AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerboutiqueConnexion

Partagez | 
 

 QG de la résistance

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Eve M. Todrovitch

avatar

Maladie mentale : Troubles paranoïaques

Messages : 316

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 485,5 rubz

MessageSujet: QG de la résistance   Mer 18 Juil - 21:16

Viens de Bolbec ou les crampons de la justice


Les yeux glacés de la taularde absolument pas départis de sa fureur sourde se posèrent sur l’adolescente lorsqu’elle parla de « terroristes voyageurs ». En quoi cela était-il censé lui rendre service ? Dans son imaginaire d’étasunienne du monde réel, les terroristes n’avaient pas vraiment le beau rôle, et ressemblaient souvent à des cinglés qui faisaient péter des bombes au nom d’un dieu quelconque. Elle n’eut toutefois pas le temps de faire connaitre à Jade le fond de sa pensée concernant sa proposition car le pendentif qu’elle triturait depuis quelques secondes se mit à parler.

« QG de la résistance voyageuse » ? La russo-américaine crut même à une blague pendant quelques instants. Après ce qu’elle avait vécu à Elipse, c’était évident que les « résistants » œuvraient certainement contre les méthodes employées à l’encontre des gens comme eux. S’il s’agissait réellement de la base centrale du mouvement, nul doute que là-bas se trouverait ce qu’elle cherchait : notamment des informations sur… sur tout. Dreamland, son fonctionnement, ses règles, comment en sortir, tout lui serait utile ; tout ce qui lui permettre d’orienter ses projets d’avenir sur autre chose que « survivre ».

Il sembla que les personnes communiquant au travers le bijou connaissaient déjà Jade. C’était un comble ! Depuis la veille ils trimaient à marcher dans la plaine félicité pour tenter de trouver un cap viable, et la psychotique avait la solution autour de son cou depuis le début. Le brusque téléport imposé par le QG l’empêcha de faire une remarque à ce sujet. Dire que tout s’était passé avec comme toile de fond sonore une chanson profondément ridicule, la paranoïaque crut sincèrement que quelqu’un se payait sa tête.

Pourtant, elle apparut soudainement dans une pièce inconnue remplie d’individus dont certaines étaient armés. D’accord. Eve savait reconnaitre un comité d’accueil sérieux quand elle en voyait un et qui que soient les personnes qui les avaient amenés ici, ils n’étaient pas n’importe qui. Son visage ayant recouvert son illisibilité habituelle, ses yeux inexpressifs balayaient les rangs de résistants, comme si une réponse allait s’inscrire sur le front de l’un d’entre eux. Pas de fenêtre, pas de meuble, rien d’autre qu’une étrange cabine dans un coin dont elle ne devinait pas l’utilité.

Une femme s’approcha alors. Une grande brune aux jambes interminables, ses cheveux au dégradé inversé frôlant à peine de milieu de sa nuque. Ses yeux d’un noir profond légèrement en amande détaillèrent un instant le trio, avant qu’elle ne prenne la parole :

- Enchantée Jade Martins, et vous êtes ? demanda-t-elle en s’adressant aux complices de la psychotique avant de poursuivre, excusez ce rapatriement hâtif, vous aviez peut-être des projets avant d’activer votre collier « involontairement » ?

La taularde marqua une hésitation. Elle détestait se livrer directement, sans aucune précaution, mais le fait est qu’elle était coincée. La seule issue de la pièce se trouvait de l’autre coté d’un rempart de gardes, et dieu sait ce qui l’attendait encore dehors ? En admettant qu’il s’agisse réellement du QG de la résistance voyageuse, le concept évoqué par le nom lui plaisait. Collaborer avec ces gens pourraient bien être une alternative intéressante, bien plus que d’errer sans but. Plantant ses prunelles froides dans les gouffres sombres de la femme qui les accueillait, la russo-américaine répondit sans la moindre émotion :

- Eve Magdalena Todrovitch. Elle rejeta sa chevelure noire dans son dos et posa ses mains sur ses hanches. Je ne suis ici que depuis avant-hier, alors je ne suis pas encore très… au fait de ce qui se passe dans ce monde, mais je voulais justement rencontrer des gens qui pourraient m’aider à le comprendre.

Dans ses yeux marron passa une très vague lueur d’indécision, dansant avec la folie qui l’imprégnait, puis elle se dissipa quand ses pupilles retrouvèrent la parfaite dureté de la glace.

- Le comprendre, le connaitre, savoir comment aller et venir, être utile à quelque chose… n’importe quoi tant que ça me convient et que ça me permet de ne pas qu'être une simple bête traquée qui se bat pour survivre.

Ça, elle savait ce que c’était. La jungle de la prison lui avait appris mieux que quoi que ce soit d’autre, à tout juste 22 ans, mais ce genre de vie n’avait aucun d’avenir. Oh bien sûr, comme dans toutes les autres, c’était la mort qui se trouvait au bout. A la différence qu’elle était souvent violente, injuste et à jamais impunie. A cette pensée, la bête logée dans ses entrailles ne put s’empêcher de pousser un grognement avide de chair fraîche, qui se traduisit à haute voix par une conclusion glaciale :

- Si je peux régler quelques comptes avec les anti-voyageurs au passage, ça sera tant mieux.

Ça lui avait échappé, pensée évadée de son encéphale malade. Eve ne cillait pratiquement plus, maintenant le regard de son interlocutrice. Elle avait hâte désormais, de savoir ce que la résistance avait à lui proposer, à lui offrir, ou à lui vendre. L’or des Leprechauns était déjà loin dans son esprit paranoïaque, elle n’entrevoyait que l’aubaine d’avoir été emmenée ici trois jour après son premier voyage.

_________________
♫ Le sang épais & chaud galvanise mes mains . Mon cœur, par terre, emprunte le chemin qui mène à l'horreur d'une excitation morbide . ♪
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Le Marchand de sable

avatar

Messages : 355

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Jeu 19 Juil - 16:59

Alors que Luigi finissait de pousser la chansonnette à l’intérieur de sa cabine aménagée, trois voyageurs apparurent devant l’assemblée réunie plus à titre préventif que pour un chaleureux accueil. D’ailleurs aucun d’eux ne pipa mot lorsque les yeux des arrivants se posèrent su eux, laissant à Angua –la gestionnaire des appels d’urgence- le loisir d’engager la conversation. Mais s’ils étaient muets ils n’étaient pas sourd, d’ailleurs l’un d’eux adossé au mur du fond entendait bien plus que ce qu’Eve, Jade et Charlie auraient voulu révéler. Son esprit sondait les leurs, captait leurs pensées, leurs émotions… ciblait les mensonges et soulignait les vérités au stylo rouge.

Lorsqu’Angua tourna la tête vers lui après les premières déclarations de la paranoïaque il hocha la tête pour signifier qu’ils étaient « clean ». Oh, pas sains d’esprit, personne ne l’était ici. Mais ils ne risquaient pas de tenter une attaque surprise et c’était déjà pas mal. Aucun des trois débarqués n’avait d’intentions malsaines à leur égard même si l’homme se promettait de toucher deux mots à l’entremetteuse concernant la maladie de la donzelle. Après tout son karma virait aussi vite qu’une girouette face au vent et il vaudrait mieux la garder à l’œil juste au cas ou.

- Que de bonne volonté après seulement quelques jours passés à Dreamland ! s’exclama la grande brune avec un éclat de rire, Un peu emphatique mais pourquoi pas !

Il était évident que Jade, l’adolescente qui avait attiré leur attention, se faisait complètement écraser par son ainée. Attendre une réaction de sa part pour l’instant aurait probablement été une perte de temps précieux aussi leur hôte d’accueil les entraina-t-elle à sa suite à travers une foule de couloirs taillés dans la roche, si ressemblant qu’il aurait été impossible après une centaine de mètres de retrouver la salle d’où ils provenaient. Les portes se succédaient, tantôt fermées à double tour et d’autres fois grandes ouvertes en signe d’invitation jusqu’à ce que le groupe s’arrête devant l’une d’elle.

Après avoir toqué deux fois Angua pénétra dans la pièce en faisant signe aux autres de la suivre après quoi elle leur faussa compagnie, les laissant seuls face à un bureau vide non sans leur avoir dit que l’un des responsables du lieu allait bientôt arriver pour leur parler. L’endroit était sans fioritures, l’exemple parfait de la sobriété. Tout y était rangé avec un soin maniaque jusqu’aux feuilles de papier empilés avec une précision telle qu’on aurait pu croire que le propriétaire du lieu les avait ajusté pour qu’aucun millimètre de papier ne dépasse d’un côté ou de l’autre. Les seules décorations murales étaient une vieille horloge et une peinture accrochée au-dessus du bureau en bois massif, une japonaiserie quelconque représentant des carpes koi. La seule exception à l’austérité du lieu était la véritable armée de grue origami attachées au plafond à l’aide de fils à peine visible. Il devait y en avoir un millier au bas mot, peut-être même plus.

Une minute passa, puis deux, puis trois…

Et soudain le petit meuble de rangement à droite du bureau donna l’impression de se désagréger. Non, plutôt de s’effeuiller. Comme s’il était sujet à une exfoliation massive il partait en couche fines semblables à des peaux mortes étrangement fines et rectangulaire comme s’il ne s’était agi de rien d’autre que de vulgaire papier. Peut-être parce que c’était effectivement le cas.

- Désolé pour ce petit effet, mais j’aime pouvoir observer les réactions des gens à leur insu. Il est si facile pour certains de mentir que je souhaitais m’assurer que vous n’aviez pas de mauvaises intentions en « lisant » en vous. Vous ne m’en tiendrez pas rigueur j’espère ?

Cette voix fragile et douce appartenait à une femme aux traits asiatiques qui ne devait pas dépasser le mètre soixante. Ses longs cheveux corbeau lui tombaient jusqu’aux cuisses, drapant comme un châle son corps engoncé dans un kimono rouge vif décoré de fleurs de lotus. Son regard sombre était timide, fuyant et pourtant… elle en imposait autant qu’un mastodonte aux muscles saillants alors qu'elle avait la stature d'une enfant frêle. Son petit tour de passe-passe n’y était pas pour rien mais ce n’était pas tout.

- Prenez un siège, je conçois que la suite d’évènements précipités que vous venez de subir vous laissent un peu déboussolés. En temps normal nous ne vous aurions pas amené ici mais lorsque nous avons appris l’identité de l’un de vous ça a titillé notre curiosité…

Sa main minuscule désigna avec grâce trois sièges qui se recomposaient en parallèle à partir des feuilles qui avaient servis à faire le meuble disparu, comme un puzzle en 3D réalisé en accéléré juste sous leurs yeux. Elle prit place de l’autre côté du bureau et posa sagement ses mains sur ses genoux comme un écolier avant d’enfin exposer ce que la résistance attendait d’eux.

