reconnaître et Dakota dû faire un intense effort de mémoire pour le resituer. Elle avait cru l'apercevoir couché au sol alors qu'elle combattait les bandits. Si c'était bien lui, ce n'était pas plus mal. Cela lui épargnerait de longues explications.

- J'ai payé pour une place dans ce train et je me retrouve à combattre des hors-la-loi, lâcha-t-elle de but en blanc avant de reprendre d'un ton plus glacial que le pôle nord tout en pointant une victime de Mary du doigt : J'ai sauvé beaucoup de personnes aujourd'hui. Et mon amie tout autant. Je crois même que vous lui devez la vie – et vos bourses, pour l'importance que ça a. J'effectue rarement des actes gratuits.

Si son introduction avait eu assez de sous-entendus pour laisser entrevoir la finalité de son discours, sa conclusion ne laissait plus place au doute. Malgré tout il fallut marchander pendant cinq bonnes minutes avant d'obtenir informations et récompense satisfaisante. Les pauvres bougres avaient rapidement compris que la gamine aurait pu passer la journée entière à leur tenir la jambe. Personne n'était plus têtu qu'une Earnshow, surtout quand elle était rendue irascible par une violente migraine.

- Votre compagnie s'engage donc à payer l'hébergement à mes compagnons et moi-même le temps que le tunnel vers notre destination soit réouvert... soit. Je m'en satisferai. N'oubliez tout de même pas de me donner un justificatif écrit. Prudence est mère de sûreté.

Le conducteur grimaça devant le sourire de serpent qu'elle leur offrit. Aucune joie dans cette expression, juste une expression de façade terriblement dérangeante. C'est avec soulagement qu'il vit disparaître l'enfant après lui avoir donné son dû, bien heureux que sa propre fille n'ait rien à voir avec cette gamine effrayante.

Son papier en main, la surdouée vint enfin retrouver Gregory à l'extérieur. Il s'était assis non loin d'Eve et ce n'était pas plus mal. Même si Dakota n'avait aucun envie de voyager en la compagnie de la paranoïaque, cette dernière méritait tout de même sa part de récompense. Après tout, le joker qu'elle avait fait sortir de nulle part avait représenté un soutien appréciable.

- J'ai pu soutirer un hébergement temporaire gratuit à la compagnie ferroviaire. Pour tous les trois.

[HRP : hébergement vu avec MJ / Greg' compte poster après moi !]

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Gregory Williams

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Maladie mentale : Hématophobie

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MessageSujet: Re: Promenade de Santé   Sam 18 Avr - 14:59

Du gris, du noir, des onces de couleurs qui s’enfuyaient rapidement. Ses yeux lui envoyaient des mirages, et le perdaient encore plus. Son cerveau refusait de fonctionner, lui envoyant des images tantôt fades, mortes et sans vie, tantôt horrifiques pleines de sang et de désespoir. C’était presque comme s'il était dans un cauchemar. Il avait l'impression de tanguer au bord du gouffre, pris au piège dans le monde des rêves.
N'était-il pas censé y être dans le monde des rêves? Peu à peu, cette réflexion en main, il réussit à s’éclaircir les idées. Son corps commençait à vouloir reprendre le dessus, mais sa force manquait. Il suffisait seulement d’une aide extérieure pour qu’il puisse revenir dans le monde qu’il se prenait à aimer.

Mais rien. Des perceptions floues de l’extérieur lui venaient. Il sentait des petites vibrations, comme des pas qui se rapprochaient. Des voix aussi. Enfin une voix, familière. Il sentait que son corps lui renvoyait des signes.
Ses yeux se décidèrent enfin à lui répondre. La lumière revint, et les couleurs floues qui l’avaient gardé dans  un autre monde cédèrent place à une lumière vive.
Ses yeux  le picotaient, et il dut fait  un grand effort pour s’adapter. Clignant des yeux encore une fois, il voulait voir où était passée son amie, mais Dakota n’était plus là. Il essaya de se relever, et, s’appuyant contre ce qui semblait être les sièges, il y arriva avec un peu de peine.

Sa tête tournait toujours, et il mit un peu de temps à se souvenir de ce qui s’était passé, et pourquoi ils étaient dans un train. Ses souvenirs perçaient le voile qui l’avait séparé de la réalité, et une phrase que l’adolescente avait dite lui revint en tête. Prenant appui contre les murs, il fit fonctionner ses jambes et sortit du compartiment. Voyant qu'il marchait normalement de nouveau, il se boucha le nez, et s’évertua à regarder dans le vide jusqu’à ce qu’il trouve une porte. Toujours peu sûr d’où il mettait les pieds, il réussit tant bien que mal à trouver ce qui semblait être une porte. Cette ouverture sur l’extérieur donnait naissance au paysage de leur arrêt inattendu, laissant la chaleur lui souffler doucement sur le visage.