- Mais commençons par le commencement. Je m’appelle Yoko Aoi, mais les gens ici me préfèrent le surnom de Miss Paper. Je suis l’une des responsables de ce lieu. Normalement la personne en charge du recrutement est tout autre mais elle a comme qui dirait « disparu ». Une nouvelle lubie je suppose.

Yoko poussa un profond soupir en levant les yeux au ciel avant de les reporter sur le groupe.

- Par le biais du Dreamland soir et de quelques informateurs nous savons déjà beaucoup de vous, Jade. D’ailleurs votre double est devenu récemment adepte ? Choix intriguant, mais j’ai cru comprendre qu’il n’y avait pas réellement eu « choix »… on voyait bien qu’elle n’approuvait pas mais consentait à croire à la notion d’obligation, Bref. Votre expérience de la nuit sanglante, votre parcours d’esclave, votre évasion alors que Léviathan lui-même vous avait acheté, tout autant de choses qui nous font penser que vos intérêts sont les nôtres. Et par conséquent ceux de vos compagnons aussi.

Pas l’ombre d’un sourire ne passa sur son visage, pas plus qu’elle n’esquissa un geste. Le seul mouvement perceptible dans le bureau était le léger mouvement de balancier des grues au-dessus de leurs têtes comme sous l’action d’une brise invisible.

- Comme vous l’aurez compris j’aimerai savoir si vous seriez intéressés par le fait de rejoindre nos rangs.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jade Martins

avatar

Maladie mentale : Troubles dissociatifs de la personnalité

Messages : 1244

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 2268 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Jeu 19 Juil - 20:16

Tout était trop rapide, elle n’était pas prête, elle ne voulait pas… Et cette atroce impression d’être compressée ! Jade avait le sentiment d’avoir déjà vécu ça et tout le revint d’un coup lorsqu’elle ouvrit les yeux sur le monde réel pour replonger aussitôt à Dreamland. Quand elle apparut dans le QG de la résistance, l’adolescente avait mis le doigt sur le souvenir en question : son travail pour la petite souris. C’était d’ailleurs la même chanson que cette nuit-là dont les dernières notes résonnaient dans l’espace caverneux avant de mourir dans un série d’échos. Pourtant ici pas de vieillard édenté ni de mission de récolte dentaire, juste un comité d’accueil plutôt musclé qui s’enquérait de leurs engagements politiques.

La question semblait piégée, aussi la psychotique fut soulagée de voir Eve prendre la parole même si son excès de ferveur la mettait mal à l’aise. Leur cause était peut-être juste mais les moyens employés étaient trop violents. Dans sa tête « terroriste » rimait avec attentat, bombe, kamikaze, et rien de tout ça n’était très engageant. Au fil de la discussion elle avait blêmit jusqu’à n’avoir plus qu’une pâleur de craie, inquiète de ce qui attendait leur troupe.

Oh, ne pensez pas qu’elle soit idiote. Elle se doutait bien de ce qu’on attendait d’elle et c’était bien ça qui lui causait une horrible boule au ventre et des débuts de vertiges. Pire encore, avec la paranoïaque qui accepterait plutôt deux fois qu’une elle se verrait forcée de suivre le mouvement pour ne pas retrouver sa solitude d’antan. Suivre comme elle le faisait déjà dans cette myriade de couloirs faits d’une nuance de gris mornes où la perspective de vivre n’était pas bien réjouissante.

Le bureau où on les abandonna ressemblait à celui de sa prof de maths de quatrième, une vieille à l’air pincé qui lui mettait colle sur colle juste parce qu’elle discutait trop en classe. Combien d’heures avait-elle passé dans cette pièce austère ? Assez pour avoir des ampoules aux mains à force de recopier des lignes. Quant aux origamis qui pendaient du plafond elle n’était pas sûre que ça égaye le tout. Du point de vue de la mauvaise jumelle ça lui donnait plutôt l’impression d’être épiée. Elle avait la sensation d’un regard qui lui brûlait la peau depuis qu’elle avait pénétré dans cette pièce et attendait désormais avec impatience l’arrivée de la personne qui lui permettrait, après un discours sans doute, de quitter cet endroit.

Elle frôla la crise cardiaque quand un meuble se changea en femme et capta à peine les premières explications qu’on lui donna sous l’effet de la stupeur. L’adolescente s’assit sur sa chaise comme un automate en se demandant si elle résisterait à son poids et écouta jusqu’au bout ce qu’on avait à lui dire. On en savait bien trop sur elle pour qu’elle se sente à l’aise, aussi Jay se ratatinait progressivement sur son siège dans l’espoir de disparaitre dans le dossier –sans grand succès cela dit.

Puis ce fut le moment fatidique où l’interlocuteur s’accrochait à ses lèvres pour avoir sa réponse. Si seulement elle avait su laquelle donner ! Son regard errait de Miss Paper à Eve, glissant sur Charlie pour le cas où il aurait montré lui aussi des signes de refus… mais rien. Niet. Nada. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire au bon Dieu pour mériter ça ?

- J’ai eu en effet pas mal de conflits avec les Dreamlandiens, commença-t-elle en choisissant soigneusement ses mots, Mais de là à rejoindre un groupuscule terroriste… je veux dire détruire des tours ce n’est pas mon truc. Ni tuer des gens. Tout ce que je veux c’est me soigner et rentrer chez moi.

Au fil de son discours son filet de voix c’était fait de moins en moins audible et à son terme elle baissait tellement les yeux que ses cheveux décolorés masquaient son visage. Honte et peur se mélaient dans son cœur en un cocktail explosif. La psychotique avait l’impression qu’un refus serait mal vu et lui offrirait les foudres de la résistance voir la mort et ce n’était pas le genre de projets qu’elle avait en tête. Ses mains crispées sur les jambes de sa combinaison elle finit par reprendre avec un ton presque geignard :

- Je n’ai rien contre vous, je suis sure que vous avez vos raisons, que votre cause est juste au fond mais j’ai juste pas le courage de faire tout ça. Je n’ai que 17 ans et… ce que vous avez devant vous n’est que la moitié de moi-même. Dans cet état je ne serais même pas capable d’écraser un cafard. Non vraiment, je crois que vous perdez votre temps avec moi. Je ne vous serais d’aucune utilité…

Jade se plombait comme jamais dans l’espoir qu’on ne la détrompe pas mais malheureusement la lueur d’intérêt dans le regard sombre de leur hôte ne disparaissait pas, bien au contraire.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exil.hypeforum.net
Eve M. Todrovitch

avatar

Maladie mentale : Troubles paranoïaques

Messages : 316

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 485,5 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Jeu 19 Juil - 21:42

De la bonne volonté ? Pas vraiment. Plutôt le choix d’un animal qui était enfermé depuis trop longtemps. D’aussi loin qu’elle se souvenait, Eve avait toujours eu l’impression que sa vie n’était qu’un jouet fragile. L’objet des injustices d’un monde qui n’avait aucune considération pour elle. Elle avait été un parasite, une camarade que personne ne voulait aimer, une adolescente révoltée, puis une jeune femme anéantie. Que restait-il de son humanité ? Sinon des morceaux filandreux de raison pendu sur la stature de sa folie. Errer et survivre comme un chat sauvage, elle connaissait déjà. Si Dreamland était une autre dimension, c’était l’occasion de se forger une autre existence ; qui substituerait à la principale tant qu’elle serait enfermée dans ce rêve.

Bien entendu, sa rage contenue comme une fureur bestiale se cachait derrière ses choix. Faire payer à la population locale ses injustices au centuple. L’expérience de ses premières heures dans le monde onirique était gravée au fer rouge dans sa mémoire : une chasse stupide où il n’y avait aucune règle. Eve ne voulait pas d’une vie comme celle de Yoru, ou celle de Jade ; tapissée de mésaventures hasardeuses, ballotée par le destin.

On emmena le trio au travers une série de couloirs taillés dans la roche. Même si elle ne laissait rien paraitre, la taularde devait admettre qu’elle était sincèrement impressionnée par l’ampleur de l’organisation. Ce n’était pas un petit groupuscule caché dans taudis qui prétendait refaire le monde sans mettre le nez dehors. Tout était imprégné d’une aura de puissance, d’importance, qui suffisait à lui faire comprendre qu’elle pouvait se faire aider aussi facilement que se faire liquider. Quelque part, elle n’aurait jamais imaginé que les voyageurs puissent être si nombreux. C’était presque comme découvrir des membres de sa famille dans une terre hostile… presque.

La pièce qui les attendait était pratiquement vide, pour ne pas changer, à l’exception des milliers de grues en origami suspendues au plafond. Elles avaient l’air de flotter, comme soutenue par une force invisible. Eve ne pouvait détacher son regard glacé des oiseaux de papiers, jusqu’à ce que l’un des meubles se change en femme asiatique à la carrure d’enfant. Pourtant, cette dernière avait un charisme écrasant, une aura de force qui faisait réaliser à la détenue ô combien dans ce monde-ci, les règles étaient différentes.

Ici, la force de ses poings ne lui permettrait pas d’imposer le respect, comme le milieu carcéral le lui avait appris. Là était toute l’importance des pouvoirs. La russo americaine qui n’avait jusque là vu à l’œuvre que des capacités ridicules comprit combien ses semblables pouvaient être puissants et effrayants. Yoko était frêle, mais il n’y avait aucun doute qu’elle saurait la tuer en un claquement de doigt. C’était quelque chose que son instinct de prédateur ressentait avec une excitation dénuée de peur.

A la question posée, Jade répondit la première, prétextant n’absolument pas avoir sa place parmi les terroristes. La taularde la dévisageait de ses yeux inexpressifs, jaugea à quel point cette adolescente était dangereusement naïve. Elle aurait aimé essayer de lui faire comprendre, lui faire intégrer la force du néant qui les enveloppait, contre laquelle ils devaient se battre sans relâche.

- Vous permettez ? glissa-t-elle à Miss Paper avant d’entrainer sa comparse quelques pas en arrière.

C’était illusoire de croire que ça les isolait complètement, mais ça marquait bien le caractère « privé » de ce qu’elle allait lui dire à mi-voix.

- Dis-moi Jade, tu es croyante n’est-ce pas ? une simple intuition qu’avait Eve. Elle reprit avec un ton inlassablement dénué d’émotions, est-ce que tu as une seule fois vu dieu intervenir pour toi ? Pour un proche ? Je parie que non. Tu sais, ma mère était gentille aussi… vraiment comme toi. Elle se battait, avec mon père et après sans lui, pour que je puisse avoir tout ce dont j’avais besoin pendant mon enfance. Quitte à travailler pour un vieux dégueulasse qui la touchait tous les jours.

Pour la première fois, sa voix parut frémir. Pas de tristesse, ou de trouble, mais d’une folie glacée qui courait dans ses veines, ramenant à son encéphale les souvenirs violents des moments les plus sinistres de sa vie.

- Tu crois que ça l’a empêchée de se faire violer et tuer dans une ruelle ? Non. Dieu n’a rien foutu, c’est moi qui ait du punir ce porc. Moi toute seule et j’avais ton âge… ce que je veux dire, ajouta-t-elle après un instant de flottement, c’est que la gentillesse ne sert à rien, tout comme le prétexte que tu n’as que 17 ans n’est qu’une échappatoire de gamine. Rien qu'aujourd’hui, tu aurais pu finir entre les mains d’un psychopathe capable de massacrer trois gars sans broncher… juste parce que tu es « gentille ».

La manière dont la russo-américaine avait accentué le mot montrait bien que derrière, se cachait le double sens « conne », mais elle ne le dit pas directement. Elle ne le dit pas, parce qu’elle espérait que la jeune fille comprenne l’importance de…

- Se faire justice soi-même, il n’y a que comme ça que tu peux espérer rétablir les injustices qu’on te cause… ou bien tu pourras passer ta vie entière à t’écraser. Crois-moi.

Que serait-elle devenue si elle avait plié d’abord ? En admettant qu’elle n’ait jamais eut ce caractère brûlant, qu’elle n’ait jamais entamé sa série de meurtres par le tueur de sa mère. Sans doute aujourd’hui serait-elle une serveuse minable, dans un fast-food minable, pour gagner un salaire minable qui lui permettrait de payer le loyer de son appartement minable. Une fille obligée de survivre trop tôt par elle-même, sans aucun soutien, aucun héritage de valeur, sans rien d’autres qu’une aura souillée par la mort et le désespoir.

Etait-elle mieux en prison ? A purger une peine qui ne se finirait que pour qu’elle en purge une autre, à vie, surveillée comme une folle dangereuse. Oui. Non. Elle ne savait pas trop. Au moins, elle n’avait pas été le cafard, ou en tout cas, personne n’avait encore de semelle assez solide pour la ratatiner. Se retournant alors vers Yoko, elle demanda en refaisant quelques pas vers elle :

- On servirait à quoi exactement ? « Détruire les tours et tuer des gens » comme l’a dit Jade, ça ne me parle pas beaucoup ; et malgré… tout le respect que je vous dois, je n’aime pas signer un contrat sans savoir ce qu’il implique. Quels sont vos intérêts à vous ?

_________________
♫ Le sang épais & chaud galvanise mes mains . Mon cœur, par terre, emprunte le chemin qui mène à l'horreur d'une excitation morbide . ♪
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Le Marchand de sable

avatar

Messages : 355

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Ven 20 Juil - 20:08

Elle n’avait jamais été très à l’aise quand il s’agissait de parler, mais pour ce qui était de débattre et de convaincre c’était un véritable calvaire. Miss Paper se serait bien passé du refus hésitant de Jade. Elle sentait bien que la volonté de l’adolescente serait facile à faire ployer et avoir l’opportunité d’un agent double avec des capacités certaines –quoi qu’encore un peu faibles- était une occasion à ne pas manquer. Voir la brune au regard glacé endosser le rôle du négociateur était un soulagement en soit mais ce ne serait pas suffisant. Yoko retint donc de justesse un soupir avant de se résoudre à prendre la parole de nouveau, ne serait-ce que pour éclairer Eve concernant leurs potentielles missions.

- Je comprends cette hésitation, c’est pourquoi je vais répondre à mademoiselle… elle marqua une pause durant laquelle elle laissa à la paranoïaque l’opportunité de se présenter, Todrovitch. Notre but principal est de briser les liens entre le monde réel et celui où nous nous trouvons. Certaines recherches nous ont permis d’entrevoir la possibilité d’une conservation des pouvoirs dans le monde réel et c’est ce que recherchent la majorité d’entre nous. D’autres cherchent à détruire les tours, ces liens, pour rendre service à la population alentour. Il faut savoir que la majorité des gardiens sont des despotes qui asservissent les habitants des villes alentours.

Des égoïstes, des bienfaiteurs, si différents et pourtant unis dans un même objectif. Mais ce n’était pas tout.

- Certains cherchent aussi simplement à améliorer leurs conditions de vie. Vous n’êtes pas sans savoir comme Dreamland peut être une terre hostile pour les gens comme nous, et dans les cas des comateux incapables de quitter cet endroit il devient une nécessiter de faire bouger les choses dans le bon sens. La haine des elipsiens est féroce mais ils ne sont pas seuls à nourrir ce genre de sentiment. Créer un endroit où nous pourrons vivre en paix sans crainte de voir nos maisons brûler est aussi l’un de nos objectifs. En somme nos buts sont divers, du désir de puissance à la mission humanitaire en passant par la simple survie. C’est aussi une manière de recomposer une famille je suppose.

Pour sa part ? Elle le faisait pour un peu toutes ces raisons et pour aucune à la fois. Elle n’avait jamais vraiment aimé les combats et aspirait donc autant à une vie paisible qu’aux capacités de défendre non seulement sa personne mais aussi ses semblables. L’asiatique croyait en ce qu’elle disait avec cette ferveur placide qui la caractérisait et ça se voyait. Ne restait plus qu’à régler un dernier point qui l’avait fait tiquer lors du discours de Jade.

- Et je ne sais pas qui a bien pu vous mettre en tête que nous étions là pour « tuer des gens ». Bien sûr il serait utopique que de dire qu’aucun des camps ne subit de pertes, mais c’est loin d’être un but que l’on poursuit. Un moyen pour une finalité, moyen que je ne prise guère soit dit en passant.

Sa bouche se plissa légèrement, donnant un air dégouté à ses traits enfantins. Si les voyageurs même se mettaient à croire toutes les âneries sorties de la bouche des dreamlandiens ils n’iraient pas loin. Oh, bien sûr certains de ses camarades comme Aston étaient adeptes des méthodes expéditives et peu sélectives mais ça ne concernait qu’une infime partie des membres de leur mouvement.

Son regard glissa tour à tour sur les trois voyageurs après quoi Yoko joignit des mains sous son menton pour s’en servir d’appui. Cette discussion avait déjà trop duré et elle n’aspirait qu’à une retraite solitaire, il était plus que temps de leurs faire faire un choix.

- Si vous nous rejoignez vous ne serez pas forcément affectés à une unité de combat. Nous avons de nombreuses équipes de recrutement, de renseignement, de mission humanitaire. En échange de missions accomplies en notre nom nous vous offrirons gite, couvert mais aussi soutien moral. Mieux que ça… un sens à vos pérégrinations chimériques. Nous n’attendons pas de vous que vous deveniez des bêtes sanguinaires mais juste que vous œuvriez à nos côtés pour un monde meilleur. Je vous laisse quelques minutes pour vous décider, après quoi nous vous renverrons d’où vous venez ou vous offrirons de plus amples informations selon la réponse donnée. Prenez-votre temps.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jade Martins

avatar

Maladie mentale : Troubles dissociatifs de la personnalité

Messages : 1244

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 2268 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Ven 20 Juil - 20:47

Se déprécier n’avait servi à rien d’autre qu’à s’attirer les foudres d’Eve. Bientôt une main d’une fermeté effrayante se referma sur son poignet et l’extirpa de son siège pour l’éloigner de quelques pas. Un couinement plaintif s’échappa de ses jolies lèvres mais ça n’empêcha pas la taularde de lui faire la morale –encore- en blâmant Dieu, les Hommes et la désespérante gentillesse de la bonne jumelle. Jade avait rarement eu autant envie de fuir quelqu’un mais elle n’avait d’autre choix que de subir ce sermon jusqu’au bout. Elle comprenait bien que les intentions de la jeune femme qui lui faisait face étaient de la mettre en garde pour la préserver mais elle n’arrivait pas à épouser son jugement. C’était trop… extrême et paranoïaque à son goût.

La psychotique frissonna violemment lorsque le meurtre de sang-froid fut avoué avec une fierté évidente. Et c’était Peter le psychopathe ? Non vraiment ça en devenait comique ! Le pire était qu’elle ne pouvait se permettre autre chose que de fixer le bout de ses bottes fourrées de peur qu’un mot de travers ne soit la source d’une mort violente. Eve avait la main lourde concernant la batte de base-ball et la dernière envie de Jay était de voir son crâne défoncé.

- Je… je ne suis pas… pas vraiment d’a… balbutia la blonde si bas que personne d’autre qu’elle ne pouvait la comprendre.

Bien sûr ça eut l’impact d’un pet de mouche dans un ouragan et on lui fit bientôt réintégrer son siège comme une enfant n’ayant qu’à obéir à ses parents. Elle espérait que si son refus n’avait servi à rien face à la volonté de fer de la reprise de justice il aurait su faire comprendre à cette « Miss Paper » qu’elle ne comptait pas s’éterniser dans le coin. Ô combien elle se trompait…

L’asiatique disait comprendre mais pourtant elle s’évertuait à lui prouver par A+B qu’elle faisait le mauvais choix. Il fallait dire qu’elle ne prenait pas cette peine pour rien, son discours se révélant bien plus convainquant que celui de sa camarade. Elle se fichait bien d’augmenter sa puissance ou de garder ses pouvoirs, mais l’idée d’un havre de paix dans ce monde de folie avait de quoi faire rêver. Le fait qu’on n’attende pas d’elle qu’elle prenne les armes était aussi un soulagement. Tout bien considéré rejoindre cette résistance n’était peut-être pas complètement incompatible avec son caractère. Mais – car il y avait toujours un « mais »- elle ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une appréhension légitime.

Admettons qu’elle rejoigne le mouvement, que devenait Elie ? Elle faisait partie des ennemis à combattre étant donné qu’elle protégeait une tour, et comme l’une et l’autre n’étaient que les deux moitiés d’un tout cela voudrait dire qu’elle serait à la fois adepte et résistante ? Une sorte d’agent double ? C’était un coup à ce que ça vous retombe sur le coin de la gueule.

Ce fut son tour d’entrainer Charlie et Eve à part cette fois, action tout aussi inutile que la première fois étant donné que Miss Paper pouvait probablement les entendre d’ici mais peu importait. Elle avait besoin de l’avis de quelqu’un d’extérieur, n’importe qui. Juste pour se dire que si les choses tournaient mal ce ne serait pas uniquement de sa faute. Son cœur fragile n’aurait pas supporté le poids de la culpabilité de la mort de son double si jamais Kay et Chayan venait à apprendre le rôle qu’elle s’apprêtait à endosser.

- Bon à la rigueur pourquoi pas tant que j’ai pas à me battre mais je suis pas sure que ce soit une bonne idée. Elie, mon double… comme Miss Paper l’a dit plus tôt elle est devenue adepte. Comment je pourrais être dans les deux camps à la fois ? J’ai pas l’étoffe d’un agent double, tout ce qu’on va gagner elle et moi c’est de se faire tuer. Elle déteste ses gardiens, mais apparemment ils lisent plus ou moins dans les pensées et s’ils venaient à apprendre que j’ai intégré la résistance j’ai peur qu’ils lui fassent du mal.