Sa vue se troublait, et l’hématophobe craignit qu’une nouvelle perte de conscience se manifeste. Il ne savait même plus s’il en avait ras le bol de passer son temps dans les pommes. Son corps manifestait un sentiment de rejet, et il ne se sentait plus à l’aise dans sa chair. Une envie de tout déchirer le rongeait, de libérer son âme et de trouver enfin la paix. Mais pourquoi tout lâcher maintenant alors qu’il y avait tant de choses à faire. Il se souvint - encore une fois - des paroles de son amie. Ce monde, il fallait le voir comme une chance de guérison. Il pouvait changer, et peut-être qu’un jour il se sentirait libre dans son corps, vivant en cohabitation moins douloureuse avec sa phobie.

Ses yeux s’ouvrirent sur un monde penché. Un mur d’une couleur sablonneuse et terreuse qui semblait aller jusqu’à l’infini. Sa position en était presque confortable.
Le sol exerçait une pression douloureuse sur son visage, et il avait du mal à s’en séparer. Greg voulut faire fonctionner ses bras et ses jambes, mais  elles n’étaient pas où son cerveau se rappelait. Pris de panique, il ouvrit les yeux  un bon coup, et réalisa qu’il était en fait allongé par terre. Sentant ses bras bouger et tâter le sol, il roula sur son dos, et tel une tortue, se remit sur ses pattes. Ses mains étaient à présent sales, couvertes de terre, tout comme ses vêtements. Ses genoux lui étaient douloureux, son visage et ses bras le picotaient.

De nouveau debout, il fit l’erreur d’essayer de se débarbouiller le visage. Des petits cailloux s’en allèrent, et, en redescendant ses bras pour dépoussiérer ses habits qui tenaient encore le coup, il vit les fines lignes de sang qui coulaient le long de ses bras. Instinctivement, il essaya de s’essuyer dans son T-shirt. Son pouls commença à s’accélérer. La vision qu’il subissait était insupportable. Il ne s’était pas trop amoché, mais c’était suffisant pour que sa phobie puisse exprimer son joug. Rien à faire, il essayait d’essuyer le sang, mais il en trouvait toujours plus pour tâcher sa peau. Était-ce là un autre cauchemar?

Perdant tout espoir, il fit fonctionner ses jambes, et vit que la chimère du train était assise plus loin. Elle le regardait. Il s’avança vers elle, pas très sûr de ce qu’il faisait. Elle au moins pourrait lui dire si ce qu’il vivait était vrai. Sa sœur, où était sa sœur ? n’était-elle pas censée être avec lui à cette fête ? Sa tête tanguait, et un coup il voyait ses bras couverts de lignes écarlates, un coup il voyait le visage de sa sœur tentant de l’aider. Mais était-ce vraiment le visage de sa sœur ?

-Madilyn c’est toi ?

Il ne savait plus rien.
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Eve M. Todrovitch

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Maladie mentale : Troubles paranoïaques

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MessageSujet: Re: Promenade de Santé   Mer 22 Avr - 5:37

Eve continuait à se délecter de son cancer en tube en observant les machinistes retourner vers l'avant du train, sans doute pour faire leur compte rendu de l'état des lieux. Les passagers, qui avaient désormais compris que le danger était écarté, étaient de plus en plus nombreux à se risquer à l'extérieur du train pour prendre l'air. Ils discutaient avec ces airs et discours préconçus qui donnaient à la taularde envie de gerber. Les uns étaient bouleversés, d'autres se disaient profondément choqués et promettaient - sans songer à réellement le faire - de demander des comptes à la compagnie ferroviaire, d'autres encore profitaient de l'instant pour fasciner un groupe de gens à l'aide de discours socio-économique qui justifieraient l'augmentation du nombre et de la violence des braquages. Bientôt, les pleurnichards étaient devenus des héros d'un jour qui, bien sûr, "étaient sur le point d'intervenir" ou l'auraient fait si ils n'avaient pas "choisi de rester auprès de leur famille". Pathétique.