Ses mains se crispaient tellement l’une sur l’autre que ses ongles mordaient sa chair mais l’adolescente ne semblait pas s’en rendre compte malgré les gouttes de sang qui perlaient des fines plaies en forme de croissant de lune.

- Je ne vous empêche pas d’accepter, mais comment je pourrais le faire l’esprit tranquille ? Avoir une maison, des soutiens je suis pas contre, mais pas si ça doit causer ma demi mort. A la rigueur si personne ici ne savait qui j’étais et qu’il n’y avait aucune chance que l’information s’échappe mais là, comme ça c’est juste angoissant…

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exil.hypeforum.net
Eve M. Todrovitch

avatar

Maladie mentale : Troubles paranoïaques

Messages : 316

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 485,5 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Ven 20 Juil - 22:26

- Todrovitch, informa la taularde qui prêta alors une oreille attentive aux explications de Yoko.

Se déroula alors un tapis de raisons, d’objectifs, dont la plupart résonnait avec consonance dans l’esprit de la paranoïaque. Briser le règne de despotes ? Créer un endroit où les voyageurs pourraient vivre sans craindre une injustice institutionnalisée ? Ça paraissait presque trop beau pour être vrai, mais la dénommée Miss Paper semblait réellement croire en ce qu’elle projetait. Eve était de celles qui pensaient que les grandes fins pouvaient justifiées des moyens expéditifs, et avoir du sang sur les mains ne lui faisait pas peur. Depuis la première fois, ça ne lui avait rien fait, comme si son karma était déjà chargé de ténèbres depuis sa naissance ; comme si elle y avait été prédestinée. La cerise sur le gâteau fût lorsque leur hôte parla de donner un sens à leurs pérégrinations.

Si le père Noël devait s’incarner un jour pour la russo-américaine, il prendrait certainement les traits de la petite asiatique. Obtenir gite, couvert, et fil conducteur en échange de missions en parfaite corrélation avec ses convictions ? La résistance apparaissait comme l’unique endroit où elle aurait sa chance de balayer les injustices d’un revers de main, un endroit où elle ne serait plus la créature traquée et écrasée. Toutefois, Eve ne croyait plus au conte de fée et se doutait bien des cotés les moins reluisants qui existaient dans le fait de travailler dans une telle organisation… à commencer, sans doute, par celle de lui appartenir corps et âme.

Pas le temps de pousser la réflexion, Jade l’entrainait encore une fois à l’écart, pour lui confier cette fois qu’elle serait peut-être d’accord « mais »…. c’était malgré tout en bonne voie. Tant que la détenue posa une main sur l’épaule de l’adolescente. Protectrice, presque maternelle, à des lieux de la poigne trop ferme exercée précédemment.

- Tant que tu restes avec moi, ça ira pour toi, lâcha-t-elle avec une douceur surprenante quand on connaissait ses habitudes, pour ton double… il suffirait de garder le secret, tu ne crois pas ? C’est le principe élémentaire d’un agent double. Même ton autre « moitié » ne devra pas savoir, pour votre bien à toutes les deux. Tu sauras faire ça ?

Ses yeux sans émotions se levèrent un instant vers Miss Paper avant de revenir à la psychotique. Un infime sourire en coin fit frémir la commissure de ses lèvres alors qu’elle ajouta :

- Et puis, ils auront peut-être de quoi t’aider à cacher ton identité ici… je dirai même que le contraire me surprendrait.

Sa main quitta l’épaule de Jade et dès lors, la taularde recouvrit sa froideur de glace. Carcasse de femme habitée par un esprit décharné. Une bête chimérique prisonnière des entrailles d’une humaine. Elle rejeta sa chevelure sombre comme l’enfer dan son dos, fixant ses yeux dans le vide de l’une des grues suspendue.

- Je ne refuserai pas. Je n’ai pas l’intention d’errer comme un animal abandonné sur le bord de la route.

Eve revint alors vers leur hôte, parfaitement déterminée. La benjamine du trio ne lui avait pas encore répondu, mais la taularde supposait que sa réponse définitive témoignerait de si elle avait entendu raison ou pas. Bien entendu que la russo-américaine trouvait injuste qu’une partie de Jade soit sacrifiée pour la simple raison qu’elle soit – pour l’instant – dans le mauvais camp. Toutefois, elle ne pouvait pas laisser passer cette occasion pour un problème qui pouvait être évité autrement.

- Ça me va, affirma-t-elle sans ciller, j’accepte. Par contre, bifurqua-t-elle après un instant, ne le prenez pas pour une réticence mais, je suppose qu’un retour en arrière n’est pas possible, n’est-ce pas ? Jusqu’à quel point est-ce qu’on appartiendra à l’organisation ?

Ce n’était qu’à titre informatif. De toute façon, Eve n’avait rien à offrir qu’un corps sans valeur et une âme gorgée de sang. Tant que les intérêts de la résistance se mariaient avec les siens, ça n’était qu’un maigre investissement ; et si jamais les vents tournaient et qu’elle découvrait une page différente du grand livre de conte que Miss Paper leur avait lu, elle saura bien aviser en temps et en heure.

_________________
♫ Le sang épais & chaud galvanise mes mains . Mon cœur, par terre, emprunte le chemin qui mène à l'horreur d'une excitation morbide . ♪
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jade Martins

avatar

Maladie mentale : Troubles dissociatifs de la personnalité

Messages : 1244

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 2268 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Sam 21 Juil - 18:03

Personne ne comprenait qu’elle ne craignait pas pour elle mais pour Elie. Jamais il ne lui serait venu à l’esprit d’aller rendre une visite de courtoisie aux gardiens de la tour de la paresse et ils seraient sans doute trop flegmatique pour tenter d’aller la chercher à l’autre bout du monde. Trop d’efforts à fournir pour peu d’espoir de résultat, non vraiment, elle ne pensait pas être en danger direct. Mais la mauvaise jumelle pourrait être rappelée à tout instant à leurs côtés s’ils venaient à apprendre ce qui se tramait dans leur dos et alors les conséquences risquaient d’être aussi dramatiques que fatales.

Bien sûr on pouvait penser que son inquiétude n’était due qu’au fait que son double soit une partie d’elle-même, mais c’était aussi parce que malgré leurs différentes et disputes aussi fréquentes que la pluie en Bretagne elle l’aimait. Comme une amie, une alliée, une protectrice. Elle ne lui montrait pas souvent sa reconnaissance mais avec le recul elle concevait ne s’être pas toujours bien comporté avec elle et la mettre en péril ne serait qu’alourdir sa dette envers celle qui avait toujours vécu pour préserver sa vie insignifiante quitte à risquer la sienne.

Pas sûr que garder le secret suffise, mais ça ne coûtait rien de demander aussi acquiesça-t-elle à la proposition d’Eve. Il suffirait dès lors de faire croire qu’elle avait refusé et rentrait au bercail, prenant ensuite une apparence différente. Ni vu ni connu j’t’embrouille. L’adolescente savait être capable de mentir convenablement, ne restait plus à s’assurer que ce petit secret resterait dans cette pièce. C’était le genre de situation où l’on ne pouvait pas se permettre d’avoir des fuites, même minimes.

- Ouais… ça ne coûte rien de demander.

Dans un sens elle espérait une réponse positive de la part de l’asiatique, ne serait-ce que pour ne pas se retrouver seule au milieu de la plaine félicité. Après tout la taularde venait de confirmer son désir de rester et la lueur de détermination qui brillait dans ses yeux glacés ne montrait que trop qu’il serait impossible de la faire changer d’avis. Si seulement elle avait pu avoir la même volonté de fer, les choses auraient probablement été plus faciles pour elle…

L’air toujours indécis la blonde se rapprocha de leur hôte, attendant sagement qu’Eve eut fini de s’exprimer pour prendre la parole à son tour. Ses mains jouaient nerveusement avec le tissu de sa combinaison tant elle avait peur d’être en train de prendre la mauvaise décision, mais dès lors qu’elle souhaita mentalement avoir la force d’assumer son choix le mode origine s’activa. S’instilla alors en elle la dose de force et de courage nécessaire pour que ses mains cessent de trembler et que son regard azur se relève pour affronter celui d’une noirceur d’ébène de l’autre côté du bureau.

- J’accepte aussi, mais seulement à la condition que personne ne sache que j’ai accepté. J’aurais vraiment besoin que personne sauf vous et nous ne soient au courant. Si vous avez la possibilité de m’offrir un autre nom, un autre visage… je suis votre homme. Si vous ne le pouvez pas je serais forcée de partir.

Voyant que son discours pouvait être perçu comme un poil vindicatif elle reprit avec un léger sourire, presque désolé :

- Ce n’est pas contre vous, mais je ne souhaite pas voir Elie mourir. Toutes les organisations ont des taupes et j’aurais peur que l’information de ma participation à la résistance ne parvienne aux oreilles des gardiens de Freedoom. Vous pouvez faire ce que je vous ai demandé ?

Ses doigts fins glissèrent dans son sac en bandoulière alors que la psychotique plissait le front avec concentration. Lorsqu’elle la tira de la besace ce fut pour lâcher sur le bureau une poignée de rubz qui tintèrent en s’entrechoquant avant de s’immobiliser entre les tas de papier, véritables gratte-ciels envahissant le plan de travail. Depuis qu’elle était à Dreamland Jade avait compris que les choses avaient un prix, aussi avait-elle décidé de prendre les devants en proposant de monnayer sa demande. Il n’y aurait pas toujours des bons samaritains pour les couvrir de présents et même en simple bonne jumelle elle n’était pas assez naïve pour se croire éternellement entretenue par des parfaits étrangers.

Quand on voulait quelque chose il fallait se donner les moyens de l’avoir, aussi ne montra-t-elle aucune hésitation dans son geste, ramenant même son bras le long de son corps comme pour montrer qu’elle ne comptait pas revenir en arrière et rempocher ses sous comme une parodie peroxydée de Picsou.

- Je peux vous payer pour ça, s’il le faut.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exil.hypeforum.net
Le Marchand de sable

avatar

Messages : 355

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Jeu 26 Juil - 13:21

La volonté de la blonde ployait peu à peu sous ses yeux, signe d’une porte de sortie à cette conversation qui s’éternisait bien trop à son goût. Miss Paper les laissa aller discuter de nouveau même si l’issue de ce débat se dessinait déjà avec une clarté frappante. Ils les rejoindraient. Pas sans chipoter, geindre et gratter des miettes d’informations mais ils les rejoindraient et c’est tout ce qu’elle avait besoin de savoir. Le temps qu’ils reviennent vers elle une armée de grue en papier les attendait sur le bureau, signe de l’ennui mortel de l’asiatique. Eclaircir tout ça, officialiser puis fuir était le seul objectif qu’elle poursuivait à cet instant.

Un silence attentif accueillit la requête de Jade et les questions d’Eve, après quoi le seul geste de l’asiatique fut de pencher légèrement la tête de côté en lissant les manches tombantes de son kimono écarlate. Oui, c’était vraiment ce qui était prévu, Wolfgang était toujours aussi précis dans ses prédictions quand on arrivait à lui tirer plus de deux syllabes.

- Bien sûr que vous pouvez revenir en arrière, ne nous prenez pas pour des gardiens de tour. Tout le monde ici est là de son plein gré et libre de partir quand il le souhaite. La seule mesure que nous prenons dès leur prise de décision est de faire en sorte qu’ils ne puissent rien ébruiter même par inadvertance. Comme enfermer les souvenirs nous concernant dans une boite de Pandore.

Jamais image n’avait été si bien choisie. Par contre en ce qui concernait la seconde question bien plus obscure, Yoko ne savait pas trop où la taularde voulait en venir. Sa réponse fut dès lors évasive, ses traits enfantins ne montrant que trop son scepticisme face à de telles interrogations.

- Vous y appartenez, tout simplement. Vous recevez une mission conforme à vos convictions qu’il vous faudra accomplir, parfois avec des délais et parfois sans. Vous commencerez forcément au bas de l’échelle et donc sans grandes responsabilités car pour en avoir nous avons besoin d’être sûr de pouvoir nous reposer sur vous entièrement. C’est du simple bon sens vous ne croyez pas ?

La grande brune n’avait pas l’air à 100% convaincue mais elle accepta pourtant, ne restait donc plus qu’à régler le cas Jade Martins. Elle voulait l’anonymat ? Rien de plus facile, Miss Paper pouvait même régler cette question elle-même avec une simplicité enfantine. D’un geste de la main elle demande à l’adolescente de s’avancer avant de la jauger d’un œil critique. Allonger le nez peut-être ? Rétrécir les yeux ? Durcir la mâchoire ? Tant de possibilités d’exprimer sa créativité et pourtant un unique choix à faire.

- En ce qui vous concerne c’est très facile et pas besoin de débourser quoi que ce soit. Donnez-moi juste quelques instants…

Une multitude de papiers s’envolèrent d’un seul coup comme une nuée d’oiseaux avant le fondre vers le visage effrayé de Jade. Ils l’assaillirent alors avec la violence d’une claque, se plaquant tour à tour sur son visage jusqu’à lui donner l’allure d’un masque de papier mâché à l’expression terrifiée. Comme une mer houleuse le visage factice ondulait, se gonflait, se gondolait, jusqu’à enfin se stabiliser sous une forme qui satisfaisait la terroriste. Il se figea alors avant de prendre des teintes si naturelles que s’en était stupéfiant. Un nouveau visage pour une nouvelle vie. Chose promise, chose due.

- Ca devrait suffire. Si vous voulez le retirer il suffira de venir me voir, ce masque résistant à… à peu près tout sauf le feu mais ça m’étonnerait que vous soyez tenté par une immolation, elle se permit un léger sourire avant de reprendre, je ferais partir un clone de papier à votre effigie, ça devrait suffire à votre couverture. Nous sommes nombreux et nous avons peu le temps de discuter aussi une tête inconnue de plus ou de moins ne choquera pas grand monde. Ne vous inquiétez pas.

Yoko ramassa les rubz sur la table pour les glisser dans la main de leur propriétaire après avoir accordé au trio un léger sourire. C’était toujours bon de voir du sang neuf même si devoir recruter elle-même se révélait bien plus fatigant qu’elle ne l’aurait pensé de prime abord. Ne restait plus qu’à éclaircir le point concernant leur première mission et les modalités de base concernant le QG.

Pour ce faire elle ouvrit l’un des tiroirs de son bureau et en tira trois bagues en argent ornées d’une pierre noire similaire à celle du pendentif de Jade qui avait servi à contacter la résistance. Chacune d’entre elle atterrit bientôt dans les paumes ouvertes des trois nouvelles recrues après quoi Miss Paper entreprit de commencer ses explications.

- Voici vos bagues, symbole de votre appartenance à la résistance. Mais ce n’est pas qu’un emblème, c’est aussi un moyen de vous faire téléporter à la base depuis n’importe qu’elle endroit de Dreamland. Pour ce faire il vous suffira d’appuyer sur la pierre et Luigi s’occupera du reste. Evitez d’en abuser cependant, notre ami téléporteur est assez fragile et nous préférons le ménager autant que possible.

Elle leur adressa un regard entendu avant de reprendre :

- Les missions ne sont données que par Hildegarde, Aston et moi-même. Toute mission donnée par une tierce personne ne sera pas à prendre en compte, pour des raisons de sécurité. Votre première mission sera assez simple et servira à vous roder : j’aimerais que vous rejoigniez notre équipe de recherche dans les terres gelées. Les voyageurs ont récemment perdus leurs ombres lors d’un renvoi brutal et la concentration en ombres perdues est plus forte là-bas que n’importe où. Nous cherchons actuellement un moyen de les capturer, les identifier et les rattacher, et vous aurez comme but de participer à ces recherches. Apparemment la disparition des ombres a mis en péril l’équilibre de nos êtres et nous rend malades, aussi si nous tenons à pouvoir poursuivre nos desseins ils faudra commencer par nous sauver nous-même.

Après deux ou trois détails supplémentaires concernant les couches et les repas, Yoko les raccompagna à la porte où un homme à la chevelure chlorophylle les guide jusqu’au réfectoire pour un repas bien mérité. La fourmillière qu’était la grotte grouillait de monde, personnages souvent colorés, aux allures diverses et variées qui rappelait le melting-pot qu’était San Francisco. Oui, finalement cet endroit ressemblait vraiment à « la maison ».

(La tête de Jade avec le "masque" ressemble à ==> ça. Il est mobile et reproduit les expressions du visage situé en dessous.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Eve M. Todrovitch

avatar

Maladie mentale : Troubles paranoïaques

Messages : 316

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 485,5 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Jeu 2 Aoû - 15:01

Eve ne pouvait détacher son regard de glace de Yuko, qui après l’avoir informée, proposait à Jade exactement ce dont elle avait besoin, et gratuitement. Ça paraissait tellement… incroyablement beau que l’esprit paranoïaque de la taularde ne pouvait s’empêcher, pour l’instant en vain, de guetter l’entourloupe. Il y a moins d’une quinzaine de minutes, elle était au beau milieu des plaines sous développées qui entouraient la capitale de Dreamland sur des kilomètres ; complètement perdue et privée d’une échappatoire promise. Il n’avait suffit que la bonne jumelle appuie sur un bouton pour que toutes deux se retrouvent projetées au beau milieu d’une organisation serviable qui ne semblait qu’attendre de pouvoir leur rendre service.

Il devait y avoir un prix, il y en avait toujours un. Les conditions de missions peut-être. Sans doute. La russo-américaine reçut sa bague et l’enfila après l’avoir observée un instant. Si pour Miss Paper ce n’était pas un emblème, pour la taularde, il s’agissait du symbole qu’elle n’était plus n’importe qui dans un monde imaginaire. D’ailleurs, son destin dans le monde réel venait peut-être de changer également, car d’après ce que Yuko leur avait dit des objectifs des terroristes, certains pouvaient notoirement modifier la stricte séparation entre réel et onirique. Qu’importe de commencer au bas de l’échelle, elle n’aurait qu’à monter les barreaux un par un.

Leur première mission leur fût soufflée. Eve hocha légèrement la tête. Participer à des recherches, c’était parfaitement dans ses cordes. La question de la perte des ombres des voyageurs l’intrigua, mais elle n’eut pas plus de détails à ce sujet. Il était vrai que Jade et Miss Paper ne projetaient plus aucune silhouette sombre, comme si elles étaient des personnes irréelles dans une dimension qui n’était pas la leur. La russo-américaine se promit de demander, plus tard. Pour l’instant, un homme à la chevelure verte conduisit les deux nouvelles recrues jusqu’au réfectoire dont la population hétéroclite rappelait indéniablement San Francisco.  

Des voyageurs, partout. C’était… comme retrouver une partie de chez soi dans un pays totalement étranger. Une communauté vivant à l’écart, mais ayant en commun des caractéristiques inaliénables. Eve posa alors son regard marron sur le nouveau visage de la bonne jumelle, le masque aussi vrai que nature, et lui demanda à voix basse avec un très léger sourire en coin qui fissurait sa froideur habituelle :

- Comment tu t’appelles maintenant ? Je ne peux pas continuer à utiliser ton prénom.

« Milly » ? Pourquoi pas. Elle s’en souviendrait. Précédant l’adolescente, la paranoïaque se dirigea donc du buffet où elle put se servir de copieuses parts de viande et de pommes de terre. Mine de rien, elle n’avait rien mangé de digne de ce nom depuis son arrivée à Dreamland. La chose la plus proche d’un repas qu’elle avait ingurgité était le diner servi aux SDF qui n’avait absolument rien d’autre qu’une fin utilitaire. Son corps fatiguée réclamait donc une bonne dose d’énergie, et voilà qu’elle lui était offerte sans qu’elle n’ait besoin de sortir son portemonnaie volé.

- Je n’ai pas « vraiment » mangé depuis un bail, confia-t-elle à Jade comme s’il ne s’agissait qu’un constat sans intérêt.

Elle n’ajouta pas que ce qui se trouvait dans son assiette devait sans doute être meilleur que tout ce qu’elle avait mangé depuis… peut-être bien depuis la mort de sa mère. Qu’importe de toute façon, il y avait bien longtemps qu’elle ne voyait plus en la nourriture qu’un moyen de survivre. Eve planta alors sa fourchette dans une patate, jeta un œil inexpressif aux alentours. Il y avait tellement de monde : des gens qui la regardaient, d’autres qu’elle regardait, d’autre encore qui lui inspiraient la plus totale indifférence, voire certains la méfiance.

C’était la première fois qu’elle voyait autant de personne « de son coté ». Les assemblées qu’elle avait connu jusqu’à lors étaient ses codétenues – dont plusieurs ne la portaient pas dans leur cœur – ou les magistrats réunis pour la condamner. Au milieu des réminiscences sans joie ni couleur de ses dernières années, Eve finit son repas sans dire un mot de plus.

- J’vais passer par leur dortoir, informa-t-elle en se levant, on pourra partir après.    

La russo-américaine s’éloigna alors, le ventre plein, parfaitement déterminée à prendre ses nouvelles fonctions très au sérieux.