Le commérage allait de bon train au sujet des deux femmes qui s'étaient imposées face au danger. Deux voyageuses sans aucun doute. Là encore, tantôt on grossissait leur exploit, tantôt on le minimisait à coup d'arguments dédaigneux. Le fait est que les paires d'yeux qui se tournaient vers la russo-américaine étaient de plus en plus nombreuses et qu'elle s'efforçait de faire preuve d'indifférence. D'ailleurs, et si la presse débarquait pour se nourrir du fait divers de la journée ? Il ne manquerait plus que quelqu'un de la résistance lise le journal et apprenne que leur convalescente, non contente de ne pas être restée plus de 5 min à Tombstone, cassait déjà du bandit sur sa route. Heureusement, la mine maladive d'Eve effaçait l'envie de quiconque de venir lui adresser la parole. Elles pouvaient ainsi tranquillement finir de griller sa cigarette.

Alors qu’elle écrasait sa clope sous son talon, elle vit Gregory sortir péniblement du train pour se vautrer de tout son long sur le sol sec. Ensuite, il fit plusieurs mouvements ridicules pour se relever puis pour s’épousseter. Ce type était… bizarre. En plus d’être précieux, il avait l’air encore plus fragile que sa camarade maigrichonne, ce qui n’était pas peu dire. Quand il s’approcha d’un pas mal-assuré en lui demandant si elle s’appelait Madilyn, il n’y eut que la douleur omniprésente de la paranoïaque pour l’empêcher de se faire un facepalm.

- Non désolé, répondit-elle sans état d’âme, moi c’est Eve, je crois que tu délires.

Heureusement, Dakota arrivait juste à ce moment et pas les mains vides. Un logement provisoire gratuit ? On pouvait dire que le deal était relativement honnête. Là-bas, elle aurait le temps de décider de son avenir. Reprendre le train ou rester sur place ? Un vent doux s’étaient lever, s’engouffrant dans la chevelure noire de la taularde et portant les rumeurs de vieilles sirènes usées. Une file de véhicules d’un autre âge se profilaient à l’horizon, leurs gyrophares affreusement pâles dans la lumière éclatante du soleil.

- Merci, dit Eve après avoir observé les secours un instant, je vais te laisser t’occuper de lui… je crois qu’il est sous le choc, tu devrais peut-être le confier aux ambulanciers.

Elle s’éloigna alors de quelques pas, simplement pour instaurer une marge de pudeur entre elle et ses deux comparses. Autant pour qu’ils puissent discuter tranquillement que parce qu’elle n’avait pas envie de se sentir mêlée à leur duo de façon intime. Manquerait plus qu’elle se sente concernée par le malaise de l’hématophobe. Quelques minutes plus tard, les secours et des agents de morgue étaient là, occupés à évacuer morts et blessés.

Le manège dura un certain temps tandis que le soleil glissait paresseusement vers la ligne d’horizon. L’air devenait lourd et moite, de gros nuages se dessinaient au loin, un orage approchait. Un ambulancier devant avoir eu vent de ses exploits, ou bien il avait repéré sa mine blafarde, parce qu’il s’approcha d’Eve pour lui demander si elle voulait qu’il l’examine. Il fallut insister pour qu’il accepte de la laisser tranquille mais se dirigea alors vers Dakota pour les mêmes raisons. Au final, la russo-américaine eut le temps de griller une autre cigarette avant que leur train soit prêt à repartir. Au-dessus de la tête des passagers, le ciel s’était assombrit à la vitesse de l’éclair. Une première grosse goutte s’écrasa même sur le nez blême de la paranoïaque.

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Dakota Earnshow

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Maladie mentale : Phobophobie

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MessageSujet: Re: Promenade de Santé   Mar 12 Mai - 15:37

Le merci glacial qu'Eve lui servit était suffisant. Dakota n'avait que faire des remerciements enjoués et promesses de retour d'ascenseur. Elle était bien trop occupée à fixer Gregory avec consternation pour en attendre plus que la paranoïaque, de toute façon. Le jeune homme semblait en plein délire, l'air déconnecté de la réalité. Il réclamait encore et encore une certaine Madilyn avec le regard de chien battu dont il avait le secret. Qui était cette femme ? Sa mère ? Sa sœur ? Une amie ? Une fois encore il s'accrochait désespérément à l'espoir qu'une sacro-sainte bonne femme vienne l'aider. Il était plus que temps qu'il se prenne en main.

La gifle partit, son bruit couvert par les hurlements des sirènes des voitures de police. Alors que l'hématophobe affichait un air hébété, comme s'il venait de se réveiller, la gamine le fixa longuement d'un air sévère. Sa main lui faisait mal, elle n'y était pas allé de main morte. Mais ça se révélerait bien plus douloureux de traîner éternellement un poids mort incapable de se gérer dans ce genre de situation.  

- Ça suffit. Lève-toi.

Les ordres tombaient comme des couperets alors que les nuages s’amoncelaient, menaçants, au-dessus de leurs têtes.