_________________
♫ Le sang épais & chaud galvanise mes mains . Mon cœur, par terre, emprunte le chemin qui mène à l'horreur d'une excitation morbide . ♪
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jade Martins

avatar

Maladie mentale : Troubles dissociatifs de la personnalité

Messages : 1244

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 2268 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Dim 5 Aoû - 12:50

C’était presque trop beau pour être vrai, le genre de discours qui cachait toujours une arnaque monstrueuse. Jade fut d’ailleurs persuadée de l’avoir trouvé lorsque du papier commença à s’agglomérer sur son visage jusqu’à le transformer en un masque de papier mâché. L’espace de quelques secondes elle ne put ni voir, ni respirer. Elle ouvrit la bouche pour crier, entravée par les feuilles accrochées à sa mâchoire mais aucun son ne put s’échapper de ses lèvres.

*Je vais mourir* se répétait-elle dans l’enceinte de son crâne, comme un leitmotiv. Manquer d’air, s’évanouir et enfin s’asphyxier avant de s’écrouler au sol raide morte. Oh oui, ça c’était facile, Miss Paper avait bien raison sur ce point.

Dans la tête de la psychotique se bousculaient les possibilités qui s’offraient à elle pour se sortir de ce mauvais pas mais rien ne paraissait convenir. Peut-être qu’en devenant immatérielle… ? Mais pas le temps d’exploiter cette option que déjà l’air revenait dans ses poumons. Jay ne comprenait pas vraiment ce qui se passait et les explications de la résistante lui parvenaient comme à travers un mur épais. Il lui fallut quelques secondes pour recouvrer son calme et enfin comprendre ce qui venait de se passer.

Un masque ? Un nouveau visage ? Ses doigts tâtèrent ses joues, puis ses arcades sourcilières, tremblants de ne pas reconnaître les traits auxquels ils étaient habitués. Au toucher ça ressemblait à de la peau mais elle savait qu’il n’en était rien. A quoi pouvait-elle bien ressembler à présent ? C’était à la fois excitant et terrifiant, et l’adolescente en était si déboussolée qu’elle ne prononça pas un mot jusqu’à ce qu’on les reconduise hors du bureau. Elle était tellement déconnectée qu’elle ne remarqua même pas tout de suite que les cheveux de leur nouveau guide étaient faits d’herbe et ne retrouva contact avec la réalité que lorsqu’Eve lui adressa la parole une fois dans le réfectoire.

Son nom ? Bonne question. Chaque glace, chaque verre, chaque assiette lui renvoyait le visage d’une fille qu’elle ne connaissait pas. Et abandonner son faciès signifiait aussi laisser de côté son identité. Ouvrant et fermant la bouche comme un poisson hors de l’eau, Jade finit par bredouiller, prise au dépourvu :

- Euh… Mi… Milly. Je m’appelle Milly.

Milly tout court, pas besoin de s’embarrasser d’un nom de famille. L’adolescente ne savait pas pourquoi elle avait choisi ce nom mais il lui semblait tout désigné maintenant qu’elle y repensait. Il suffisait juste de s’en imprégner pour qu’il sorte tout naturellement lors de futures présentations et elle avait assez confiance en ses talents de menteuse pour partir gagnante.

Un buffet gigantesque occupait la majeure partie des murs de la pièce et la bonne jumelle ne se fit pas prier pour se servir alors que sa camarade lui confiait ne pas avoir vraiment mangé depuis un bail. En opinant du chef la blonde répondit aussitôt :

- C’est souvent ça, à Dreamland. A côté les Weight Watchers sont des petits joueurs.

Elle avait tellement jeûné ou mal mangé dans ce monde de brute qu’elle pouvait compter les repas corrects sur les doigts de sa main. Mais intégrer la résistance serait probablement le point de départ de l’amélioration de ses conditions de vie ici-bas.

Bientôt la taularde s’éclipsa en la laissant seule à table sous prétexte de passer par les dortoirs. Cette solitude permit à Jade d’observer les alentours, les visages, les conversations… ils semblaient tous tellement à l’aise ! Comme à la maison. Ce sentiment la rendait nostalgique et Gian le remarqua bien vite. Il ne lui laissa ni le temps de soupirer, ni de s’insurger, que déjà il l’entrainait à travers les couloirs en lui expliquant qu’il n’était pas bon de ruminer des souvenirs et que le mieux pour oublier était encore de se mettre au travail. Et que les autres la rejoindraient plus tard.

Hein ? Que ? Quoi ? Qu’est-ce ? Avant d’avoir pu comprendre ce qui se passait on l’avait de nouveau entrainé dans la salle ou Luigi avait chanté sa chanson. Et où il chanta de nouveau, rien que pour elle.

>>> Direction les terres gelées


Dernière édition par Jade Martins le Ven 15 Mai - 13:12, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exil.hypeforum.net
Eve M. Todrovitch

avatar

Maladie mentale : Troubles paranoïaques

Messages : 316

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 485,5 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Sam 21 Fév - 9:09

Proviens du fond des mers


En une faction de seconde, ses pensées s’étaient tournées vers Jonh. Oh Jonh. Pourquoi le rencontrait-elle aussi souvent alors que ce monde était censé être très vaste ? Pourquoi les deux fois où elle avait coopéré avec lui s’étaient soldées par un lynchage ? A croire qu’il portait la poisse. Ou plutôt non, qu’il s’efforçait de lui nuire. Derrière ses airs d’enfants battus, il cachait bien son double jeu, c’était désormais une certitude. Jusqu’à endurer la sentence avec Eve pour qu’elle ne se doute de rien, mais la jeune femme n’était pas dupe. Elle mettrait sa main à couper qu’à l’heure actuelle, le dépressif était en sécurité quelque part, loin d’une mort promise.

Quant à Sydney… dire qu’elle avait lu dans son jeu dès le début. Un véritable lâche dans toute sa splendeur. Il n’était pas question que de sa fuite : elle ne faisait que corroborer les éléments : rien n’aurait été jouable avec lui ; rien. Dure réalité à admettre. Dreamland ne valait pas mieux que son chez elle. Dire qu’elle avait émit un espoir… une vieille comparse de cellule avant San Francisco avait l’habitude de lui dire quelque chose. Sans doute une citation, mais elle n’avait jamais eu la délicatesse de lui rappeler l’auteur : « l’espoir a certainement été inventé par Lucifer, c’est une illusion créée pour que les Hommes acceptent leur situation sans broncher ».

La première fois qu’elle avait entendu ça, elle avait 22 ans. Une vie déjà foutue, un cerveau en vrac, mais la tête encore pleine d'embryons d’espoirs. Comme un antidote à sa paranoïa qu’elle gardait enfouie. L’espoir qu’un jour le monde ne serait plus autant ligué contre elle ; qu’un jour les événements tournent en sa faveur. Alors tout a basculé lentement à la lumière de cette citation. L’avenir ne ferait que le confirmer et ça devint plus qu’une phrase, c’était une règle de vie.

Et oui. Trop de confiance, trop de coopération. Pour elle qui était habituée à être une louve solitaire, ça ne lui avait pas réussi. Alors dès qu’elle se sera remise de ses blessures, elle compte bien se débrouiller pour s’auto-suffire. Plus jamais elle n’aura à dépendre de « Jonhs » ou de « Sydneys » pour mener quoique ce soit à bien.

La salle de « réception » du QG apparut enfin et Eve réalisa que ses pensées avaient explosées en une fraction de seconde. D’abord elle ne comprit pas pourquoi elle ne voyait que des pieds et des jambes, puis se dit qu’elle devait être allongée à même le sol. La douleur. Elle voulut dire quelque chose, justifier son arrivée, mais ses paroles se transformèrent en une espèce de gémissement inaudible. Pitoyable, elle se haïssait.

Et Jade, où était-elle ? S’en sortait-elle un peu mieux ? D’ailleurs, les termes de leur première mission revinrent en tête de la paranoïaque avant qu’elle ne s’évanouisse à nouveau. Se sauver eux-mêmes et participer aux recherches… au moins la première partie avait été accomplie. Est-ce que la deuxième était nécessaire dans la mesure où l’équipe locale n’avait pas chômé pour mettre au point une machine qui fonctionnait ? Bon, il restait encore des ombres impossibles à contenir mais…

Ses réflexions moururent dans le néant. Eve savait qu’elle n’était pas complètement inconsciente, mais ses paupières brûlantes étaient closes, elle naviguait dans un océan de ténèbres. Seule. Encore.

_________________
♫ Le sang épais & chaud galvanise mes mains . Mon cœur, par terre, emprunte le chemin qui mène à l'horreur d'une excitation morbide . ♪
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Le Marchand de sable

avatar

Messages : 355

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Jeu 26 Fév - 21:50

Lorsqu'Eve ouvrit les yeux, elle se trouvait dans une large pièce creusée dans la roche et meublée d'une rangée de lits simples. Des paravents aussi blancs que les draps les isolaient les uns des autres et l'odeur de désinfectant qui flottait dans l'air ne voulait dire qu'une chose : elle se trouvait dans une infirmerie. Le personnel soignant l'avait couché sur le ventre pour épargner son dos autant que faire se peut. On ne pouvait pas se permettre de dilapider les fonds en soin pour les résistants inconscients qui se blessaient en dehors de leurs missions officielles. La paranoïaque avait tout de même eut droit à voir ses plaies désinfectées, recousues lorsque c'était possible et bandées. Mais si la peur de l'infection n'était plus qu'un lointain souvenir, la douleur restait tout de même cuisante.

Bien sûr, la jeune femme ne pouvait comprendre et accepter le sens du mot « alitée ». Elle se mettait cependant le doigt dans l'oeil jusqu'au coude si elle pensait que ses infirmiers la laisseraient se lever et sortir de là comme si de rien n'était...

- Retournez dans votre lit ! Vous avez perdu beaucoup de sang et votre dos était dans un état déplorable... qu'est-ce que vous cherchez au juste ? A rouvrir les plaies ?

Autant parler à un mur. Il fallut s'y mettre à plusieurs pour remettre la patiente au lit, et ils furent forcé de faire appel à leurs supérieurs hiérarchiques pour réussir à canaliser la jeune femme. Après de longues négociations il fut décidé qu'elle serait envoyée en cure de repos dans un endroit calme, loin de tout danger. Une ville pommée type western répondant au doux nom de Tombstone. Tout ce qu'Eve pourrait trouver là-bas, ce serait des vaches, un saloon bourré d'ivrognes et quelques putes bon marché. Tout ce qu'on y faisait c'était élever des bêtes et chercher de l'or en vain dans le courant, autant dire que c'était le lieu rêvé pour éviter les ennuis.

Les seules instructions qu'on lui donna étaient de ne pas chercher d'ennuis. Se ressourcer, guérir et revenir une fois opérationnelle. Les sous-entendus d'éviction si elle revenait encore aux portes de la mort en prenant le QG pour une infirmerie étaient assez lourds pour être compris par un enfant de 8 ans. Tout ce qu'on attendait d'elle, s'était qu'elle prenne soin de son dos et ne cherche pas les ennuis. Mais en était-elle seulement capable ?

Après avoir passé une journée entière au QG, elle rejoignit la pièce où Luigi téléportait les résistants aux quatre coins de Dreamland. Bientôt les paroles absurdes d'une chanson  résonnèrent et elle disparut sans laisser de traces...

*********

Lorsqu'elle reparut, elle se trouvait sur le quai vermoulu d'une gare de campagne. Le soleil au zénith tapait fort, aussi fort que bourdonnaient les mouches qui tournaient autour de ce vieux endormi sur son rocking chair. Une pancarte sur le bord de la route de terre qui jouxtait la gare indiquait « Tombstone – 2 miles »... mais voulait-elle vraiment obéir et s'y rendre ? A son image, deux autres personnes semblaient bien déterminées à quitter ce patelin paumé. La première était un jeune homme à peine majeur, brun, grand et bien bâti. La seconde, une adolescente blafarde, maigre à faire peur et aux cheveux filasses parsemés de mèches rose fané. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien faire là, d'ailleurs ? Ils n'avaient rien à voir avec des cowboy à deux sous.

Si elle voulait monter à bord, elle ne disposait plus que de 10 minutes pour acheter son billet et monter à bord, sans quoi elle serait bloquée ici pour un jour, au minimum. Ne restait plus qu'à savoir si Eve pouvait se résoudre à obéir et rester sage.

Mon petit doigt me dirait que non...

Direction la gare de Tombstone

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jade Martins

avatar

Maladie mentale : Troubles dissociatifs de la personnalité

Messages : 1244

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 2268 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Ven 15 Mai - 14:02

>> En provenance du fin fond de la jungle

Son corps semblait aspiré par le ciel, comme si l'étendue azurée comptait la dévorer. Bientôt elle passa le moment extrêmement désagréable du trou de la taille d'une tête d'épingle, ouvrit les yeux sur le monde réel avant de replonger aussitôt. Pendant ces instants fugaces elle entendait Luigi chantonner son éternelle chanson aux paroles ridicules, ce qui ne faisait que rendre l'expérience plus déstabilisante qu'autre chose. Elle avait beau l'avoir vécu plusieurs fois, c'était le genre de choses auxquelles ont ne s'habituait jamais vraiment...

Lorsque les pieds de Jade touchèrent le sol, elle se trouvait devant le traditionnel comité d'accueil. Angua l'invita à s'avancer avec un sourire éblouissant qui ne masquait qu'à moitié son étonnement. C'est vrai qu'ils devaient tous se demander ce qu'Eve et elle devenaient depuis leur mystérieuse disparition dans les installations des Terres Gelées. Et pourquoi elle n'était pas venue les voir plus tôt. Et pourquoi elle n'avait pas rempli sa mission. Plus elle listait les points négatifs plus l'adolescente se demandait ce qu'elle était venue faire là. Ils allaient la renvoyer de l'organisation avec un coup de pied au cul, c'était forcé ! « Melle Meers, nous ne sommes pas des distributeurs de masques gratuits. Nous nous passerons dès à présent de vos services » et bam ! Reprise de bague, effacement de mémoire... elle voyait déjà le tableau avec une clarté effrayante. Mais au lieu de ça, la gestionnaire des appels d'urgence posa une main amicale sur son bras tout en s'inquiétant des précédents événements.

- Et bien ! On ne pensait pas te revoir... Milly c'est ça ? On nous a informé de ce qui s'est passé lors de la mission de récupération des ombres... après votre disparition des équipes de recherches ont fouillé les environs, sans succès. Où étiez-vous passés, toi et les autres ? Nous étions inquiets, tu sais ?

- Je... et bien... je... Rouge comme une tomate, Jay tentait de chercher comment formuler sa réponse sans avoir l'air idiote. Je ne sais pas où sont les autres, mais pour ma part j'ai atterrit dans une vieille baraque à Miquiztli. J'y ai trouvé d'autres voyageurs qui avaient vécu la même expérience de téléportation et... on s'est laissé embarqués dans une histoire de diamant et d'île volante...

- Le diamant sauvage ?!

Les yeux écarquillés, Angua la fixait comme si elle avait dit quelque chose d'incroyable. Alors comme ça la résistance voyageuse aussi avait entendu parler de ça ? Cela dit ça paraissait logique. Ils devaient savoir que Leviathan courrait derrière et devait s'inquiéter des mains dans lesquelles avait échouer l’âme cristallisée du premier voyageur.

- Oui, ce diamant-là. On a réussi à le trouver mais une fois sur place... comment te dire ? On a trouvé que c'était trop risqué de ramener en ville. On l'a laissé sur place et l'île a disparu, le diamant avec. Fin !

Gênée, la psychotique ébouriffa ses cheveux à l'arrière de son crâne avant de trouver un intérêt démesuré dans l'observation de ses baskets. Suite à son histoire les auditeurs involontaires s'étaient mis à discuter à mi-voix, la dardant de regards indiscrets. Impossible de savoir si elle avait bien fait ou tout foutu en l'air quand on les regardait. Le sentiment qui dominait sur leurs traits était la surprise, principalement.

Cela dit, elle n'était pas venue pour relater ses fantastiques aventures au pays des aztèques. Le bandana assurait encore son anonymat mais pour combien de temps ? Elle le sentait qui s'effeuillait, doucement mais sûrement... il fallait trouver Yoko rapidement. Mais elle ne pouvait pas se permettre de dire les choses de but en blanc à Angua. Personne ici sauf Miss Paper ne connaissait sa double identité. Il allait falloir mentir, et avec une bonne excuse qui plus est. Une chance que la bonne jumelle mente comme une arracheuse de dent professionnelle !

- Je serais bien restée discuter mais je dois voir Miss Paper. J'ai besoin de quelques précisions concernant une mission complémentaire qu'elle m'avait donné. Je n'ai pas envie de faire de conneries, j'ai déjà assez compliqué les choses en disparaissant dans la nature !

Elle éclata de rire, bientôt suivie par son interlocutrice qui se montra plus que compréhensive. Angua lui trouva même un guide pour la mener dans les dédales labyrinthiques du quartier général jusqu'à l'étrange bureau de l'un des chefs de la résistance. L'endroit était fidèle au souvenir qu'elle en avait, la marée de grue toujours présente, se balançant doucement au plafond. Jade rentra timidement dans la pièce... vide. Le faux meuble n'était pas présent et aucun autre n'était venu se rajouter. Yoko n'était donc pas là... ?

Le son d'une porte qu'on refermait dans son dos était une réponse suffisante. La bonne jumelle fit volte-face pour découvrir un petit bout de femme vêtue d'un kimono écarlate. D'un geste de la main elle fut invitée à s'asseoir sur une chaise qui se formait devant ses yeux, agglomération de papiers s'envolant du bureau comme guidés par un vent invisible. Jade s'assit sans piper mot, toujours impressionnée par ceux qui dirigeaient cette énorme organisation. Une fois qu'elle et Miss Paper se furent assises de chaque côté du bureau impeccablement rangé, l'adolescente se décida à expliquer les raisons de sa présence.

C'était plus dur qu'elle l'avait imaginé de prime abord. N'avait-elle pas détruit le cadeau qu'on lui avait fait ? Et en quoi... une semaine tout au plus ? La culpabilité rendait ses explications lourdes, si lourdes qu'elles se rassemblaient au fond de sa gorge, lui donnant l'impression de suffoquer. Ce ne fut qu'après avoir inspiré et expiré profondément plusieurs fois qu'elle put enfin briser le silence.

- Je suis venue vous voir parce que...

- Tu as abîmé ton masque. Devant l'air ébahi de Jade elle ajouta : Je l'avais compris dès que j'ai vu ce bandana. Ce n'est pas grave, ça s'arrange facilement.

Sous le tissu qui couvrait son visage, la bonne jumelle sentait les feuilles qui composaient son masque se plaquer contre sa peau, comme animé d'une vie propre. Bientôt sa « peau » redevint aussi lisse et douce que celle d'un bébé. Plus la moindre trace du souvenir laissé par la panthère durant la nuit. Après avoir longuement tâté le résultat pour s'assurer que tout n'allait pas se redécoller aussitôt, Jay reprit :

- Merci beaucoup... je ne voulais pas vous déranger pour ça. C'est juste que j'ai dû combattre une panthère et... je vous passe les détails. C'est assez évident en fait. Ah oui, je suis désolée de n'avoir pas pu mener ma mission à bien, dans les terres gelées. Vous pourriez m'y renvoyer mais je ne le souhaite pas, à vrai dire. Je suis à deux doigts de retrouver mon double et j'ai eu tellement de mal à mettre la main dessus... ce serait possible d'avoir autre chose à faire ? Quelque chose qui ne m'empêcherait pas de rester quelques jours à Miquiztli ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exil.hypeforum.net
Le Marchand de sable

avatar

Messages : 355

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Mar 19 Mai - 13:45

Un sourire bienveillant illumina le visage enfantin de la chef résistante lorsque Jade formula sa demande. A vrai dire elle se doutait que la psychotique finirait par demander cette faveur. Ce masque ne servait pas que de couverture, c'était aussi un moyen parfait pour surveiller l'évolution de cette recrue prometteuse. Tout ce dont le masque était témoin, Miss Paper l'était aussi... et autant dire que ce qu'elle avait vu lui avait plu. Cette fille était serviable, maligne et droite. Elle avait même fait montre d'un sens moral exemplaire et d'une fidélité sans faille à la cause lorsqu'il avait été sujet du diamant sauvage. Mais ce qui avait achevé de convaincre Yoko du potentiel de Jade c'était le fait de voir ses pouvoirs en action.

Elle en était capable. Elle était de ceux qui pouvait réussir. Seule, qui plus est. C'était donc sans aucune hésitation que Miss Paper s’apprêtait à lui donner sa nouvelle affectation...

- Je comprends, ce n'est pas un soucis. Nous avons assez de monde sur place pour réussir à mener la mission à bien. Quant à ce qu'on va pouvoir faire de toi... à vrai dire nous y avons beaucoup réfléchit et nous avons décidé de te confier une mission très particulière.

L'asiatique marqua une pause, ses mains frêles posées à plat sur la table dans la posture parfaite de la petite fille modèle. Elle ne pouvait pas se permettre d'essuyer un refus, il allait falloir se montrer persuasive. Surtout que la bonne jumelle n'était pas connu pour son courage et mépris du danger.

- Nous voulons que tu détruises la tour de Techyo.

Elle réavança la chaise de papier qui percuta l'arrière des genoux de Jade qui venait de se lever précipitamment, prête à quitter la pièce en courant.

- Calme-toi, tout se passera bien. Tu es bien plus forte que tu ne le crois. Tout ce qu'on attend de toi, c'est que tu grimpes jusqu'en haut de la tour en profitant de ton invulnérabilité, que tu brises le cristal qui se trouve dans la chambre du gardien et que tu te téléportes auprès d'Elie qui patientera dans un hôtel à proximité. Ensuite tu viendras me voir et je t'offrirai un nouveau masque afin de te protéger des foudres de la gardienne. Il n'y a aucune raison que les choses se passent mal.