- Il n'y a pas de Madilyn. Il n'y a personne pour te sauver. Pas de mère derrière qui courir te cacher. Ici tu ne peux compter que sur toi Gregory, personne ne viendra t'aider. Laisse-toi dominer par ta peur et elle te tuera. Je ne te préserverai pas éternellement de l'horreur de ce monde.

Son regard glacé glissa vers les bras de Gregory, zébrés de sillons rougeâtres. Quel imbécile... On aurait dit qu'il ne tentait même pas de lutter un peu, trop content de se laisser aller dans les méandres de la folie à la moindre goutte de sang. Il répondrait sûrement que ce n'était pas sa faute, qu'il n'avait pas choisi, qu'il avait trop « peur »... mais le fait est qu'il était juste lâche. Il débranchait son cerveau pour oublier, pour ne pas avoir à affronter la réalité. Un magnifique adepte de la technique de l'autruche.

Elle planta son camarade là, sans voir s'il daignait faire un effort pour se comporter en homme ? Ses pas la menèrent près du train contre lequel elle s'adossa, son regard perdu dans la direction d'un hypothétique Candyland. Ils perdaient du temps, trop de temps. Les forces de l'ordre qui évacuaient les cadavres lui semblaient d'une lenteur désespérante. Pendant ce temps, son seul ami avait peut-être des ennuis. Les rumeurs allaient bon train parmi les rescapés, ce qui confirmait la théorie qu'elle avait élaboré après ses négociations avec le personnel du réseau ferroviaire : tout n'allait pas bien, là-bas. Tunnel condamné jusqu'à résolution d'une série de crimes. On parlait même de créatures immondes du nom de dévoreurs dont le hobby serait de dévorer les habitants.

C'était ridicule, improbable... mais ici tout l'était. Après tout ils venaient bien de se faire attaquer par une bande de cowboys alors pourquoi pas ça ? Et si ces bruits étaient vrai, cela signifiait que James était en danger. Dakota s'était rarement sentie aussi impuissante. Lorsqu'un infirmier tenta de s'informer de son état, elle l'envoya paître aussitôt. Ce n'était pas d'elle qu'il fallait s'inquiéter. Qu'ils s'occupent du train, plutôt. Plus vite elle serait arrivée, mieux ce serait.

Lorsque son vœu fut exhaussé, la nuit était tombée depuis une heure déjà. Les nuages d'orage cachaient la lune et déversait des torrents sur les passagers qui avaient fini par trouver refuge à l'intérieur malgré l'odeur nauséeuse de sang qui y régnait. Trempée jusqu'aux os et passablement exténuée, Dakota avait trouvé refuge dans un wagon déserté, si couvert de sang que personne n'avait voulu y monter. Rester dans leur petit compartiment avec Eve et Gregory était bien la dernière chose dont elle avait envie. Elle avait besoin de silence. De sommeil aussi. Cet endroit glauque à souhait ferait l'affaire et puis, après tout... un peu plus de sang dans la journée ne changerait pas grand chose à la donne. C'est dans cette atmosphère humide et ferreuse que Dakota finit par s'assoupir, s'abandonnant à un sommeil sans rêves.

Le crissement désagréable des freins la tira de sa léthargie. Dehors, il faisait encore nuit noire mais il avait cessé de pleuvoir. Le train s'était arrêté sur le quai d'une gare de taille respectable, déserte à cette heure.

- Notre train arrive en gare de Candyland ! Ceci est le terminus du train, nous invitons donc tous les passagers à descendre. Veillez à ne pas oublier vos bagages à bord ! Notre compagnie se tient à votre disposition pour tout besoin de soutien psychologique suite à l'incident survenu pendant notre voyage...

Un incident ? Comment ce mot aurait-il pu qualifier ce qui s'était passé ? Eux aussi tentait de nier la réalité, probablement dans l'espoir de ne pas subir trop de plaintes de la part des rescapés. Le monde était décidément débordant de couard qui fuyaient la queue entre les jambes à la moindre occasion.

Dakota se releva dans un craquement d'os, ses genoux ayant souffert d'être resté trop longtemps dans une même position. Elle chassa la douleur dans ses membres comme s'il s'était agi d'un simple insecte et retourna au compartiment pour récupérer sa hotte que Chouette avait vaillamment gardé pendant son absence. Après l'avoir chargé sur son dos et vérifié que James-le-chat dormait encore à l'intérieur, Dak' se tourna vers Gregory.

- Il faut qu'on trouve l'hôtel dans lequel on nous a réservé des chambres. Tu viens ?

Ses prunelles bleues se tournèrent vers Eve en une invitation silencieuse, faite presque à reculons.

>> Direction les abords de Candyland

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