L'angoisse profonde qui se lisait sur les traits de la psychotique ne disparut qu'après une nouvelle flopée de paroles réconfortantes. Elle n'avait pas l'air sûre d'elle mais au moins elle écoutait sans rien dire et c'était déjà très bien. Tout était déjà réglé comme du papier à musique, tout ce qu'elle aurait à faire c'était suivre les directives qu'on lui donnait. Dès que Jade eut donné clairement son accord, bien qu'à reculons, Miss Paper ajouta avec sérieux :

- Par contre permets moi d'insister : si tu tiens à tes proches, tu devras le faire seule. Les autres ne seront que des poids qui mettront en péril ta mission... sans parler de leurs vies et de la tienne. Il est impératif que tu t'en tiennes au plan. Nous pouvons compter sur toi ?

L’acquiescement était hésitant, mais on pouvait voir que l'adolescente avait compris les tenants et les aboutissants malgré la peur qui lui retournait l'estomac. Il n'y eu plus alors qu'à lui expliquer la marche à suivre concernant la route qu'elle aurait à faire jusque son objectif. Une fois qu'elle aurait retrouvé Elie, un véhicule appartenant à la résistance voyageuse viendrait les chercher en bordure de jungle. Elle n'aurait qu'à contacter Angua à l'aide de son pendentif et se rendre au point de rendez-vous à l'heure qu'ils conviendrait alors. D'ici là... faire profil bas. Ce n'était pas le moment de s'embarquer dans une nouvelle quête épique par plaisir. Ensuite on les mènerait jusqu'à Techyo où une suite à l'hôtel Mechimpérial était déjà réservée au nom de Milly Meers, à 250 mètres à peine de la tour de Techyo.

Une fois qu'elle se fut assurée que sa subordonnée avait bien emmagasiné tous les détails importants, elle la raccompagna jusqu'à la porte non sans l'inviter au préalable à passer à la cafétéria pour se chercher un petit déjeuner, voir de quoi sustenter ses camarades, et pourquoi pas prendre une douche. La porte se ferma ensuite sur la fragile silhouette enfantine de Yoko, laissant Jade dans le couloir en compagnie de ses pensées tourmentées.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jade Martins

avatar

Maladie mentale : Troubles dissociatifs de la personnalité

Messages : 1244

Feuille de personnage
Sac à dos:
Pouvoirs:
Bourse: 2268 rubz

MessageSujet: Re: QG de la résistance   Mer 20 Mai - 20:46

C'était comme si son cerveau avait été débranché lorsque le mot « tour » avait été associé à « détruire ». Obéissant à leur instinct le plus primitif, les jambes de Jade s'étaient tendue pour la mettre debout et l’entraîner jusqu'à la porte, voir l'autre bout de Dreamland si possible. Mais c'était sans compter sur les pouvoirs de Miss Paper. Sois sage et tais-toi. Assieds-toi, écoute et obéis. C'était comme un retour en maternelle, en moins agréable. L'adolescente sentait bien qu'on la brossait dans le sens du poil, vantant ses qualités de manière ridicule dans l'espoir de flatter son orgueil -relativement inexistant, soit dit en passant. Ce n'est pas le genre de chose qu'on conserve quand on mouille son fond de culotte à chaque fois que l'on croise un danger mortel.

Les lèvres scellées, la bonne jumelle écouta attentivement ce que Yoko avait à lui dire. Le plan était simpliste mais il fallait avouer que ça tenait la route. Avec le temps était venue la connaissance de ses pouvoirs et elle se savait capable de ce qu'on lui demandait, si on mettait à part sa lâcheté légendaire. Mais ce qui était le plus convaincant au final, ce n'était ni son opinion d'elle-même, ni les compliments qu'on lui faisait. C'était le simple fait de se voir proposé cette mission.

Pourquoi les chefs de la résistance s'amuseraient à confier à une novice une mission suicide ? Pour le plaisir de la voir se changer en chair à canon ? C'était absurde, ça n'avait aucun sens et c'était ce point qui faisait mouche. On lui confiait cette tâche simplement parce qu'on la pensait apte à la remplir. Seule. A cette idée, Jade déglutit difficilement. Une boule d'angoisse s'était formée dans sa gorge alors qu'elle s'imaginait partir seule en croisade contre une tour. Personne pour la protéger, pas de chevalier blanc pour sauver la demoiselle en détresse qu'elle restait au fond d'elle. Ça lui donnait l'impression qu'on lui demandait d'arrêter de respirer.

- … d'accord.

Les mots avaient été soufflé, comme rechignant à sortir. A peine prononcés que la psychotique les regrettait déjà mais c'était déjà trop tard pour faire demi-tour. Voilà déjà que son interlocutrice en remettait une couche pour s'assurer qu'elle n'était ni idiote ni bouchée. Seule, seule, seule... ce mot résonnait encore et toujours dans sa cervelle cotonneuse. Pas d'aide, pas de soutien, juste tes deux mains, ta caboche et ta belle BM Double-pied. Et un peu de chance, s'il y en avait.

- Je ferais mon possible mais je ne ferais rien qui est au-dessus de mes forces. Ses paroles franchissaient ses lèvres avec lenteur, choisis avec un soin maniaque. Si jamais il y a un soucis, si mon pouvoir déconne... je me tire. Je ne compte pas mourir pour une cause qui me dépasse. Mais si je peux... oui, je ferais ce que vous me demandez.

Son cœur battait si fort qu'il lui donnait l'impression de vouloir jaillir de sa poitrine. Jade plaqua ses mains sur ses cuisses pour en masquer les tremblements et enregistra attentivement les derniers détails qu'on lui donnait. Tout ça... tout ça c'était de la folie. Mais qu'est-ce qui ne l'était pas ici ?

Lorsqu'elle se retrouva dans le couloir, seule avec ses idées noires, elle laissa ses pieds la guider machinalement vers les dortoirs. Avant de manger une bonne douche froide s'imposait, histoire de geler ses neurones pour arrêter de penser une bonne fois pour toute. Et si l'eau glacée n'eut au final pas l'effet escompté, cela permit tout de même à Jade de chasser transpiration, crasse et fatigue. Lorsqu'elle en sortit vêtue d'une serviette, un appareil posé sur une étagère se mit à sonner. Un bip désagréable identique à celui d'un réveil, le genre de son qui vous donnait envie de trouver un maillet pour réduire la machine en poussière. Personne à l'horizon, la psychotique se saisit donc de l'objet avec une certaine réticence et l’enchâssa sur son oreille, les sourcils froncés comme si elle s'attendait à se faire foudroyer.

- Nous allons vous mettre en communication, veuillez patienter.

Surprise, Jade haussa un sourcil. Elle était tellement habituée aux bizarreries dreamlandiennes qu'elle en oubliait presque que des choses comme les téléphones portables et les oreillettes bluetooth existaient... Bientôt la musique d'attente cessa, la laissant face à un silence qu'elle hésitait à briser.

- Euh... allo ? Vous êtes ?

C'était stupide. Elle ne pouvait pas connaître son interlocuteur, ce n'était même pas son fichu téléphone ! Et pourtant, la voix qui lui répondit n'était pas inconnue. Le cœur de Jade se serra et elle porta instinctivement sa main à la croix qu'elle portait en pendentif, comme pour remercier le seigneur de lui avoir permit de prendre cet appel.

-C'est bien toi, Jade ? C'est Melena, je... Comment tu vas ?! Tu n'es pas en danger ? Tu n'es plus malade à cause de ton ombre ? 

- Melena ?! Euh... Oui oui c'est moi... Je ne sais pas trop quoi te répondre en fait. J'ai mon ombre et je suis entière, mais je suis un peu déboussolée là. Une nouvelle difficile à encaisser... et toi ? Tout se passe bien ? T'as l'air tendue cocotte.

- Je te cherche partout depuis que je suis revenue... Tu... Tu peux me dire où tu es ?!

Et voilà le preux chevalier... elle n'aurait pas le droit de l'emmener avec elle jusque dans la tour de Techyo mais l'avoir à quelques centaines de mètres serait déjà d'un grand réconfort. Elle avait dans ce monde des gens qui l'aimaient, qui la chérissaient sincèrement et qui cherchaient à la retrouver. L'émotion dans la voix de sa meilleure amie ne faisait que la troubler d'avantage, lui donnant l'impression d'étouffer. Elle avait envie de lui raconter ses aventures, de parler du bon vieux temps et de s'inquiéter de ce qu'avait pu vivre Melena mais elle ne pouvait pas restée pendue au téléphone. Il lui faudrait se réserver pour le moment où le duo qu'elles avaient formé pourrait enfin reprendre du service.

Je ne fais que ça aussi, vous chercher... enfin quand je peux. Un coup je suis téléportée à droite, puis à gauche... je ne sais plus où j'habite ! Enfin bref, là je serai bientôt près de Miquitzli. Je compte pas rentrer en ville mais je dois attendre Elie. Elle et Ace... comment te dire ? Ils repassent ENCORE des épreuves d'adepte...

Visiblement la nouvelle plombait l'ambiance mais l'important c'était que l'irlandaise comptait prendre le prochain vol pour venir la voir. Un jour ? Deux ? Il n'en faudrait pas plus avant qu'elles se retrouvent. Bon, ça ne chassait pas ses angoisses pour l'avenir mais c'était tout de même un réconfort sans nom !

Lorsque Melena eut raccroché, Jade resta un moment hésitante, se balançant sur ses pieds d'un air indécis. Elle mourrait d'envie de garder cette oreillette, mais ce n'était pas du vol, si ? Oh et puis merde! Si elle devait détruire une tour, le moins que puissent faire les résistants c'était de la payer un peu. Et cet « Iwok » serait son premier versement. Rassurée quant à la légitimité de son larcin, Jay se rhabilla et fonça vers le réfectoire pour récupérer de quoi s'offrir un bon petit déjeuner en compagnie des garçons. Les gens la regardaient étrangement avec sa miche de pain dans la bouche et ses victuailles fourrées dans un torchon noué en baluchon, mais c'était le cadet de ses soucis. L'idée de retrouver son amie effaçait aisément la honte qu'elle aurait pu ressentir à être ainsi dévisagée.

Bientôt elle se retrouva dans la salle de téléportation, la voix de Luigi s'élevant crescendo. Elle salua Angua d'un signe de la main puis disparut, une nouvelle fois aspirée par le plafond...

>> Direction les tréfonds de la jungle
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exil.hypeforum.net
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: QG de la résistance   

Revenir en haut Aller en bas
 
QG de la résistance
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Hypnose : l'Exil :: Continent Chimérique :: Plaine aux collines - Monts Olympiens-
Sauter vers: